Question orale de Mme Zrihen à M. Di Antonio, Ministre de l'Environnement, de l'Aménagement du Territoire, de la Mobilité et des Transports, des Aéroports et du Bien-être animal, sur « la dynamisation et la rénovation des quartiers urbains existants, des quartiers nouveaux et des villes nouvelles »

Monsieur le Ministre, 

Depuis plus d'un mois, les débats relatifs à la dynamisation et à la rénovation des quartiers urbains existants, des quartiers nouveaux et des villes nouvelles ont fait l'objet de débats au sein de notre commission. Le 5 février dernier, le Gouvernement adoptait une note d'orientation en la matière. Pouvez-vous nous en présenter les principaux objectifs ?

 

Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'exprimer déjà deux fois, le fait de créer des quartiers voire des villes nouvelles ou exemplaires, selon votre expression, me paraît paradoxal. En effet, nous avons déjà un certain nombre d'hectares situés en zone à réhabiliter ou à dépolluer. Pourquoi ne pas se focaliser sur ces sites, quitte à y ériger ces nouveaux quartiers ? Notre territoire est loin d'être infini quoi qu'il nous reste encore quelques marges comparé à la Flandre. C'est pourquoi il n'en faut pas moins une utilisation parcimonieuse de ces espaces. La surface agricole utile n'est pas non plus extensible et il ne serait pas opportun, une fois de plus, de grever les agriculteurs de leur outil de travail, surtout dans le contexte actuel.

Enfin, un dernier élément interpellant – c'est le plus interpellant pour le moment et qui est d'actualité – c'est que la question de la mobilité. Un quartier ou une ville, pour qu'ils soient attractifs, doivent être accessibles. On voit les difficultés de la SNCB, et je ne parlerai pas du train de la colère, ou des TEC qui sont en difficultés même de compenser des manquements de la SNCB pour assurer une offre correcte. Quelle pourrait être la réponse s'il fallait desservir encore de nouvelles zones ? Qu'en est-il de ce chapitre dans votre note d'orientation ?


Réponse de M. Di Antonio, Ministre de l'Environnement, de l'Aménagement du Territoire, de la Mobilité et des Transports, des Aéroports et du Bien-être animal

Madame la Députée, 

une note commune stratégique a été présentée par mon collègue, M. le Ministre Furlan, et moi-même au Gouvernement wallon du 12 février 2015. Il s'agissait de réaffirmer, comme le préconise la déclaration de politique régionale, l'importance de répondre de façon active aux défis démographiques qui attend la Wallonie à savoir l'accueil d'environ 15 000 nouveaux ménages chaque année.

Le Gouvernement entend, en effet, développer une double politique.

La première, portée par mon collègue, vise à reconstruire la ville sur la ville, à dynamiser les quartiers urbains existants et à les rénover, le cas échéant.

La seconde que je porte, consiste à développer des quartiers nouveaux voire une ou plusieurs villes nouvelles, en extension des pôles urbains existants pour accueillir une part de l'augmentation de population annoncée. Ces deux politiques complémentaires ont aussi pour objectifs :

– de lutter contre l'étalement urbain : il s'agit d'organiser l'occupation du sol et de l'utiliser de façon parcimonieuse ;

– de soutenir le développement d'espaces urbains plurifonctionnels, avec une densification proportionnée et raisonnée ;

– d'appuyer la structuration et le développement d'aires urbanisées ;

– de promouvoir des quartiers qui seront exemplaires en matière de qualité des espaces publics, de mixité sociale et générationnelle, de gestion économe de l'énergie.

Pour y parvenir, nous procéderons en différentes étapes :

– nous réaliserons un cahier des charges prospectif répondant à l'exemplarité recherchée ;

– nous lancerons ensuite un appel à intérêt à l'attention d'abord des communes, partenaires indispensables de la Région ;

– nous souhaitons aussi développer des partenariats plus larges avec le secteur privé ;

– nous désirons également inclure dans le processus les populations riveraines et les potentiels futurs habitants ;

– finalement, des études de faisabilité techniques et financières seront également produites.

Quand j'écoute votre question, vous partez du principe selon lequel la simple densification des centres urbains actuels permettrait de rencontrer le défi démographique qui est le nôtre. Dans le projet de SDER de 2013, environ 10 500 hectares ont été identifiés dans les centres pour répondre au défi démographique et accueillir 80 % des 320 000 nouveaux logements. Ceci étant, ces terrains, inscrits en zones d'habitat, en zones d'aménagement communal concerté, ou en zones de services publics et d'équipements communautaires, sont actuellement utilisés comme jardins, prairies et champs, espaces publics. Or les futurs quartiers doivent aussi accueillir de l'espace dédicacé aux services et équipements, aux loisirs, à l'activité économique, bref aux fonctions qui viennent compléter le logement. L'idée est de ne pas densifier à outrance, mais de rechercher l'équilibre et la qualité du cadre de vie.

Même en évitant complètement cet équilibre, en ne l'évoquant pas, cela ne fait jamais que 80 % des 320 000 logements estimés nécessaires.

C'est pourquoi, idéalement, nous voudrions privilégier le recyclage de terrains déjà urbanisés et, en particulier, l'utilisation de friches, de sites à réhabiliter, de zones impropres à l'agriculture, voire de sites pollués si les frais de dépollution ne sont pas excessifs, afin de permettre, seuls ou en combinaison, de remplir deux objectifs liés : à la fois le besoin accru de logements et le besoin de zones d'activités économiques. Ces terrains peuvent nous permettre d'avancer dans nos projets de quartiers et de villes nouvelles. Mais si cela s'avère insuffisant, ce que je pense, je préfère organiser et localiser quelques grands projets sur le territoire wallon plutôt que de laisser se développer un étalement urbain non organisé, anarchique.

En ce qui concerne la question de la mobilité, elle constitue un élément important de la réflexion menée. Je souhaite, à cet égard, un mode d'urbanisation privilégiant la proximité et les modes doux, et donc une mobilité revisitée, favorisant les transports en commun et encourageant les modes les moins polluants. Les organismes de transport en commun seront associés à cette nouvelle politique volontariste du Gouvernement wallon.


Réplique de Mme Zrihen

J'entends bien qu'il y aura une hiérarchisation quant à l'organisation même de ces initiatives. C'est vrai que l'inquiétude que l'on pourrait avoir c'est d'aller plus vite dans la reconstitution de nouveaux quartiers ou de nouvelles cités et peut-être de laisser à l'abandon des zones qui seraient des zones en grand isolement ou qui ne seraient pas suffisantes. C'est un peu cette dichotomie qu'il ne faudrait pas avoir dans l'organisation de nos cités, qui peut être parfois inquiétante, sauf si on est bien d'accord que l'on est d'abord avec un cahier des charges prospectif, un appel à intérêt et une étude de faisabilité.

Je crois que si le temps est laissé aux communes de pouvoir étudier l'opportunité, l'intérêt, et l'organisation de leurs propres priorités, dans ces cas-là, je crois qu'une politique aussi volontariste peut être intéressante à condition qu'il y ait une association à la fois pour la mobilité – parce que je peux vous garantir que dans la région du Centre, la situation devient tout à fait dramatique – et surtout que l'on soit attentifs à réhabiliter des zones dans lesquelles il est pour le moment extrêmement difficile d'avancer.

Je vous remercie beaucoup pour votre réponse.