Madame la Présidente, Madame la Ministre, chers collègues, je faisais « non » de la tête parce que je trouvais que, là, franchement, on avait droit à des raccourcis. Si c'était un parti qui pouvait déterminer la pauvreté et un autre qui pouvait le résoudre, ce serait vraiment très simple.

Malheureusement, on sait bien que ce sont plus les conditions socio-économiques qui sont accentuées par la crise que nous connaissons. Nous ne ferons pas l'injure de refaire l'analyse de cette crise, nous savons comment elle a été construite, et sur base de quel principe.

Je suis désolée, ce n'est pas une analyse personnelle, c'est quand même une analyse générale que de constater que c'est le non-contrôle des finances qui accentue encore plus le dispositif et qui ne permet pas de trouver les réponses adéquates dans le contexte d'aujourd'hui. Il y a de la pauvreté, la pauvreté malheureusement a toujours été présente, mais à des degrés moindres que ce que l'on connaît aujourd'hui. Elle est accentuée et nous avons aujourd'hui des dispositifs où nous devons soutenir des familles dans lesquelles les gens travaillent, et cela, c'est un nouveau dispositif tout simplement parce que la précarité se trouve aussi dans le domaine du travail et du marché du travail, et donc, il y a là des questions fondamentales à se poser. Qu'est-ce qui s'est passé depuis trente ans ? Mais nous y reviendrons une autre fois.

Toujours est-il que ce qui nous importe aujourd'hui, c'est que le constat est quand même dramatique, à savoir 424 000 enfants qui vivent sous le seuil de pauvreté en Belgique. Dans le monde, ce sont toujours les enfants qui sont les premières victimes de la pauvreté, que ce soit dans l'Union européenne où les enfants sont davantage exposés aussi à l'exclusion sociale plus que le reste de la population.

Si l'on a vu en 2012 la pauvreté gagner du terrain en Belgique, où c'est un enfant sur cinq, soit 18 % de la population infantile, en Wallonie, c'est un sur quatre. Nous devons l'affirmer. Nous connaissons aussi le terrain sociologique de la Wallonie et de l'évolution industrielle qui ne s'est pas vraiment développée comme elle devait le faire. C'est un constat alarmant, la Belgique a le cinquième moins bon score d'Europe.

Alarmant parce que, pour les enfants, cela se traduit immédiatement en lacunes en termes de santé, d'éducation, de bien-être psychosocial, de participation aux activités culturelles, sportives, récréatives, et aussi parce qu’au niveau des dispositifs éducatifs et scolaires, les perspectives d'avenir et de chance dans la vie ne permettent pas ou permettront difficilement de pouvoir réaliser pleinement son potentiel d'adulte.

La réduction de la pauvreté des enfants est donc une responsabilité première, qu'elle soit fédérale, communautaire ou régionale.

Nous savons, Madame la Ministre, que c'est normalement le Ministre-Président, qui a en charge la coordination du volet wallon du plan national de lutte contre la pauvreté infantile. Quoi qu'il en soit, le regard que vous pourrez porter sur cette étude est important pour nous, car la question qui se pose est « où en sommes-nous dans ce Plan national de lutte contre la pauvreté infantile ? Quelles sont les initiatives que nous comptons prendre à l'horizon 2022 pour participer à cette lutte contre la pauvreté ? »

Je rappelle simplement que le 17 octobre, c'est la journée du refus de la misère, c'est-à-dire bien plus que celui de la pauvreté ; c'est donc bien plus fort que cela.

Les stratégies pour lutter contre la pauvreté infantile sont des stratégies qui sont sous-tendues par des politiques qui visent à améliorer le bien-être de tous les enfants, et l'on est bien conscient que cela fait appel à toutes les entités fédérées, et aussi à l'État fédéral.

Il nous semble qu'il n'y pas suffisamment de concertation avec les structures qui sont confrontées à la réalité précaire des enfants, et il s'agirait de voir de quelle manière, on peut optimaliser cette concertation et surtout cette prévention à tous les niveaux. Nous savons que les CPAS sont en première ligne, nous savons tous les enjeux qui sont à l'oeuvre, mais la situation est à l'urgence. Quelqu'un disait dans le colloque qui a été organisé au Fédéral : « Il n'est pas midi moins cinq, il est midi dix », Madame la Ministre.


Réponse de Mme Tillieux, Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Égalité des Chances. (22/10/2013)

 Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les députés, voilà une question éminemment importante et en lien avec l'actualité puisque, le 17 octobre dernier, c'était la journée mondiale du refus de la misère.

À cette occasion, les associations, et notamment le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, se sont largement mobilisées. Leur lutte constructive contribue à informer, à sensibiliser et à tenter d'orienter les politiques.

Dans le même temps, l'IWEPS a diffusé un working paper, effectivement un texte d'étude et de travail, pour la traduction, intitulé « Regards sur la pauvreté et les inégalités en Wallonie ».

C'est à mon initiative que l'IWEPS a réalisé cette étude, étude à laquelle le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté a été associé. J'ai en effet souhaité disposer d'informations statistiques générales, permettant de mieux dessiner le contour de la pauvreté en Wallonie, mais aussi de mieux appréhender les conditions de vie liées à certaines difficultés, comme le logement ou de situations comme celles des familles monoparentales.

Avant de développer davantage ma réponse, M. Daele, vous me faites remarquer que c'est chacune de mes attributions qui est ici interrogée. C'est l'évidence, mais il faut se garder d'aborder les questions de pauvreté au travers du seul prisme, au sens large, de l'action sociale. Si l'action sociale est avant tout un choix de société, celui de la solidarité, c'est aussi et surtout une politique d'ensemble, qui contribue à maintenir une cohésion sociale et à soutenir les personnes en situation de précarité. C'est donc aussi notamment les politiques de formation, d'emploi, d'énergie, de mobilité et de logement qui sont interrogées.

L'étude publiée par l'IWEPS est une analyse descriptive de la situation de la pauvreté et de la précarité en Wallonie. Basée sur une série de statistiques issues de l'enquête européenne SILC. Cette étude met en exergue les écarts régionaux en termes de pauvreté. En ce sens, il s'agit d'un précieux outil d'aide à la décision.

Que retenir de cette étude ? Au-delà des chiffres, le taux de pauvreté en Flandre est de 9,8 %, 19 % en Wallonie, et il atteint 34 % à Bruxelles. Elle met à nouveau en évidence le caractère multidimensionnel de la pauvreté. Une personne précarisée cumule les difficultés, que ce soit en termes de santé, de mobilité, de logement et bien sûr, fondamentalement, d'insuffisance des revenus.

Le concept de déprivation matérielle illustre la situation vécue par les personnes précarisées, en l'occurrence leur incapacité à avoir accès à certains biens et services. Cette étude démontre aussi qu'à revenu égal, la pauvreté monétaire se traduit par des difficultés quotidiennes plus importantes en Wallonie qu'en Flandre et que 38 % des Wallons – quatre Wallons sur dix - ne peuvent faire face à des dépenses imprévues de l'ordre de 1 000 euros.

Cette situation ne manque pas d'interpeller et s'explique notamment par les éléments suivants.

Les caractéristiques des personnes pauvres sont différentes ; plus de personnes âgées en Flandre, généralement moins déprivées, surtout lorsqu'elles possèdent leur propre logement, et plus de personnes plus jeunes, locataires, au chômage et de familles monoparentales en Wallonie.

Un des autres éléments de distinction, c'est la plus grande érosion des ressources, et donc plus de déprivation en Wallonie, parce que la pauvreté est moins transitoire, le chômage est plus long, et enfin l'endettement est plus important en Wallonie qu'en Flandre.

Enfin, certains coûts seraient moins élevés en Flandre, j'utilise tout de même le conditionnel, car cela nécessiterait, en soi, toute une étude :

–           la mobilité avec plus de possibilités de vivre sans voiture parce qu'il y a davantage de zones urbaines ou semi-urbaines ; c'est un fait ;

–           l'énergie avec un bâti qui serait plus récent et forcément, s'il est plus récent, il est fondamentalement mieux isolé puisqu'il utilise les nouvelles techniques ;

–           les coûts du logement et le rôle de l'allocation logement en Flandre pour les personnes qui auraient droit à un logement social, mais qui ne l'ont pas faute de place. Ces mécanismes n'existent hélas pas chez nous.

 

Enfin, avoir de faibles revenus et un budget serré pourrait faire monter les dépenses plus vite pour les personnes plus pauvres. Les petites surfaces par exemple, qui se louent plus cher au mètre carré que les grandes, le mazout qui coûte plus cher en petites quantités, les petits conditionnements coûtent plus cher au poids, les personnes reléguées en périphérie des zones d'activités pour trouver un logement à un prix abordable vont devoir payer plus pour les transports en commun par exemple ou encore, s'il n'y a pas de transport en commun, se contenter d'une vieille voiture qui coûte aussi souvent plus cher en entretien, en réparation et en consommation. Autant d'exemples qui ne font qu'amplifier les difficultés rencontrées par les personnes précarisées.

En janvier 2010, la Fédération des CPAS a réalisé une publication aux conclusions qui, à l'époque déjà, étaient extrêmement éloquentes.

L'homme le plus pauvre de Wallonie est une femme belge, de 34 ans, chômeuse, vivant seule avec ses deux enfants dans un logement en mauvais état, son niveau de santé est mauvais, sa formation scolaire laisse à désirer, elle n'a pas ou peu de relations sociales et son espérance de vie est limitée.

Cette affirmation résume les différentes dimensions de la précarité à laquelle sont confrontées les familles et les champs d'action possibles en matière de prévention que sont l'accueil des enfants, l'accompagnement des familles, la mobilité, l'emploi, le logement, la santé, l'enseignement, le retissage du lien social et surtout fondamentalement la sécurité d'existence.

La loi sur les baux à loyer, les politiques salariales, le fonds des créances alimentaires et le droit à l'intégration sociale, le fonds Énergie, relèvent, et vous le savez, du Fédéral. La petite enfance et l'enseignement relèvent, quant à eux, de la Fédération Wallonie- Bruxelles. La prévention du risque de pauvreté et d'isolement des familles monoparentales, et par là même de la pauvreté infantile, relèvent de différents niveaux de pouvoir et les politiques en la matière, sauf quelques exceptions, ne sont pas du tout spécifiques.

La Wallonie a d'ailleurs conclu un accord de coopération avec l'État fédéral et les communautés pour la continuité de la politique en matière de pauvreté et a participé à la création du Service de lutte contre la pauvreté.

Quant au département wallon de l'Action sociale et du Service public de Wallonie, il soutient notamment les services sociaux, les relais sociaux, les maisons d'accueil pour personnes en difficulté sociale, les CPAS, les Plans de cohésion sociale et développe encore la lutte contre le surendettement.

Permettez-moi de prendre un peu de temps pour développer les politiques menées. Il n'y a effectivement pas de solution simple à une question éminemment complexe.

Le soutien à la parentalité : grandir dans la pauvreté affecte le bien-être des enfants quand ils sont confrontés à la privation matérielle, aux conséquences d'un revenu familial insuffisant, d'un mauvais logement, de soucis de santé et surtout d'une faible participation aux activités sociales.

En Wallonie, l'indicateur synthétique d'accès aux droits fondamentaux élaboré par l'IWEPS, et par ailleurs utilisé pour la répartition des moyens dévolus au plan de cohésion sociale, tient notamment compte du taux de familles monoparentales sur le territoire communal.

Les difficultés d'employabilité liées à l'accueil des enfants sont aussi prises en compte pour le financement des projets d'accueil dans le cadre d'un parcours d'insertion sociale ou professionnelle. Enfin, la situation de monoparentalité induit une priorité dans le cadre de l'octroi d'un logement social.

Pour ce qui concerne mes compétences, les Espaces Rencontres s'adressent à toutes les couches de la population, mais la majorité des utilisateurs sont en état de précarité. Ces services ont pour objectif de soutenir et d'encadrer la construction ou parfois la reconstruction d'un lien entre un parent et un enfant.

Les maisons d'hébergement pour adultes en difficultés sociales et les maisons maternelles en particulier jouent un rôle important dans la réinsertion des familles monoparentales qui se retrouvent sans logement ou sont victimes de violences intrafamiliales.

Au sein de ces maisons, une maman va recevoir une aide matérielle utile sous forme de logement, d'ouverture de droits et elle est placée sur la voie de l'autonomie et sur la voie de la responsabilité.

Ses enfants bénéficieront également de l'accompagnement nécessaire et des initiatives de suivi post hébergement sont également financées par mon département pour accompagner les personnes dans l'acquisition de leur autonomie.

En termes de reconstruction du lien social et de remobilisation, les services d'insertion sociale (SIS) qui, au travers de projets collectifs prenant la forme d'ateliers ludiques ou pédagogiques, accompagnent de manière individuelle les personnes dans la construction d'un projet personnel. Ils jouent un rôle fondamental en amont d'un parcours d'insertion socioprofessionnel. Ces services sont fréquentés par un grand nombre de femmes seules, cela ne vous étonnera pas, avec enfants, et la dimension de l'accueil des enfants non scolarisés est prise en compte dans l'organisation des activités.

En matière d'accessibilité aux soins de santé, je soulignerai le travail remarquable réalisé par les associations de santé intégrée, ce qu'on appelle les maisons médicales, financées par mon département et plus particulièrement la pratique du forfait, système d'abonnement agréé par l'INAMI, qui permet aux patients de ne pas devoir payer leur consultation. Cette accessibilité aux soins de santé est complétée par l'octroi du statut OMNIO par le pouvoir fédéral qui permet de bénéficier de tarifs préférentiels dans le remboursement de soins, mais aussi dans le remboursement de médicaments.

Les services de médiation de dettes sont aussi amenés à accueillir nombre de ménages confrontés de plus en plus à la difficulté de faire face aux dépenses courantes.

Concernant la lutte contre la pauvreté des jeunes, face au nombre croissant de jeunes étudiants émargeant au RIS auprès des CPAS, le Gouvernements wallon et  la Fédération Wallonie-Bruxelles ont renforcé leur collaboration entre les secteurs de l'aide à la jeunesse et des CPAS.

Les deux gouvernements mettent en œuvre un des protocoles de collaboration entre l'aide à la jeunesse et les centres publics d'action sociale dans le but, précisément, d'améliorer la prise en charge de ces jeunes.

En collaboration avec mes collègues les Ministres de l'Aide à la Jeunesse, au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et mon collègue des Pouvoirs locaux, Paul Furlan, nous avons veillé à constituer un groupe de travail  composé de représentants des secteurs de l'aide à la jeunesse et de la fédération des CPAS de l'UVCW en ce qui concerne les CPAS wallons et son homologue bruxelloise. Ce groupe de travail a pour objet de proposer un cadre d'intervention type aux services concernés pour éviter que les jeunes ne passent à travers les mailles du filet ou ne subissent le fait d'être renvoyés d'une institution à l'autre, ce qui a largement été dénoncé à plusieurs reprises.

La Wallonie a aussi développé et soutient une politique dynamique de lutte contre le surendettement, cette politique est articulée autour de 3 instruments que sont l'Observatoire du Crédit et de l'Endettement, qui est chargé d'étudier cette question, d'assurer des formations de base et aussi des formations continuées pour les praticiens de la médiation et de contribuer de manière générale à la prévention; les centres de références, qui sont au nombre de quatre, chargés d'appuyer les institutions de médiation de dettes agréées et d'assurer des formations et la prévention; et enfin, bien sûr, les services de médiations de dettes agréés, il y en a 221 sur le territoire wallon qui traitent eux en première ligne des dossiers individuels.

En 2012, mon Département de l'Action sociale a mis sur pied le Portail wallon du surendettement en collaboration avec l'Observatoire du Crédit et de l'Endettement.

Fin juillet 2013, plus de 88 000 visites étaient comptabilisées sur ce portail. La convergence des dispositifs tels que la centrale positive des crédits, le règlement collectif de dettes, la médiation amiable de dettes, l'existence de nombreux services sociaux agréés et la prévention du surendettement en Wallonie permettent une certaine maîtrise du phénomène en apportant des réponses extrêmement adaptées.

Ainsi, le taux d'endettement des ménages belges est, en effet, de 53,3 % contre 65,9 % en moyenne dans la zone euro. L'investissement remarquable et massif des CPAS et de quelques ASBL dans cette question du surendettement démontre leur volonté d'intervenir en offrant une aide efficace permettant d'éviter une dégradation de la situation des personnes surendettées.

Le soutien à la cohésion sociale. Le parlement a approuvé, en 2008, le décret relatif aux plans de cohésion sociale dans les villes et communes de Wallonie. Le dispositif concerne pas moins de 180 communes réunies pour autant de plans de cohésion sociale. Les nouveaux plans de cohésion sociale pour la période 2014-2019 devraient être approuvés prochainement pas le Gouvernement wallon. Pour ma part, j'ai souhaité que le volet « article 18 » des plans de cohésion sociale qui dépend de mon département soit axé sur la grande précarité évidemment, sur les actions intergénérationnelles et, pour revenir à cette question, sur le Plan HP, pour les communes qui évidemment sont concernées.

En matière d'insertion sociale et d'accès à l'emploi, les différents dispositifs octroyant des aides aux centres publics d'action sociale (insertion socioprofessionnelle, insertion sociale, médiation de dettes...) visent à améliorer la situation d'adultes ou de jeunes majeurs et ont des effets induits sur la lutte contre la pauvreté infantile et la pauvreté des jeunes adultes.

À cet égard, je rappelle que le gouvernement, à mon initiative, a adopté un arrêté visant à augmenter le soutien financier pour les contrats « article 61 » qui sont conclus entre les CPAS avec les entreprises privées. Ce dispositif a d'ailleurs fait ses preuves et avait connu une progression de près de 30 % sur ces deux dernières années, donc système efficace de remise à l'emploi.

En matière de pauvreté, la Wallonie s'inscrit également dans les objectifs de la Stratégie UE 2020. La Wallonie contribue à la préparation du Programme national de Réforme Belgique avec les autres entités fédérées. La Belgique adapte les objectifs européens de la stratégie EU 2020, y compris ceux de la Plate-forme contre la pauvreté et l'exclusion sociale, à sa situation nationale et se fixe des objectifs qu'on a chiffrés.

L'objectif chiffré fixé d'un commun accord pour la Belgique, c'est de réduire de 380 000 unités le nombre des personnes confrontées au risque de pauvreté et d'exclusion sociale.

Quels axes prioritaires ont été choisis ? La diminution de la pauvreté infantile, la diminution des ménages à faible intensité de travail et la réduction du surendettement.

Les mesures prises par la Wallonie incluent notamment :

Une augmentation de l'offre dans les services d'accueil de l'enfance et de l'aide aux personnes, pour faciliter la conciliation, vous voyez que tout cela a du sens, entre la vie professionnelle et la vie familiale, la vie privée. On en parlait tout à l'heure. La mesure implique la création de 1 250 nouveaux emplois ainsi que des investissements dans les infrastructures.

Ce sont aussi des mesures en ce qui concerne le renforcement de l'appui pour les publics éloignés du marché de l'emploi, notamment via des contrats de coopération entre le FOREm et les opérateurs chargés des publics éloignés, MIRE, EFT, OISP, et via les actions qui visent les jeunes dans les quartiers en difficulté.

Ce sont des mesures qui concernent le lancement d'une stratégie territoriale de lutte pour l'alphabétisation, afin d'augmenter les chances de trouver un emploi pour les catégories de chômeurs les plus éloignés du marché du travail.

C'est le financement structurel des huit abris de nuit agréés.

C'est le renforcement de la lutte contre le surendettement, par un refinancement, par une réforme du secteur pour optimaliser les actions de prévention, la couverture géographique, la professionnalisation des acteurs de terrain, notamment par la mise à disposition et le partage peut-être, des compétences juridiques. C'est aussi le renforcement de leurs moyens d'action.

C'est le soutien au développement des entreprises d'économie sociale, notamment grâce à l'accès à des agences-conseils, l'accès au microcrédit et au capital à risque.

Le développement des mesures pour l'accès à un logement abordable et de qualité pour tous, par des aides à l'acquisition, à la rénovation et à l'amélioration des performances énergétiques des logements publics et privés, par l'amélioration de leur salubrité, et par l'augmentation du parc de logement social.

La Fédération Wallonie-Bruxelles et la Wallonie ont apporté leur contribution au Plan national de lutte contre la pauvreté infantile sur la base du Plan d'actions « Droits de l'enfant » (PADE) 2011-2014.

Précisément, ce plan d'actions « Droits de l'enfant », dont, on l'a dit tout à l'heure, le Ministre-Président assure le pilotage, constitue un levier important qui permettra d'intensifier la lutte contre la pauvreté infantile. Il contient toute une série de projets qui visent à combattre les inégalités sociales et les discriminations, dans une approche en trois piliers qui va cibler l'accès aux ressources adéquates, l'accès aux services et aux opportunités et la participation des enfants.

Le Plan national de lutte contre la pauvreté infantile s'étend sur deux ans : les actions qui s'y retrouvent devront donc être mises en œuvre avant 2015. Le Ministre-Président organise actuellement des concertations pour passer en revue l'ensemble des projets du plan et faire le point sur l'état d'avancement. Il est donc un peu trop tôt pour faire un premier bilan de la mise en œuvre des actions de la Wallonie dans le Plan national de lutte contre la pauvreté infantile. L'objectif du Ministre-Président, c'est de présenter au Gouvernement wallon cette évaluation ainsi qu'une actualisation du plan d'actions « droits de l'enfant » au mois de novembre.

Je conclurai en rappelant à nouveau que la politique de lutte contre la pauvreté, elle doit être, vous l'aurez compris, transversale, elle doit être multisectorielle. Elle doit prendre en compte, outre la question des revenus, l'accès au logement, à l'emploi, à l'énergie et à la mobilité.

En matière d'emploi, en vue de favoriser l'insertion professionnelle des personnes précarisées, il s'agit de renforcer la formation, il s'agit de renforcer le suivi vers et dans l'emploi des personnes peu diplômées ou des personnes fragilisées par la vie, l'ouverture de places en crèches doit être aussi favorisée. En matière de logement, l'accès au logement pour les bas revenus doit être favorisé en créant davantage de logements sociaux, bien évidemment, mais aussi en favorisant, et en facilitant la mise à disposition de logements privés salubres.

En matière d'énergie, c'est évidemment de pouvoir accéder à l'énergie à moindre coût pour les personnes à faible revenu. Cela doit être garanti par des aides appropriées, par des conseils en économie d'énergie.

En matière de mobilité, les personnes précarisées doivent avoir accès à des transports en commun à des prix modiques, voire, pourquoi pas, gratuits, quand c'est possible.

Le Plan Marshall 2.vert et le Plan Marshall 2022 poursuivent ces différents objectifs. Je suppose que vous l'aurez remarqué.

L'ensemble des mesures retenues dans le cadre de ce plan ambitieux prend en compte, de manière tout à fait transversale, les défis qui sont des opportunités pour le futur de la Wallonie, les défis démographiques, les défis de santé, les défis de lutte contre la pauvreté, les défis énergétiques, agro-alimentaires, environnementaux et enfin la nécessité de simplification administrative ainsi que les atouts d'attractivité sur lesquels la Wallonie doit capitaliser, en l'occurrence la mobilisation du territoire et, in fine, gardons toujours l'œil ouvert, c'est-à-dire l'ouverture sur le monde. Je vous remercie pour votre écoute extrêmement attentive.


Réplique de Mme Zrihen : Merci, Madame la Présidente. Madame la Ministre, effectivement, l'inventaire est impressionnant et l'on se rend bien compte que c'est un problème qui est pris à bras-le-corps, dans toutes les composantes possibles, que ce soit évidemment le logement, la santé, les enfants, les familles monoparentales, l'énergie, tout y est parce que, effectivement, on le dit souvent, c'est un problème multifactoriel, mais comme le dit Christine Mahy, ce n'est pas le problème qui est multifactoriel, c'est la société, et par conséquent, il faut trouver une réponse à cela.

Mais pour avoir été une combattante des droits des femmes, je me suis rendu compte que la seule solution pour en sortir, ce n'était pas de créer un ministère de la femme. C'était bien plus intéressant de créer le dispositif européen du mainstreaming qui est la transversalité de l'analyse dans toutes les propositions qui sont faites. Aussi, évidemment, je ne peux que demander que maintenant, déjà et peut-être demain, sans doute, on puisse imaginer un dispositif qui permettrait pour chaque mesure qui est prise de voir si elle ne contient pas le vice ou le système vicieux qui fait que, alors que l'on prend une très bonne mesure, elle se retourne contre un public et ne nous permet pas d'atteindre nos objectifs.

Je plaiderais un peu pour une vision à l'instar de ce que fait actuellement le Parlement bruxellois, qui met un dispositif de mainstreaming sur l'ensemble de ses mesures, qu'elles soient économiques, éducatives ou culturelles ou tout simplement sociales, pour vérifier à chaque fois l'impact que cela a dans les faits, et pas seulement dans la perspective théorique que l'on puisse en avoir. Je crois que cela nous permettrait d'avoir ce véritable tableau de bord et de nous dire que quand on sera dans Horizon 2022, donc au lendemain d’Europe 2020, on aura au moins atteint les objectifs que nous nous sommes donnés. Je crois qu'il y va évidemment de l'avenir des enfants, mais aussi du futur de notre société. Il est impensable, avec le PIB que nous avons, la richesse que nous avons, que l'on continue encore aujourd'hui à devoir faire ses comptes tout à fait dramatiques avec près de 500 000 enfants en situation de précarité.