Question écrite de Madame Olga ZRIHEN à Monsieur DI ANTONIO Carlo, Ministre des Travaux publics, de l'Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine  relative à la préservation d'un système alimentaire juste (21/03/2013)

Monsieur le Ministre,

La FAO vient de publier un rapport portant sur les investissements dans le secteur agricole. Elle y souligne que c'est le secteur agricole qui bénéficie du plus d'investissements dans les pays en développement. Lorsqu'on analyse cela plus spécifiquement, on se rend compte que ces investissements sont menés par des opérateurs étrangers, des multinationales, ... aux dépens des populations locales.

De telles pratiques mènent à la marginalisation de l'agriculture paysanne et participent activement à l'exode rural. Une attention particulière doit être portée à l'agriculture paysanne et aux techniques agro-écologiques qui sont des éléments fondamentaux dans la lutte contre la faim, la pauvreté et le changement climatique.

Nous sommes tous concernés et, à mes yeux, il y a un lien évident entre les combats menés par nos agriculteurs et ceux des pays du sud. Ce combat est celui de l'autosuffisance alimentaire et de la juste rémunération du travail. Cela implique une persévérance dans la mise en oeuvre d'un système agricole et alimentaire juste, éthique et équitable.

Quels sont nos leviers d'action en la matière ? Dans le Code wallon de l'agriculture, quelle place Monsieur le Ministre entend-il réserver pour un système alimentaire juste ? Qu'en est-il de l'utilisation de produits issus de notre agriculture dans les cantines, les maisons de retraite et les hôpitaux ?

 


 

Réponse de Monsieur le Ministre Carlo Di Antonio (09/04/2013)

 

Le rapport annuel intitulé « La situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2012 » de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a été publié le 6 décembre dernier.

Dans ce rapport, la FAO défend l'importance d'investir davantage dans l'agriculture pour lutter contre la faim et la pauvreté.

Je partage cette position, bien qu'il faille être attentif à la manière de réaliser ces investissements.

Le rapport révèle que les investissements des agriculteurs sur leurs exploitations sont quatre fois plus importants que les investissements des pouvoirs publics dans l'agriculture et très nettement supérieurs aux dépenses des donateurs internationaux et des investisseurs étrangers.

Au sujet des investissements à grande échelle dans le secteur agricole et en particulier foncier, la FAO estime qu'ils offrent des opportunités mais peuvent menacer les moyens d'existence des populations locales.

Le rapport incite les gouvernements et les donateurs à investir dans les biens publics (recherche, infrastructures, éducation...) pour favoriser « le renforcement des institutions et des capacités humaines ».

Le directeur général de la FAO, José Graziano Da Silva, a déclaré qu'« une nouvelle stratégie d'investissement centrée sur les producteurs agricoles est absolument nécessaire ».

À côté des directives volontaires sur la gouvernance foncière adoptées en mai 2012, le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) de la FAO a lancé en octobre un processus de consultation pour édicter des principes d'investissements responsables dans l'agriculture qui respectent les droits, les moyens d'existence et les ressources.

Je partage votre analyse sur la nécessité d'avoir une approche globale n'opposant par le Sud et le Nord mais pas votre vision relativement pessimiste par rapport à la marginalisation de l'agriculture paysanne et des pratiques agro-écologiques.

Au contraire, au Sud comme au Nord, la financiarisation de l'agriculture est remise en question et les politiques officielles évoluent en faveur d'une agriculture basée sur le respect de l'homme et de son environnement comme le démontrent ces quelques exemples :
- l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies (ONU) a déclaré 2014 Année internationale de l´agriculture familiale ;
- le ministre français de l'agriculture a lancé un vaste programme « Produisons autrement » basé sur l'agro-écologie ;

Chez nous, l'agriculture familiale et écologiquement intensive sera le modèle prôné via le code wallon de l'agriculture et de l'horticulture.

L'article premier du futur code actuellement en débat contient une référence claire à la souveraineté alimentaire.