Question de Mme Zrihen au Ministre-Président, M. Magnette, au sujet de la « lutte contre la pauvreté des femmes »

Monsieur le Ministre-Président, 

Selon l'enquête EU-SILC 2013, 15,1% de la population belge (soit environ 1 personne sur 7) connaissaient en 2012 un risque de pauvreté, 5,1% de la population souffraient de privation matérielle grave, 14% vivaient dans un ménage à très faible intensité de travail. En Wallonie, c'est 19,2% de la population qui est en situation de risque de pauvreté mais 7% des wallons souffrent de dé-privation sévère. C'est pourquoi, et plus que jamais, le travail des services sociaux wallons est toujours aussi fondamental pour répondre quotidiennement à ces défis. 

Les femmes sont plus touchées de manière frontale par la précarité : pas de revenu propre ou un revenu insuffisant malgré une activité professionnelle, difficulté à trouver un emploi, un logement décent, peu de formations... Les femmes doivent déployer de multiples stratégies pour arriver à nouer les deux bouts. C'est donc souvent leurs dépenses personnelles qui passent à la trappe (santé, loisirs...). Le fait d'être une femme constitue une précarité en soi car l'identité reste fortement imprégnée des rôles sexués. Cette identité sexuée conduit les femmes à faire des "choix" qui ne permettent pas de réelle autonomie. Or, "dans une société égalitaire, solidaire et juste, l'autonomie financière est garantie à toutes les femmes, tout au long de la vie". 

Les réformes en matière d'allocations de chômage mises en oeuvre par l'actuel gouvernement fédéral, tout comme les initiatives qui sont prises en son nom en vue de limiter leur champ de bénéficiaires touchent prioritairement les femmes.

Dès lors, Monsieur le Ministre Président : 

- Une approche sexospécifique est-elle réellement mise en oeuvre actuellement en matière de lutte contre la pauvreté ? Pour rappel, la Belgique avait engagé un plan en la matière, certes innovant, mais qu'en est-il de ses applications concrètes dans notre Région ? 

- Par ailleurs, l'Observatoire de la santé et du social à Bruxelles vient de rédiger le rapport 2014 sur l'état de la pauvreté en région bruxelloise dont une large partie est consacrée à l'objet "Femmes, précarités et pauvreté". Une telle initiative est-elle envisagée prochainement du côté wallon ? Il s'agirait-là bien évidemment d'un outil précieux dans le cadre de la proposition de recommandations et, bien évidemment, de leur mise en oeuvre ? 


Réponse de M. Magnette, Ministre-Président

Madame la Députée, 

Je ne vous surprendrai pas en vous disant que je vous rejoins dans vos analyses basée sur l'enquête EU-SILC et sur le très intéressant rapport rédigé en 2014 par l'Observatoire de la santé et du social de Bruxelles. 

Elles confirment que, pour diverses raisons que nous connaissons, les femmes disposent fréquemment de plus bas revenus que les hommes : une différence qui se marque davantage encore pour des groupes plus "vulnérables" comme ceux des femmes chefs de familles monoparentales ou des femmes âgées isolées. 

Dans ce cadre, la cohabitation ne signifie pas toujours "partage de revenus". 

En effet, une étude menée en 2011, par l'Institut pour l'égalité des hommes et des femmes a montré que, si l'on individualise les revenus disponibles d'un ménage de cohabitants, le revenu net individuel des femmes est de 38% inférieur à celui des hommes...

Ce qui confirme que, malheureusement, encore trop de femmes vivent dans une situation de dépendance financière ou n'ont tout simplement pas accès à un revenu. 

Par ailleurs, le phénomène des familles monoparentales est toujours en croissance. Ainsi, en Belgique, entre 2009 et 2013, leur nombre a augmenté de 7,9%.

Et, dans de nombreux cas, ce sont des femmes qui se retrouvent seules avec un ou plusieurs enfants à charge. 

Pour celles qui n'ont pas de revenus ou des revenus peu élevés, les allocations familiales constituent donc, souvent, l'essentiel des rentrées financières. 

Même constat pour ce qui a trait au non-paiement des pensions alimentaires : 93% des demandes adressées au Service des créances alimentaires (SECAL) émanent de femmes.

L'accès au logement et aux soins de santé pour les femmes chefs de familles monoparentales et leurs enfants pose également de nombreux problèmes et ce, là encore, tant leurs revenus disponibles sont faibles. 

Cette faiblesse de statut socio-économique et de revenus expose, en effet, davantage les femmes à une discrimination indirecte sur le marché du logement. 

Bref, les frais liés au logement, les factures d'énergie et les dépenses - médicales, scolaires ou alimentaires - liées aux enfants, dont elles ont le plus souvent la garde, imposent à ces femmes de devoir jongler avec un budget très serré.

Il existe donc bien un type de discrimination lié au genre dans la pauvreté. 

Et le Gouvernement agit en conséquence ! 

Ainsi, pour ma part, comme Ministre-Président, je me suis engagé à mener deux chantiers "gender" dans le cadre du plan wallon visant à l'intégration de la dimension de genre dans l'ensemble des politiques régionales : 

- d'une part, afin de tenir compte de la dimension du genre dans le futur Plan de lutte contre la pauvreté;

- et, d'autre part, pour développer, en partenariat avec l'IWEPS, de statistiques sexuées et des indicateurs de genre. 

Pour le reste, mes réponses à vos questions seront brèves et claires. 

Au niveau du diagnostic, nous n'avons pas prévu de développer une recherche similaire à celle menée par l'Observatoire bruxellois, pour la bonne raison que, concernant la Wallonie, l'IWEPS possède déjà des données affinées sur le sujet. 

Données qui nous ont d'ailleurs bien éclairées lors de la phase de diagnostic que nous avons menée en amont de la réflexion sur le plan de la lutte contre la pauvreté. 

Et au niveau de l'action, je puis vous dire que ce plan - actuellement en cours d'élaboration et qui devrait aboutir en juin - accordera une attention spécifique aux familles monoparentales qui, rappelons-le, dans 90% des cas sont constituées autour d'une femme et courent un risque accru de vivre dans une situation de dé-privation matérielle sévère voire de pauvreté. 

Nous partageons donc et le diagnostic et la volonté d'action et nous aurons, j'en suis sûr, l'occasion de réévoquer cette question sur une base très concrète au cours de la législature. 


Réplique de Mme Zrihen

Merci beaucoup, Monsieur le Ministre-Président, l'intérêt étant, à chaque fois, de mesurer le chemin parcouru, d'où l'intérêt d'avoir effectivement toutes les informations dont l'IWEPS dispose et de pouvoir, peut-être, dans un an, pouvoir enfin se dire que nous avons réduit cet écart, qu'il soit salarial ou en termes de budgets ou simplement en termes de précarité quotidienne. Ce serait déjà une bonne avancée, si l'on pouvait s'enorgueillir.