Question orale de Mme Zrihen à M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Infrastructures sportives, délégué à la Représentation à la Grande Région, sur « l'établissement d'un nouvel inventaire lié à l'évolution de la forêt wallonne »

Monsieur le Ministre,

La forêt wallonne évolue et il est fondamental d'en dresser un inventaire permanent pour assurer son suivi à tous les niveaux. L'inventaire forestier wallon de 230 pages reprend les résultats des analyses de terrains de 1994 à 2012. Un inventaire commencé en 1978, autant pour la forêt wallonne privée que publique. Il est important d'avoir une stratégie commune et de mesurer les évolutions forestières propres à notre Région.

 Il est important qu'il y ait un équilibre statistique idéal entre les résineux et les feuillus. Depuis 10 ans, il semblerait qu'il y ait un certain déséquilibre et que les feuillus aient gagné 5 % de présence. On couperait ainsi plus que la forêt ne grandit ou ne se régénère. À terme, cela posera de sérieux problèmes à tous les secteurs en aval.

Un inventaire qui a une valeur documentaire permettrait surtout d'avoir un plan de gestion et de décision pour tenter de retrouver un équilibre.

Il est important d'accroître une démarche globale vers les circuits courts du secteur et de réaliser des appels d'offres ciblés pour que les scieries du cru aient accès à cette matière première. On ne peut que se féliciter de ce travail pour arriver à cet inventaire de nos forêts.

Selon quelle méthode, quels critères, quelles variables et endéans quel délai peut-on imaginer de relancer un nouveau processus constatant l'évolution de nos forêts ? Y a-t-il une attention particulière et des politiques spécifiques que l'on pourrait lancer pour arriver à cet équilibre ?

 A-t-on une réflexion quant aux possibilités de reboisement des épineux et de leur exploitation plus contrôlée ?

Il y a également un label européen – les PEFC – qui vise à la durabilité de notre environnement forestier. Qu'en est-il de sa bonne application ?


Réponse de M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Infrastructures sportives, délégué à la Représentation à la Grande Région

Madame la Députée, 

Dans un premier temps, je voudrais évoquer l'inventaire permanent des ressources forestières de Wallonie, puis deux ou trois mots sur les résultats à retenir de cette étude et les politiques qui y sont associées.

L'Inventaire permanent des ressources forestières de Wallonie récolte des données quantitatives, comme la topographie des sols, et qualitatives, notamment la composition du bois. La Région wallonne est échantillonnée sur 11 000 stations et placettes représentatives des populations de nos forêts. Celles-ci sont visitées tous les 14 ans. L'objectif est de faire un état des lieux permanent de l'ensemble de la forêt wallonne par des cycles de 14 années. La cellule de l'inventaire est composée de quatre équivalents temps plein.

Principalement, les conclusions de l'inventaire nous révèlent un prélèvement trop important d'épicéas, malgré une capitalisation générale du bois en forêt, augmentant le volume de bois de 5 % par rapport aux premiers inventaires qui datent des années 80. De plus, on peut noter que la forêt wallonne n'a jamais été aussi importante.

À d'autres niveaux, l'inventaire montre une évolution vers une diversification progressive de la composition des peuplements, une présence plus importante de la régénération naturelle ou une augmentation du bois mort.

Cependant, le taux de prélèvement pour les résineux atteint 130 % et grimpe à 140 % pour l'épicéa. Le problème se situe surtout en forêt privée. La diminution des pessières de -16 % est due à la forte demande du marché, aux structures d'âge semblables des peuplements et, dans une moindre mesure, à la restauration de milieux naturels, les projets LIFE+ par exemple. J'ai pris l'initiative, il y a peu, de réunir les provinces, avec l'association RND – Ressources naturelles développement – afin d'expliquer la prime mise en place dans la Province de Luxembourg, à l'époque de mes fonctions précédentes, où l'on veut y favoriser la replantation au bénéfice des petits propriétaires. RND a expliqué quels étaient les mécanismes et le bénéfice d'une telle initiative.

De plus, en matière de sensibilisation, la Société royale forestière de Belgique et la Cellule d'appui à la petite forêt privée, insérée à l'Office économique wallon du bois, mènent régulièrement des actions d'information. Par ailleurs, les opérations de gestion forestière groupée, proposées par la cellule d'appui, prennent en compte ces éléments. Cela vise à encourager le reboisement, cela vise aussi à éviter les coupes à blanc prématurées en résineux par exemple.

L'autre point important épinglé dans le rapport de l'inventaire concerne la capitalisation sur pied des feuillus. Pour aider nos scieries wallonnes et améliorer le taux prélèvement, la vente de gré à gré constitue un outil indéniable et les ventes sont en plein essor. Les acheteurs et les vendeurs de la filière bois semblent convaincus de l'opportunité de ce système.

Je dois m'inscrire dans la continuité, en plus d'un label wallon que je souhaiterais développer, avec mon collègue M. le Ministre Marcourt, pour promouvoir le savoir-faire wallon et aider à l'approvisionnement de nos entreprises sur une matière première locale dont on reconnaît partout qu'elle est d'excellente qualité. Je ne peux pas me prononcer sur un éventuel calendrier, mais nous sommes vraiment occupés à cette tâche.

Dans le but de garantir cette qualité, mais surtout la durabilité de la forêt, la labellisation PEFC joue un rôle capital. Le système PEFC utilisé en Wallonie est particulièrement bien adapté au caractère morcelé du paysage forestier wallon, car cet outil est évolutif et attentif aux petites propriétés privées : 53 % de la forêt wallonne est déjà labellisée dont 98 % en forêt publique. Vous comprendrez que le travail se porte désormais sur la forêt privée. La Société royale forestière belge effectue cette sensibilisation de terrain en collaboration avec la Direction des ressources forestières.

Pour conclure par une analyse générale, je dirais que les problèmes que rencontre la forêt wallonne sont multiparamétriques. Les paramètres en cause ne sont pas indépendants les uns des autres. Un résultat significatif ne peut dès lors être obtenu qu'en traitant tous les aspects simultanément. En outre, la nature et l'importance relative des causes varient selon l'endroit, ce qui complique leur traitement. Dans ce sens, on ne peut affirmer qu'une problématique prime sur une autre. Il faut être attentif à l'ensemble des problèmes de la forêt et nous nous y attelons afin de lancer des politiques les plus adéquates pour l'avenir forestier et pour maintenir l'ensemble des services qu'elle rend et dont on sait qu'ils sont à la fois diversifiés, mais aussi extrêmement importants.


Réplique de Mme Zrihen

Merci, Monsieur le Ministre, pour tout votre intérêt pour cet atout primordial et surtout le fait que c'est reconnu comme ayant une qualité et une capacité véritablement d'être un bel ambassadeur de notre travail en Wallonie.