Question orale de Mme Zrihen à M. Collin, Ministre de l'Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Infrastructures sportives, délégué à la Représentation à la Grande Région, sur « l'extinction de certaines espèces »

Monsieur le Ministre,

10 % des espèces wallonnes sont éteintes et 30 % sont en danger. L'espèce humaine est la principale responsable de ce déclin de la biodiversité. Conscients de cette responsabilité, nous tentons de mettre en œuvre des outils visant à lutter contre la perte de ce patrimoine naturel essentiel pour notre environnement et notre développement.

 À ce sujet, le réseau Natura 2000 reste un outil central, je dirais même plus : fondamental. En tant que ministre de la Conservation de la nature, comment envisagez-vous de mettre un frein au déclin de la biodiversité ? Un grand chantier, s'il en est.

La tendance sur ces dernières années permet-elle d'associer les différents acteurs de la ruralité ?

Comment faire en sorte que le partenaire indispensable à tous ces projets positifs qu'est le monde agricole puisse, dans plusieurs cas, être présent et être un acteur de cette politique ? En effet, outre des pollutions spécifiques, ce sont la destruction des habitats et l'évolution des pratiques culturales qui provoquent le déclin de la biodiversité et donc de l'intérêt de cette sensibilisation. Auriez-vous un plan régional wallon en la matière ?


Réponse de M. Collin, Ministre de l' Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Infrastructures sportives, délégué à la Représentation à la Grande Région

Madame la Députée,

Selon les derniers chiffres de l'État de l'environnement wallon, 31 % des espèces animales et végétales étudiées sont menacées de disparition à l'échelle de la Wallonie et près de 9 % ont déjà disparu. Le déclin n'est pas enrayé, mais la tendance est stable.

Sans vouloir minimiser ce constat, je voudrais souligner que certaines espèces sont menacées de par le fait qu'elles sont naturellement rares, soit parce qu'elles viennent d'arriver, soit parce qu'elles sont en bordure de leur aire de répartition. Je prends un exemple : la mouette rieuse reprise par AVES dans la liste rouge comme vulnérable, n'est pas à proprement parler une espèce en voie de disparition chez nous, puisqu'elle est très rare comme nicheuse en Wallonie. Ensuite, même si la situation reste critique pour certaines espèces et habitats, il est incontestable que les mesures prises ont permis d'inverser la tendance.

La loi sur la conservation de la nature, dont on a fêté les 40 ans l'année passée, prévoit l'interdiction de détruire les individus des espèces protégées. Cette mesure a eu un effet direct et rapide sur les populations et induit un plus grand respect de celles-ci.

Des programmes de protection pour certaines espèces sensibles ont été mis en œuvre, comme la loutre ou la chauve-souris, pour lesquelles plus de 1 000 bâtiments ont été aménagés dans 128 communes afin de leur fournir un gîte d'été. Il faut souligner que l'état de conservation d'une espèce résulte d'une combinaison de facteurs telle que la fragmentation, l'altération ou la disparition des habitats, l'incidence de pollutions diverses ou la présence d'espèces exotiques envahissantes.

Il faut travailler pour que chaque mètre carré de territoire devienne, dans la mesure du possible, plus accueillant pour la vie sauvage. De nombreuses actions ont été initiées en ce sens, en collaboration avec les associations environnementales, mais aussi avec les gestionnaires du territoire.

L'esprit du Réseau Wallonie Nature vise à développer la nature partout et pour tous en lui permettant de cohabiter au cœur de l'activité humaine. Ce réseau est articulé en un catalogue d'espèces concrètes et pragmatiques à mettre en œuvre avec tous les acteurs du territoire en proposant de signer des chartes sectorielles de biodiversité. En effet, de nombreux secteurs peuvent, par leurs actions au quotidien, contribuer à augmenter la capacité d'accueil pour la faune et la flore indigènes.

Les chiffres suivants illustrent l'importance des actions menées en faveur de la nature et de la biodiversité dans le monde rural : par exemple, l'opération fauchage tardif des bords de routes qui représentent une longueur totale d'environ 15 700 kilomètres, soit une surface approximative de 3 600 hectares, en constante augmentation par son extension aux voiries régionales et aux bords de canaux.

Deuxième exemple, le développement du réseau de haies et de vergers en zone rurale, via la plantation en bord de voiries, les subventions aux particuliers – plus de 30 kilomètres de haies et plus de 1 000 arbres par an – et les subventions pour les projets d'agroforesterie.

Troisième exemple, les 101 communes engagées dans un Plan communal de développement de la nature actif avec de nombreuses réalisations à la clé.

Quatrième exemple, le plan Maya avec un nouvel appel à candidatures en avril dont l'objectif principal est la sauvegarde des pollinisateurs. Cela concerne 207 communes et trois provinces et cela a permis, en 2012, de créer et planter 24 hectares de prés fleuris, 1 773 arbres fruitiers, 5 069 arbres d'alignement mellifères et 60 kilomètres de haies indigènes mellifères. Tout cela à titre d'exemple.

Autre exemple plus général, l'opération des 128 communes engagées dans la convention Combles et Clochers avec plus de 1 000 bâtiments aménagés.

Enfin, très important, actuellement, les 10 parcs naturels – et il en viendra d'autres – qui couvrent 56 communes. Tout cela ne va faire que s'agrandir avec le nombre de nouveaux parcs naturels en préparation.

D'autres actions sont prévues dans la Déclaration de politique régionale pour freiner le déclin de la biodiversité. L'extension des réserves naturelles et le développement du réseau Natura 2000 constituent les axes principaux de la politique en faveur de la préservation des espèces rares ou menacées. Au travers du financement d'actions spécifiques soutenues entre autres par le Programme de développement rural et les projets LIFE+,le Gouvernement wallon entend renforcer la dynamique partenariale entre les pouvoirs publics et les propriétaires/occupants de ces sites.

On constate, aujourd'hui, une meilleure prise en compte de la nature dans les pratiques sylvicoles et agricoles. Ainsi, si la nouvelle politique agricole commune impose que 5 % de la surface agricole utile soit consacrée au maintien de la biodiversité, force est de constater que, de 1995 à aujourd'hui, plus de 54 % des exploitations agricoles wallonnes sont impliquées dans le programme de mesures agro-environnementales.

Il ne s'agit pas d'un exposé exhaustif des mesures prises, mais cela donne déjà la mesure de l'effort entrepris et de la volonté de le consolider.


Réplique de Mme Zrihen

Il y a une véritable volonté et un véritable programme d'actions et d'interventions, mais le constat est assez difficile à accepter : 30 % en danger. Je pose la question de savoir si le volet éducatif à la base est bien fait. Je plaiderais pour une communication qui soit peut-être plus multimédia et pas seulement réservée aux acteurs en direct de ce type d'intervention. Par exemple, lorsqu'il y a des espèces en voie de disparition dans d'autres pays ou sur d'autres continents, on est en capacité de le faire. Peut-être que l'on n'ose pas le faire, mais le danger est là et il serait intéressant de sensibiliser tout le monde à cette difficulté que nous sommes en train de vivre.

Il est vrai que pour les abeilles, le plan Maya a été tout à fait performant. Celui pour les chauves-souris également. Peut-être peut-on augmenter notre champ d'intervention ?