Intervention de Madame la Députée Olga Zrihen dans le cadre du débat sur le sommet de la terre Rio +20

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Chers Collègues,

Il y a des moments politiques marquants qui sont de véritables repères de notre histoire en général. Le sommet de Rio de 1992 fait partie de ces moments. C'est avec ce sommet que la conscience environnementale a fait son entrée fracassante dans les consciences politiques.

Si aujourd'hui, nous allons en fêter les 20 ans et que le sommet Rio+20 va s'ouvrir dans quelques semaines, force est de constater que depuis lors la dynamique des sommets des Nations-Unies sur l'environnement s'est quelque peu enrayée. En effet, ni le sommet de Johannesbourg de 2002, ni la conférence internationale sur le climat de Copenhague en 2009, ni celle de Cancun de 2010 n'ont connu le même retentissement ni n'ont eu le même impact politique que celui de Rio de 1992.

Cette perte d'aura des grands sommets internationaux sur le développement durable a commencé en 1997 lorsque de grands pays, comme les Etats-Unis, la Chine ou l'Inde n'ont pas ratifié le protocole de Kyoto. Dès ce moment, les engagements de Rio ont été mis à mal et si prise de conscience il y a eu, elle a eu du mal à se traduire dans les faits. 

Aujourd'hui, il ne faut pas se faire d'illusion. Le sommet Rio +20 est un moment important mais on risque bien de ne pas engranger les résultats escomptés. En effet, même si nous y défendons, et c'est heureux, une position forte avec des objectifs chiffrés à atteindre, quel est le poids de l'Europe, de la Belgique ou de la Wallonie dans ce genre de sommet ? 

Pourtant, les enjeux se dressent devant toute la communauté internationale. Que ce soit en termes de pauvreté, de sécurité alimentaire, d'accès à l'eau, de préservation des océans et des ressources naturelles, de production de GES (gaz à effet de serre), d'utilisation de ressources non-renouvelables, tous les indicateurs nous montrent que malgré la prise de conscience politique, dans les faits, la situation de la Terre ne cesse de se dégrader. Et lorsqu'on parle de la dégradation continue de l'environnement, il faut savoir faire son auto-critique et reconnaître que malgré les efforts faits en  matière de déchets, de politique de l'eau, de gestion des sols... Notre environnement direct continue de se dégrader. C'est notamment le cas pour la qualité de l'air et la biodiversité. De plus, notre empreinte écologique ne cesse de croître. 

C'est interpellant à plus d'un titre. D'abord parce que nous, en Europe, nous nous sommes imposés une série de contraintes et qu'aujourd'hui nous risquons, à court terme, de mettre à mal le bien-être de nos populations. 

Ensuite, cela démontre que la multiplication des « grandes messes onusiennes » sur l'environnement ne débouche, bien souvent, que sur des déclarations d'intentions.  

Enfin, cela doit nous inciter à une certaine modestie : modestie sur notre capacité d'influence de la Communauté internationale et modestie quant à notre impact réel pour lutter contre la  dégradation de l'environnement mondial.

Une fois ces constats posés, doit-on baisser les bras et laisser aller ? Non, bien entendu. Si nous nous sommes engagés à faire bouger les lignes. Nous avons chacun nos sensibilités idéologiques mais nous avons également, chacun, l'envie de changer le monde vers une perspective positive pour les générations futures. 

Dans ce cadre, plusieurs questions se posent sur la délégation wallonne qui sera présente à ce sommet. Quelle sera-t-elle ? Quels seront les débats et les conférences auxquels elle participera ? Quelles seront les positions qui y seront défendues? Comment le travail sera-t-il réparti entre les différents participants représentant la Belgique lors de ce sommet ? Comment se passe la coordination avec les autres entités fédérées et la délégation du Gouvernement fédéral ?

Monsieur le Ministre, vous emmènerez la délégation wallonne à ce ? Quelle sont les attentes et la position du Gouvernement en la matière ?

La Conférence de Rio avait adopté une déclaration qui a fait progresser le concept des droits et des responsabilités des pays dans le domaine de l'environnement. La Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement témoignait de deux grandes préoccupations : la détérioration de l'environnement, notamment de sa capacité à entretenir la vie, et l'interdépendance de plus en plus manifeste entre le progrès économique à long terme et la nécessité d'une protection de l'environnement. Peut-on s'attendre à ce type de résultat lors du sommet Rio + 20 après les échecs de Copenhague et Cancun ?

Il est évident que dans le contexte actuel, marqué par les crises successives depuis 2008, les préoccupations environnementales sont parfois reléguées au second plan. Pourtant, il ne faut pas se voiler la face, sans engagements tangibles vers une transition économique, le risque est grand de voir nos écosystèmes se dégrader de manière irréversible. C'est pourquoi, il est indispensable de défendre un nouveau modèle de croissance qui fonctionne dans les limites de la durabilité en matière de biodiversité, de préservation de l'environnement, de protection du climat et d'utilisation des ressources naturelles et qui a pour finalité le bien-être des populations du monde.

La mission n'est pas impossible mais elle s'annonce difficile. Enfin, relisant les conclusions du sommet de Rio de 1992, je m'aperçois qu'à l'époque, l'accent était mis sur les générations futures,20 ans plus tard, qu’en est-il pour cette génération. C'est pourquoi, je suis persuadée qu'on ne peut pas sans cesse renvoyer la responsabilité et la prospérité à ces générations futures, nous devons dès aujourd'hui prendre en main les visions, les missions et les priorités afin d'assurer le bien-être des populations et la préservation de l'Environnement.

Enfin, à l'instar de la Chambre fédérale, nous vous proposerons d'adopter une motion en clôture de ce débat. Cette motion rappelle nos engagements et incite le Gouvernement à défendre un projet de déclaration finale reprenant une série d'engagements fermes et quantifiables afin que Rio + 20 ne soit pas une énième grande messe sans résultat tangible pour les populations du monde et la Planète.