Question orale de Mme Zrihen à M. Marcourt, Ministre de l'Economie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique, sur « les suppressions d'emplois chez NLMK Europe »

Monsieur le Ministre,

Il y a quelques semaines des informations inquiétantes circulaient quant à de nouvelles suppressions d'emplois au sein de l'entreprise NMLK sise à La Louvière. La direction de l'entreprise sidérurgique NMLK Europe s'est trouvée confrontée à des informations publiées dans le journal L'Écho, informations qu'elle n'a pas confirmées. Ce journal faisait état d'inévitables conséquences sociales, voire une perte de 350 emplois en France et en Belgique, du redéploiement industriel et filial local du consortium sidérurgique russe. La direction du groupe a dit qu'il s'agissait de pures spéculations avant une prise de décision et que rien n'avait été fait au niveau de l'entreprise.

La direction de l'entreprise rappelait par ailleurs que, depuis 2007, le groupe NLMK avait fourni tout le soutien nécessaire pour les investissements, pour couvrir les pertes des entités européennes afin de maintenir le système dans des conditions de marché qui restaient difficiles. Il est toutefois reconnu qu'aujourd'hui les actionnaires sont en discussion sur les futures solutions industrielles possibles pour assurer la viabilité à long terme du système. Toujours selon le quotidien économique, la Région wallonne via la SOGEPA est sollicitée pour un apport complémentaire au capital, ainsi que pour une ligne de garantie afin de permettre à NMLK d'obtenir une nouvelle de crédit de plusieurs centaines de millions d'euros. Cette double opération financière engagerait le groupe, selon L'Écho, à soutenir jusqu'en 2017 les cinq usines européennes situées à La Louvière, Tubize-Ittre, ainsi qu'à Beautor, à Strasbourg en France et à Vérone en Italie.

Monsieur le Ministre,

Etes-vous en mesure de corroborer ou de nous informer sur l'état des lieux actuel de cette entreprise ? Des rencontres ont-elles eu lieu avec les représentants de NMLK et/ou avec des représentants syndicaux ? Si non, sont-elles envisagées ?

D'autre part, la Région wallonne via la SOGEPA qui a été sollicitée pour cet apport complémentaire au capital, ainsi que pour la ligne de crédit, pense-t-elle pouvoir y répondre ? Dans quelle mesure pouvons-nous avoir une période de stabilité dans le secteur ?


Réponse de M. Marcourt, Ministre de l'Economie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique.

Madame la Députée, 

Lors d'une séance précédente, je vous informais de la situation de NMLK Europe était difficile. En effet, depuis la reprise en 2007 par NLMK et malgré d'importants efforts consentis pour diminuer les coûts fixes, ainsi que de diffuser une nouvelle dynamique industrielle, NLMK Europe présente toujours une perte opérationnelle. La chute du prix de vente du coil à chaud est telle qu'à ce stade, les prix de vente sont inférieurs aux prix pratiqués avant la crise de 2008. Par conséquent, le groupe a décidé de réduire sa production globale et la production en Wallonie est passée d'un million de tonnes par an entre 2005 et 2008 à 600 000 tonnes à ce jour.

Suite aux sanctions infligées à la Russie dans le cadre du conflit avec l'Ukraine, les conditions liées à l'obtention de la ligne de crédit octroyée à NLMK Europe se sont durcies. En effet, le pool bancaire exigeait le remboursement de la totalité de la ligne de crédit de 500 millions d'euros en cas de sanction contre une société du groupe ou partenaire et/ou sur toute personne physique directement ou indirectement liée à la société. Si cette condition devait trouver à s'appliquer, cela mettrait à mal la trésorerie de la maison mère russe.

De plus, en cumulé depuis la reprise en 2007, par NLMK, le groupe a perdu 1,2 milliard sur ses différentes entités européennes. C'est pourquoi le management s'est interrogé sur la pérennité de ses activités européennes.

La SOGEPA a alors initié des discussions avec l'actionnaire, en vue d'assurer la pérennité des activités européennes. Pour rappel, NLMK Europe représente 1 219 équivalents temps plein en Wallonie. Aujourd'hui, les actionnaires sont en discussion sur les futures solutions industrielles possibles pour assurer la viabilité à long terme des entités. En tant qu'actionnaire, la Région wallonne prendra ses responsabilités.

Dans le cadre de ces discussions, une recapitalisation en numéraire de NBH – le holding européen – est envisagée, ainsi que l'octroi d'une garantie régionale sur une ligne de crédit contactée par NBH, d'un montant maximal de 130 millions d'euros. Pourquoi maximale ? Parce que c'est votre décret qui fixe le montant maximal des garanties que nous pouvons donner.

En ce qui concerne l'actionnaire russe, depuis fin 2008, la maison-mère russe soutient le site de La Louvière à travers l'approvisionnement en brames à des prix très compétitifs et via la conversion de prêts qui leur sont dus en augmentation de capital.

Malgré le contexte économique actuel particulièrement difficile, le groupe NLMK continue de soutenir financièrement les activités en Wallonie ainsi qu'en France et en Italie. Sur le plan industriel et financier, il table, d'une part, sur une remontée du prix de vente du coil dans les trois ans et par conséquent, une réaugmentation des volumes de production, ainsi que d'autre part la poursuite des efforts déjà entrepris en vue de réduire les coûts fixes. La remontée du prix de vente du coil est une hypothèse crédible et raisonnable, compte tenu du fait que les prix sont, à ce jour, historiquement bas.

Pour rappel, NLMK est un groupe coté à la Bourse de Londres. Il ne s'agit pas, pour ce genre de groupe, de prendre des risques inconsidérés et de maintenir en activité des entités moribondes et sans avenir. En effet, les comptes du sous-groupe européen NBH sont consolidés dans les comptes du groupe NLMK selon la méthode de mise en équivalence. L'activité européenne fait donc partie intégrante du rapport annuel 2014 qui sera publié par le groupe NLMK et impacte donc son cours de bourse.

Dans le cadre des discussions en cours, l'actionnaire russe participera à l'effort visant à assurer la pérennité des entités européennes, et ce d'une manière proportionnellement plus importante que nous.

En ce qui concerne les restructurations annoncées par voie de presse, les chiffres avancés n'ont fait l'objet d'aucune confirmation par le holding, qui communique qu'à ce stade, « les informations publiées relèvent de la spéculation ». En toute hypothèse, c'est tout d'abord au conseil d'entreprise de NLMK que devront être communiquées les informations relatives à toute restructuration impactant les travailleurs de la société. Puisque comme vous le savez, la loi Renault interdit toute communication à des tiers préalablement à l'information du conseil d'entreprise.


Réplique de Mme Zrihen

Monsieur le Ministre, 

Les informations sont rassurantes quant à l'expression de la volonté de NMLK de maintenir son engagement à la fois en Wallonie et en Europe. Effectivement, il faudra rester extrêmement attentifs à tout l'impact d'éventuelles mesures qui pourraient être prises dans le cadre de la crise avec l'Ukraine.