Question orale de Mme Zrihen à Mme Tillieux, Ministre de l'Emploi et de la Formation, sur «la formation en alternance»

Madame la Ministre,

La récente visite en Communauté germanophone de notre commission a permis de confirmer le réel intérêt et l'avenir prometteur que présente la formation en alternance.

Qui plus est, la création et la gestion d'un cadre francophone pour l'éducation et la formation tout au long de la vie est un point d'orgue à la valorisation du travail fourni pour les étudiants dans leur cursus scolaire. Néanmoins, pour nombre de personnes, le choix de l'alternance se fait par dernière chance, plutôt que pour l'intérêt d'un apprentissage mêlant la théorie à la mise en pratique professionnelle sous l'aile d'un employeur.

 La question de la qualification des outils d'orientation scolaire est plus que jamais mise en avant. C'est un double combat qui doit être mené : le premier pour la valorisation de la formation en alternance et le deuxième doit permettre à ces futurs acteurs du marché du travail de ne pas s'inscrire dans un système en amorçant sa lente chute face à la révolution technologique et numérique.

Quels sont les moyens en possession de la Région wallonne pour valoriser ces secteurs d'apprentissage tournés vers l'avenir, porteurs d'emplois à long terme, auprès des citoyens ?

La plateforme commune à l'entièreté de la formation en alternance/technique/transition en Wallonie existe, mais manque de visibilité ou de communication dans le monde scolaire.

Comment pourriez-vous travailler avec le FOREm pour augmenter la visibilité de cet outil ? Quelles actions pourrions-nous mettre en œuvre pour légitimer le caractère positif de la formation en alternance et ne pas continuer à la voir, dans certaines régions, comme un échec ?

Comment la Région wallonne compte-t-elle anticiper l'évolution exponentielle du marché de la formation dans les 15 prochaines années, dans un réel souci de ne pas perdre les publics éloignés de ce dernier ? Métiers d'avenir, découverts sur le site du FOREm, pourraient-ils être une réponse ? Si oui, sur quel plan de communication comptez-vous l'exploiter ?


Réponse de Mme Tillieux, Ministre de l'Emploi et de la Formation

Madame la Députée,

Un gouvernement conjoint avec la Communauté germanophone est prévu le mois prochain. Lors de celui-ci, je proposerai à mes collègues de la Communauté germanophone de cosigner, avec moi, une note visant la mise en œuvre d'un groupe de travail sur l'alternance et l'orientation.

Je souhaite favoriser l'échange de bonnes pratiques en la matière – nous continuons notre dernière visite – et m'inspirer, notamment, des stages d'acculturation en entreprise, proposés aux jeunes de 14 à 15 ans, pendant les vacances de Pâques, pour leur permettre de découvrir un métier par la pratique. Cet outil d'orientation m'apparaît particulièrement porteur et propice à une expérimentation en Région wallonne. Je pense que c'était le cas pour tout le monde.

Dans le cadre de la réforme de l'alternance, une priorité sera réservée à la définition des modalités et à l'élaboration des outils nécessaires à la qualité de l'accueil et de l'encadrement des apprenants en entreprises. Les synergies développées avec la Communauté germanophone devraient permettre de transposer des outils efficaces chez les opérateurs de la formation en alternance.

Concernant la mise en œuvre de la réforme de l'alternance, le Gouvernement quadripartite du 26 février 2015 a défini les étapes de l'échéancier. D'ores et déjà, trois étapes ont été concrétisées :

– le collège de la Cocof a approuvé définitivement l'arrêté fixant l'entrée en vigueur du décret du 5 mars 2009 portant assentiment à l'accord de coopération-cadre relatif à la formation en alternance du 24 octobre 2008 ;

– le passage en première lecture au Gouvernement wallon de l'avant-projet d'arrêté fixant l'entrée en vigueur de l'accord de coopération-cadre relatif à la formation en alternance du 24 octobre 2008 et demande d'avis du Conseil d'État en urgence – c'était le Gouvernement du 13 mai 2015 ;

– le passage en première lecture au Gouvernement wallon de l'avant-projet d'arrêté fixant le modèle de contrat d'alternance et la demande d'avis aux organes consultatifs – c'était aussi au Gouvernement du 13 mai 2015.

La suite des actes à poser pour la mise en œuvre du modèle réformé dès septembre 2015 sont :

– l'approbation définitive, après avis des organes consultatifs et du Conseil d'État, des deux arrêtés que je viens d'évoquer ;

– la lecture unique aux trois gouvernements de l'arrêté portant désignation des administrateurs siégeant au sein du Conseil d'Administration de l'OFFA ;

– l'adoption par les trois gouvernements du projet de lettre de mission du fonctionnaire dirigeant de l'OFFA, ainsi que le lancement de l'appel à candidature.

Par ailleurs, le Pacte pour l'emploi et la formation, qui est en cours d'élaboration, a pour vocation de rassembler, dans un document déclaratif, les engagements conjoints, concrets et réalistes des partenaires sociaux et du Gouvernement wallon. Il s'articule autour de six grandes thématiques dont :

– le renforcement de l'orientation professionnelle tout au long de la vie ;

– la création de places de stages pour les apprenants de la formation professionnelle et en alternance.

Faire de l'alternance un choix positif relève aussi d'une dynamique d'orientation efficiente. Il convient d'aider les jeunes, mais aussi les demandeurs d'emploi, les travailleurs en reconversion, à construire leur projet professionnel. Notamment en leur donnant toutes les informations utiles sur les métiers, les filières les plus appropriées, ou simplement en leur permettant de découvrir un métier in situ ou encore, pourquoi pas, de s'y essayer.

Faire de l'alternance une filière d'excellence nécessite aussi de pouvoir offrir un nombre croissant de places de stages en entreprises, pour permettre aux apprenants de se confronter à l'exercice d'un métier en situation réelle. Tout en mobilisant la participation des entreprises à l'émergence des compétences professionnelles dont elles auront elles-mêmes besoin.

Les engagements des partenaires sociaux formalisés dans ce pacte pour l'emploi et la formation et les actions concrètes qui en découleront devraient permettre la création de nouvelles places de stages que nous voulons de qualité, en s'appuyant sur des dispositifs comme les conventions sectorielles en matière de formation, d'enseignement et d'insertion, et sur les clauses sociales de formation dans les marchés publics.

Mon objectif, tout comme celui de mes collègues de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Cocof, est que la mise en œuvre de la Réforme de l'alternance se traduise, le plus rapidement possible, en résultats concrets, au bénéfice de la qualité de la formation des apprenants et, in fine – c'est l'espoir ultime – de leur insertion dans des emplois de qualité où ils pourront continuer à renforcer la compétitivité tant souhaitée de nos entreprises wallonnes.


Réplique de Mme Zrihen

Je pense que nous avons ouvert un chantier énorme.

Il est vrai que l'on devrait pouvoir mettre à profit, peut-être sans aller trop vite, ces fameuses journées blanches que les élèves découvrent en fin d'année où ils sont peut-être laissés à l'oisiveté. Je crois que cela pourrait être une initiative que l'on pourrait prendre assez rapidement, afin de les emmener faire des visites.

En tant que présidente du Comité sud pour l'emploi, nous avons pu organiser cela très rapidement. Que ce soit dans les centres de compétence qui sont dans les Régions, ne fût-ce que cette découverte directe et concrète qui peut parfois amener des orientations tout à fait intéressantes, surtout si elle est positivée par les enseignants qui les encadrent.