Question d'actualité de Mme Zrihen à M. Magnette, Ministre-Président du Gouvernement wallon, sur « les possibilités de financement offertes par la BEI en Wallonie »

Monsieur le Ministre-Président,

Il semble bien qu'aujourd'hui, le débat nous ramène, à chaque instant, au niveau européen, que ce soit pour ne pas rater le tram, pour ne pas rater le train, pour ne pas rater l'avion, et pour ne pas rater l'agriculture. Ceci s'appelle un véritable corset. Néanmoins l'initiative qui a été prise de rencontrer la BEI au moment où le plan Juncker nous annonce 315 milliards d'euros sur la table était une excellente initiative, d'autant plus qu'il est important de pouvoir faire prendre conscience que l'on ne peut pas donner d'une main ce que l'on veut reprendre de l'autre. Cela est l'un des grands paradoxes au niveau européen.

 Il était aussi extrêmement important de voir quelles étaient les procédures qui pouvaient être mises en place et, surtout d'exposer les projets wallons et ceux de la Fédération Wallonie-Bruxelles, que ce soit au niveau scolaire, au niveau des infrastructures, ou au niveau du traitement des eaux usées. Les sommes annoncées paraissent plus que conséquentes.

Sachant que la BEI a déjà investi près de 2 milliards d'euros en 2014 sur notre territoire, qu'au cours des cinq dernières années, c'était l'équivalent de 5 milliards d'euros, et que les perspectives pourraient être des plus attractives, pouvez-vous nous donner une indication quant au climat dans lequel cette rencontre s'est faite ?

Sachant que vous avez rencontré le vice-président de la BEI et voir un peu quelles sont les pistes que nous pourrions avoir ? Avez-vous le sentiment qu'ils ont été sensibles, que les partenariats public-privé peuvent avoir une plus-value, mais que bien sûr il faut rester quand même dans une certaine cohérence de travail ? Nous en avons besoin. Le terrain est là. Trois cent quinze milliards, c'est quand même une belle aubaine.


Réponse de M. Magnette, Ministre-Président

Madame la Députée,

En effet, c'est une rencontre qui a été extrêmement constructive. Lorsque j'ai pris mes fonctions, un certain nombre de contacts de courtoisie, notamment avec des représentants de la BEI, qui ont attiré notre attention sur tout le potentiel que peut-être nous n'avions pas suffisamment exploité et un chiffre seulement l'évoque. Sur les 2,5 milliards de prêts, seulement 500 millions octroyés à la Wallonie régulièrement, cela veut dire que nous n'utilisons pas suffisamment ce formidable outil de financement qui, pourtant, répond clairement aux besoins de la Wallonie.

Nous le savons, nous avons de grands besoins de financement d'une manière générale dans des secteurs autour desquels nous avons organisé les ateliers de cette journée de rencontre qui sont sur l'énergie, sur le transport, de la santé, des bâtiments publics et une série d'autres, à quoi vient s'ajouter le fait que la nouvelle méthode d'application des règles SEC 2010 rend un certain nombre de projets aujourd'hui financièrement difficiles à élaborer. On vient d'évoquer la situation du tram de Liège, vous l'avez rappelé. De la même manière, l'aéroport de Charleroi est concerné puisqu'il a toujours un plan de développement stratégique qu'il comptait financer en tenant compte de la subvention que la Commission européenne jusqu'ici avait autorisée.

Nous avons une série d'opérateurs qui doivent se retourner et trouver de nouvelles solutions. L'expertise de la BEI, de ce point de vue, est extrêmement importante.

Vous l'avez dit aussi, le plan Junker est potentiellement une très belle opportunité. Notre collègue, Mme Simonet, m'interroge régulièrement et à juste titre sur ce sujet parce que, sur ces 315 milliards, il est clair qu'il n'y aura pas de calcul d'un quota exact pour les différents États membres la BEI nous l'a rappelé. Ce sont ceux qui auront les meilleurs projets et les projets les mieux montés financièrement qui auront le plus de chance d'obtenir ce type de subsides. Nous avons tout intérêt à saisir cette opportunité.

La banque a attiré notre attention sur le fait que nous étions les premiers à avoir pris cette initiative. Je dois dire qu'ils y ont répondu de manière très positive, puisqu'ils nous ont détaché rien de moins que le viceprésident de la banque lui-même et 20 experts qui sont venus ensemble exposer les différentes pistes qui sont ouvertes. Je rappelle aussi que la banque vient de désigner un délégué « Belgique » qui est là pour être l'interlocuteur de tous ceux qui peuvent être intéressés par ce type de financement. Cela concerne les communes, les sociétés de logement de service public et évidemment toutes nos administrations publiques et nos intercommunales.

Je conclus en attirant aussi l'attention sur le fait moins connu que la BEI soutient aussi le secteur privé et a l'intention d'augmenter encore ses soutiens au secteur privé, en particulier sur des thèmes dont nous avons beaucoup parlé aujourd'hui, ceux de l'innovation et de la modernisation et du soutien à la croissance des PME. Il y a donc là autant pour nos investissements publics que pour le soutien à notre économie, de larges opportunités.


Réplique de Mme Zrihen

J'ai toujours eu le sentiment, dans la petite expérience européenne que j'ai eue, que notre travail de connexion avec l'Europe ne se faisait pas simplement parce que nous avions les institutions sur notre territoire, ce qui m'a toujours semblé être une erreur. Vous nous le confirmez dans le fait que les opportunités sont là, qu'il fallait simplement faire les bonnes connexions. Je pense que cette rencontre ne peut être que prolifique et intéressante.

Quant au délégué « Belgique », il serait extrêmement intéressant de savoir où il peut se nicher et de faire en sorte de lui donner une plus grande visibilité et surtout prendre le temps de travailler autant avec les petites et moyennes entreprises, qu'avec tous nos partenaires, que ce soient les institutions, les universités, les communes, les provinces. Je crois que, là, il y a vraiment un travail de visibilité à faire. Cela représente beaucoup d'argent. Je crois qu'on en a besoin.