Question orale de Mme Zrihen à la Ministre en charge de l'Emploi et de la Formation, Mme Tillieux, au sujet de « la récente visite officielle royale et ministérielle en Allemagne au sujet de la problématique de la formation en alternance »

Madame la Ministre,

A la mi-mars, une délégation de Ministres ainsi que de partenaires sociaux, présidée par le Roi Philippe, s’est rendue en Allemagne pour y étudier son modèle de « formation duale » (ou enseignement en alternance) mêlant la formation en milieu entrepreneurial et enseignement secondaire. L’objectif avoué par notre souverain était également de développer des synergies entre les différents acteurs de terrain qui ne se connaissent pas forcément, les inviter à échanger l’information et à faire en sorte que la formation en alternance belge – en l’occurrence, francophone, néerlandophone ou germanophone, puisque la compétence dépend des entités fédérées – s’améliore.

Il est avéré qu’en Allemagne, la relation entre le monde du travail et celui scolaire est bien plus étroite, les jeunes du secondaire pouvant effectuer une partie de leur formation en entreprise, ce qui, au final, semble faciliter l’embauche. Il est clair que les pays germaniques – Allemagne, Autriche, Suisse, Luxembourg, mais aussi la Communauté germanophone de Belgique – ont des taux de chômage chez les jeunes relativement moins élevés que dans le reste de l’Europe. Une des raisons de ce succès est certainement la « duale Ausbildung » (formation duale). A titre d’exemple, 15% des jeunes Allemands de moins de 25 ans passent par ce type de formation, contre seulement 5,7% des jeunes Wallons. Parallèlement, le taux de chômage dans cette catégorie de la population est de 6 à 7% en Allemagne, contre plus de 23% en Belgique.

Toutes les entités fédérées ont par ailleurs inscrit cette thématique au cœur de leurs politiques de mise à l’emploi des jeunes et un lien fort entre école et monde du travail. Pour rappel, le Plan Marshall 2022 veut « intensifier les liens entre l’économie et l’enseignement. » De même, l’accord de gouvernement prévoit de « sceller un pacte pour l’emploi et la formation. » Notamment pour assurer des stages aux étudiants en alternance.

Madame la Ministre :

- Pouvez-vous nous entretenir des différentes rencontres que vous avez eues lors de cette visite officielle ?

- Quels enseignements concernant la formation en alternance pouvez-vous d’ores-et-déjà tirer de cette visite ? En d’autres termes, qu’entend-t-on par cette « fameuse alternance à l’allemande » ?

-Qu’en est-il des possibilités d’application de ce type de formation duale dans la Région wallonne ?


Réponse de Mme Tillieux, Ministre en charge de l'Emploi et de la Formation

Madame la Députée, 

Dans le cadre de la visite royale et ministérielle en Allemagne qui s'est tenue les 12 et 13 mars derniers, la délégation belge a eu l'occasion de participer à deux tables rondes. La première s'est tenue à Berlin, sous la présidence de Monsieur Thomas Rachel, Secrétaire d'Etat, en présence des représentants syndicaux et patronaux, des représentants des Chambres de l'Artisanat, du Commerce et de l'Industrie ainsi que des représentants du Ministre fédéral allemand de l'Enseignement. 

Cette table ronde a abordé les thématiques suivantes : 

- De l'encadrement légal et budgétaire de la « duale Ausbildung » ;

- Des effets de la « duale Ausbildung » sur l'intégration des jeunes sur le marché de l'emploi : 

- De l'attractivité et de l'image de la formation en alternance pour les jeunes et pour les entreprises. 

La seconde table ronde s'est quant à elle tenue à Düsseldorf, au sein de l'entreprise Lhoist, sous la présidence de Mme Verena Gräten, responsable de la formation et de l'enseignement qualifiants en Communauté germanophone. 

Elle succédait à une visite de deux ateliers du centre de formation installé dans l'entreprise et a permis des échanges constructifs entre les opérateurs des deux pays, échanges rehaussés par les témoignages de jeunes ayant suivi ou encore en formation en alternance dans l'entreprise. 

Les différences entre notre système d'alternance et le système allemand sont notamment résultante d'une histoire économique et sociale reposant sur un tissu économique, une organisation du travail, une gestion des emplois, un système de relation avec les partenaires sociaux propres à l'Allemagne. 

L'alternance est inscrite dans les gènes et la culture de nos voisins allemands, même si elle est actuellement, là aussi, en légère perte de vitesse. Néanmoins, par comparaison au succès du système dual allemand, où 21% des entreprises accueillent des apprentis, en Wallonie, l'alternance ne convainc encore aujourd'hui qu'une entreprise sur 10 et moins de 5% des jeunes. Ce qui ne peut que nous interpeller et aiguiser notre intérêt, c'est, avant tout, l'implication, en ce compris financière, et la responsabilité des secteurs professionnels et des Chambres de l'Artisanat, du Commerce et de l'Industrie dans l'organisation du système dual allemand. 

En Allemagne, le volet « théorique » est assuré par l'enseignement technique et professionnel tandis que le volet « apprentissage en entreprise » est totalement organisé et supervisé par les Chambres de l'Artisanat, du Commerce et de l'Industrie. Au travers des secteurs professionnels, les partenaires sociaux jouent donc un rôle déterminant à des degrés divers. 

La part contributive des entreprises et des chambres de l'Artisanat, du Commerce et de l'Industrie, en termes d'investissement financier, est considérablement plus importante qu'en Wallonie, de même que leur intervention dans les programmes de formation, dans l'évaluation, dans la gestion des offres de stages en entreprises, ou encore dans la promotion du dispositif.