Question de Mme Zrihen à la Ministre de l'Emploi et de la Formation, Mme Tillieux, au sujet de la « réforme de l'enseignement qualifiant »

Madame la Ministre, 

Le 26 février dernier, les gouvernements de la Fédération Wallonie-Bruxelles, wallon, bruxellois et de la COCOF se sont réunies pour valider les décisions prises sur la réforme de l'enseignement qualifiant visant à s'inscrire dans une démarche qui privilégie le citoyen et pas l'institution via 15 mesures conjointes concernant le cycle de formation tout au long de la vie. 

Cette réforme constitue l'un des enjeux majeur de la législature et plusieurs initiatives sont lancées dans son cadre. 

Parmi ces dernières figurent : 

- Le lancement des bassins de vie qui devront agir comme une coupole stratégique entre les écoles, les opérateurs de formation et les entreprises. Ils permettront surtout à réaliser un cadastre par bassin des offres et des besoins des métiers critiques ou émergents, les tendances de l'emploi, la situation démographique, etc. ;

- L'harmonisation des statuts et contrats d'apprenants via l'Office francophone de la formation en alternance (Offa) comme structure unique de gestion. Par ce biais, un statut unique du jeune en alternance (15-25 ans) sera établi ainsi que la mise en place d'un contrat d'alternance commun à tous les opérateurs ;

- Il s'agira également de tripler le nombre de profils de métiers. Trente nouveaux profils sont ainsi prévus en 2015, 35 en 2016 et 40 en 2017 ; 

- Par ailleurs, les différents gouvernements vont également harmoniser la certification délivrée aux jeunes en formation. Que celle-ci soit organisée par l'enseignement obligatoire ou par la formation professionnelle, la certification sera la même ; 

- Enfin, de nouvelles conventions entre certains secteurs et l'enseignement devront permettre quand elles seront signées, de renforcer les stages, l'immersion, la formation en alternance, la formation des enseignants en entreprise, etc. Pour l'heure, des conventions ont été signées avec le secteur de la coiffure et des négociations sont en cours avec l'agroalimentaire, le bois, la chimie, la pharmacie et l'esthétique. 

Si chacun d'entre nous peut se réjouir de la mise en oeuvre de cette réforme qui s'inscrit dans une pleine perspective de l'insertion professionnelle, quelques questions, d'ordre par ailleurs essentiellement pratiques, restent en suspens.

Dès lors, Madame la Ministre, 

- En ce qui concerne l'établissement des bassins de vie, il est prévu la représentation annuelle de rapports analytiques et prospectifs. Quel(le)s organismes et/ou institutions seront en charge de cette mission de reporting ?

- L'harmonisation des statuts et contrats d'alternance suppose également une participation active des entreprises, notamment dans le cadre de stage. Une synergie spécifique a-t-elle été développée en ce sens auprès d'opérateurs publics et privés pour qu'ils s'engagent pleinement dans l'offre de stage ? 

- Concernant l'établissement plus large des profils de métiers, sur quel base de critères s'établira cette liste plus exhaustive ? 

- L'harmonisation de la certification délivrée aux jeunes en formation suppose-t-elle en soi une reconnaissance mutuelle des diverses certifications, qu'elles soient prodiguées sous l'autorité de la FWB, de la Région wallonne ou de la Région bruxelloise ? Par ailleurs, cette harmonisation offre-t-elle un élargissement du panel de formations reconnues pour chaque personne en recherche de certification, quel que soit son entité territoriale initiale ? 

- Enfin, quels sont les secteurs identifiés dans le cadre de l'établissement de nouveaux partenariats de convention ? 

Je vous remercie. 


Réponse de Mme Tillieux, Ministre de l'Emploi et de la Formation

Madame la Députée, 

Effectivement, ce premier Gouvernement quadripartite témoigne de notre volonté commune d'insuffler une dynamique constructive de collaboration, de cohérence et surtout d'harmonisation en matière d'emploi, de formation et d'éducation tout au long de la vie pour, in fine, garantir une qualité de service à ceux qui doivent en bénéficier.

Concernant les bassins enseignement-emploi-formation, les Gouvernements ont approuvé, le 2 février dernier, un modèle type de rapport analytique et prospectif. Ce modèle de rapport avait été proposé par l'IWEPS et l'IBSA. Il déclinera le paysage socio-économique et en matière d'enseignement, de formation et d'emploi de l'ensemble du bassin sous la forme d'un état des lieux et des besoins qui doivent être rencontrés. Chaque instance bassin devra actualiser ce rapport chaque année au mois de mars, de manière à objectiver les actions proposées. Au mois de mars de chaque année, nous recevrons une dizaine de rapports analytiques et prospectifs, dont neuf pour la Wallonie, qui vont être transmis à l'IWEPS, qui en fera une synthèse. Celle-ci fera l'objet d'une communication au Gouvernement.

Vous abordez également la participation active nécessaire des entreprises dans le cadre de la formation en alternance. C'est presque un pléonasme, car sans elle l'alternance n'existerait pas. L'IFAPME compte aujourd'hui près de 10 000 entreprises engagées ou partenaires dans la formation des jeunes et des candidats-chefs d'entreprise. Tous les jours de nouvelles entreprises sollicitent un agrément pour leur entreprise pour pouvoir accueillir un apprenant.

Dans certains secteurs, nous savons pourtant qu'il est plus compliqué de trouver une entreprise formatrice. Je pense notamment aux secteurs des soins aux personnes comme les esthéticiennes et les coiffeurs, de l'alimentation avec les cuisiniers de collectivité, dans la construction et le parachèvement, je pense aux maçons-bétonneurs, aux décorateurs d'intérieur. Pour pouvoir contrer ce phénomène, l'augmentation de places de formation en entreprise sera un des premiers sujets que je mettrai sur la table de la discussion avec les partenaires sociaux dans le cadre du Pacte pour l'emploi et la formation.

Pour la production de profils métiers et de formation, la priorité doit être accordée aux métiers porteurs d'emploi, aux métiers émergents et aux métiers en pénurie. Pour cela, le SFMQ, le Service francophone des métiers et des qualifications, utilisera les ressources disponibles chez les partenaires qu'ils soient privés ou publics. Je pense à l'IWEPS, l'IBSA, le FOREm, ACTIRIS, les fonds sectoriels, les employeurs, les syndicats, mais aussi, quand c'est possible, dans les futurs rapports analytiques des bassins enseignement-formation-emploi.

Les métiers d'avenir ne doivent pas être la seule priorité du SFMQ. Il est aussi important de réserver une attention toute particulière aux métiers qui font l'objet de formations initiales et qui concernent, déjà aujourd'hui, de nombreux jeunes afin que les opérateurs, que ce soit à l'IFAPME ou SFPME et dans l'enseignement qualifiant puissent mettre à jour leur offre de formation sur la base de profils de formation et de métiers communs. Un des principaux objectifs du SFMQ est de permettre une mobilité des apprenants d'un organisme à l'autre avec la volonté d'instaurer une fluidité dans le parcours de formation qui doit avoir un impact positif sur leur insertion durable et sur la qualité dans l'emploi.

Enfin, concernant l'harmonisation de la certification, ma volonté est une reconnaissance mutuelle des acquis formels et informels par chaque opérateur d'enseignement ou de formation, peu importe in fine le territoire ou la filière. Nous avancerons, vous vous en doutez, étape par étape, la route est longue, avec une dynamique de construction progressive d'une confiance mutuelle, avec pour objectif d'augmenter substantiellement le portefeuille des profils métiers et des profils de formation du SFMQ.

Si cette démarche doit permettre à chaque opérateur de garder ses spécificités et surtout de valoriser ses atouts, l'enjeu réside avant tout d'apporter une réponse qui est efficiente en termes de dispositif à chacun des bénéficiaires en fonction de son parcours, de son âge ou tout simplement de son projet professionnel ou de son projet personnel et de son épanouissement.


Réplique de Mme Zrihen

Merci beaucoup, Madame la Ministre, pour vos réponses. Nous faisons un très grand pas ne fut-ce qu'en harmonisant complètement la certification donnée aux jeunes en formation, en faisant en sorte qu'il y ait un rapport annuel qui permettra d'avoir enfin une vue globale et prospective, je l'espère en tous les cas, sur ce qui peut se passer dans chacun de ces nouveaux bassins.

Mais il reste toujours en suspens la question de la communication par rapport à toutes ces initiatives qui sont tout à fait innovantes et qui sont très porteuses de perspectives, comme vous l'avez dit dans vos réponses à d'autres questions. Il est fondamental de communiquer très vite pour être sûrs que ces bassins de vie, avec les nouvelles missions qui leur sont confiées, comprennent bien l'importance et l'enjeu de ce que l'on est en train de faire avec cette réforme de l'enseignement qualifiant.

Je pense que vous y serez extrêmement attentive. Je vous remercie d'avance des initiatives qui seront prises.