Question orale, posée à Paul Magnette le 29 juin 2015, Ministre-Président de la Région Wallonne, à la suite de son déplacement en Chine:

Mme Zrihen (PS). - Monsieur le Ministre-président, je vous avais déjà interrogé, il y a quelques semaines, sur cette visite royale et c'est donc naturellement que je reviens vers vous aujourd'hui pour en faire le bilan.

En effet, à l'occasion de la visite d'État du Roi Philippe en Chine, les ministres-présidents des trois Régions étaient également présents. Ce n'est néanmoins pas la première fois que les Régions collaborent avec le Fédéral sur la scène internationale. Les missions économiques princières ont déjà été le théâtre de cette coopération à l'occasion d'une visite royale.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette visite et, notamment, sur le projet de grande ampleur, une première en Europe, qui a été présenté dans le cadre de ce voyage. Il s'agit du CBTC, le China-Belgium Technology Center qui doit s'installer dans le Parc scientifique de l'UCL. Il deviendrait ainsi le premier incubateur d'entreprises technologiques chinoises en Europe avec l'objectif de renforcer la recherche high-tech et la coopération technologique entre la Belgique et la Chine.

Ce projet qui est, semble-t-il, fondamental pour la Wallonie représente un investissement de pas moins   de
200 millions  d'euros  avec  plus  ou  moins  l'espoir  de 1 500 emplois créés. Pouvez-vous nous dire plus en détail comment ce projet viendra s'articuler autour du plan Marshall 4.0 ?

En savez-vous déjà plus sur les délais qui sont un élément extrêmement important ? Les délais aussi de réalisation pratique et très concrète ? D'autres contacts ont-ils pu être pris dans l'intérêt de notre Région ? Vous avez vu en télévision une rencontre tout à fait particulière avec une firme d'aliments pour bébé qui avait l'air d'être extrêmement intéressée, étonnée, surprise dans la prospective quant au redéploiement de ce type de produit en Chine.

(...)

M. Magnette, Ministre-Président du Gouvernement wallon. - Mesdames et Monsieur les députés, merci pour ces questions nombreuses sur un sujet tout frais, puisque je viens d'atterrir ou à peu près.

Je reviens avec un bilan qui, pour ma part, est extrêmement positif pour notre Région.

D'abord, c'était la première visite d'État, la première de l'après-sixième réforme de l'État et la première avec le Roi Philippe et que donc, les premières, c'est toujours un peu un moment de rodage et je pense que l'on peut dire que les choses se sont passées de manière remarquable. La représentation à la fois du Roi, du ministre des Affaires étrangères et des trois ministres- présidents a été très largement appréciée. Nous avons quand même rencontré ensemble à la fois le chef de l'État, le premier ministre et l'équivalent de ce qui est un peu le Parlement chinois, en tout cas de la Commission consultative telle qu'elle existe dans le cadre chinois, donc les plus hautes autorités du pays.

Nous avons également, ensemble, participé à un déjeuner d'affaires avec les plus grands entrepreneurs chinois, les plus grands investisseurs chinois, la plus grande banque, les plus grands groupes de tours- opérateurs et les plus grandes compagnies aériennes et les deux plus riches investisseurs chinois, M. Jack Ma et M. Wang. Au niveau de la qualité, de l'intensité des contacts, c'est une mission tout à fait exceptionnelle. Cela s'est très bien passé sur le plan interpersonnel et sur le plan des relations entre les différents niveaux de pouvoir. C'est important à préciser.

Deuxième chose que j'ajouterai, c'est que, bien que ce soit une mission d'État, nous avions insisté auprès de la maison royale pour que l'on puisse emmener avec nous un certain nombre d'entrepreneurs. Ce n'est pas la logique, a priori, d'une mission d'État, c'est plutôt la logique d'une mission économique, mais du coup, c'est devenu un peu une mission mixte, puisque nous avions avec nous une trentaine d'entreprises wallonnes et je dois vous dire que nous avons dû en refuser beaucoup. En effet, beaucoup d'autres auraient aimé nous accompagner, mais si nous voulions pouvoir caser l'ensemble des rendez-vous dans un délai d'une semaine, avec toute la partie officielle, le programme était déjà extrêmement chargé. Pour le faire de manière efficace, il fallait le faire avec un nombre restreint d'entreprises.

Nous avons engrangé pas moins d'une quarantaine d'accords commerciaux et académiques, puisque tous les recteurs francophones étaient également  présents lors de cette mission. Nous avons également renouvelé un jumelage avec la Province de Hubei, une province très importante pour la Wallonie, puisque nous avons déjà des accords anciens avec elle et un jumelage qui avait été signé en 2012. J'avais reçu une importante délégation de cette province, notamment son vice- gouverneur. Les provinces jouent un rôle très important en Chine et cette province centrale est une des provinces les plus dynamiques sur le plan du développement économique.

Nous avons pu également participer à une série d'activités, principalement dans les deux zones les plus importantes pour les intérêts wallons que sont la zone de la ville de Wuhan, d'une part, et de la ville de Pékin, d'autre part. Vous savez que la mission s'est poursuivie à Shanghaï et Chensen où il y avait encore des représentations, mais je les avais quittés à ce moment pour aller à la semaine wallonne de l'exposition universelle de Milan. On ne sait pas être partout, mais il était important que j'y sois également.

Je ne peux pas détailler tous les accords, parce  qu'il y en a vraiment beaucoup et il y en a dans tous les secteurs, depuis les PME jusqu'à de très grandes entreprises, depuis les secteurs industriels jusqu'à des secteurs agro-alimentaires, depuis le secteur du tourisme ou du loisir jusqu'à des secteurs de la santé, des biotechnologies. C'est un panel vraiment extrêmement large. Cela a confirmé ce qu'était déjà l'analyse de l'AWEx et de WBI que ce pays est, pour nous, un partenaire absolument fondamental, d'abord parce qu'il est grand, bien entendu, mais ensuite parce qu'il est croissance extrêmement rapide et que la classe moyenne chinoise est en voie de massification de manière tout à fait spectaculaire.

Ceci implique des débouchés formidables pour nos produits.  On citait  le lait  en poudre  qui  n'est  pas  une tradition ou une habitude en Chine, mais qui est un marché dans lequel il y a un potentiel colossal. Une entreprise comme Belourthe a, là, une carte à jouer. On citait le secteur de la santé. On a bien senti qu'il y a une demande pour les types de traitements préventifs, curatifs, analytiques que nous avons et pour lesquels nous avons des pierres d'excellence chez nous.

On citait le domaine du loisir et du tourisme. Les touristes chinois sont de plus en plus nombreux à choisir l'Europe comme destination et vous savez que nous avons signé, il n'y a pas très longtemps, un accord entre de très grandes compagnies et le tour-opérateur YouTour et l'aéroport de Liège. Déjà plus de 5000 touristes chinois, en quelques semaines, ont atterri à Liège. Il y a, pour nous, un énorme enjeu de faire en sorte qu'ils restent en Wallonie et qu'ils passent davantage de temps en Wallonie et contribuent à dépenser. En moyenne, ils vont dépenser deux, trois mille euros par semaine, nous a-t-on annoncé. Le flux que l'on peut attendre peut être véritablement exponentiel et cela peut devenir, pour notre Wallonie, un élément important. Nous avons donc, de ce point de vue là, fait des offres et des propositions tout à fait intéressantes.

Je crois que la première leçon à retenir, c'est qu'avec la Chine, ce qui compte, c'est la continuité dans les relations. Il y a de petits marchés émergents dans lesquels on peut nouer un accord rapidement. En Chine, c'est dans la durée que l'on construit, c'est dans la confiance mutuelle et dans la compréhension réciproque que l'on construit des accords. Or, la Wallonie a investi depuis longtemps en Chine, d'abord, en ayant renforcé nos équipes AWEx et nos attachés de liaison scientifiques aux différents endroits stratégiques du territoire, en ayant créé, ici en Wallonie, à Mons, dès 2009, le China Welcome Office, un lieu pour accueillir les investisseurs chinois spécifiques, ici, et qui a déjà permis d'apporter un soutien à 114 entreprises chinoises, dont 22 se sont installées en Wallonie depuis lors et, bien entendu, ce grand projet phare du China Belgium Technology Center pour lequel nous sommes fiers, puisque c'est le premier incubateur chinois hors de Chine, en Europe en particulier et c'est un gros incubateur qui doit à la fois stimuler les collaborations scientifiques et la création d'entreprises, attirer les investissements et créer un maximum de liens entre entreprises de chez nous et entreprises de Chine.

Or, quand on sait combien ces liens interpersonnels et de durée sont importants, le fait que l'incubateur soit ici, en plein cœur de la Wallonie, à proximité immédiate d'une de nos plus grandes entreprises, est évidemment un atout majeur. Je peux vous dire que cela suscitait, dans la délégation, quelques jalousies. À terme, ce projet permettra de créer 1 500 emplois directs, ce qui est toujours évidemment une excellente chose, mais surtout, c'est potentiellement un formidable accélérateur des relations commerciales belgo-chinoises et en particulier sino-wallonnes. C'est un projet très concret. Le bail emphytéotique a été signé, les permis ont été délivrés, les travaux vont débuter dans quelques mois, probablement la première pierre dès la rentrée, après l'été, dans un centre situé dans le parc scientifique de Louvain-la-Neuve, entre la nationale 4 et la E411, proximité immédiate de Bruxelles, ce qui est un atout majeur évidemment pour les Chinois également.

C'est là un projet tout à fait concret, mais il y en a beaucoup d'autres. Je ne veux pas être trop long, mais la liste complète est publiée. Énormément d'accords scientifiques entre nos universités. Très bel accord, par exemple, entre l'ULB, la VUB et Proximus pour toute nouvelle technologie en matière d'information et collaboration avec les Chinois. Des accords qui ont été prolongés avec l'université de Wuhan, avec la China Academy of Science que l'on a eu aussi l'occasion de visiter en présence du Roi Philippe. Avec nos industries culturelles, pour n'en citer qu'une, le groupe Média Participation qui chapeaute notamment Dupuis ,basé à Marcinelle, a signé le premier accord qui ait jamais été signé avec une télévision publique chinoise, avec Beijing TV, pour produire des séries  d'animation avec les Chinois et exporter, là aussi, notre savoir-faire.

Ceci démontre vraiment que nous avons – et j'ai pris quelques exemples au hasard, mais je vous invite à vois la liste complète – dans ce pays, un potentiel très important. Cette visite d'État a marqué, parce que les Chinois sont très attachés au protocole et la présence du Roi et de la Reine et tout le temps que nous avons pu prendre et passer à discuter avec les  plus hautes autorités à la fois politiques et économiques est, je pense, quelque chose que nous avons semé, qui va nous permettre de continuer à cultiver et à récolter dans les années à venir. En tout cas, soyez assurés que dans la politique économique et internationale du Gouvernement wallon, la Chine continuera d'occuper un rôle important.

(...)

Mme Zrihen (PS). - C'est un véritable plaisir d'entendre tout le succès que, je pense, cette mission peut amener. Pour en avoir fait d'autres, mais c'était plus des liaisons entre la Province, l'Université de Mons, je pense qu'effectivement, la confiance et la continuité sont vraiment deux atouts majeurs pour poursuivre un travail de développement économique et de relations aussi permanent avec la Chine.

Ce qui est extrêmement important, aussi, c'est que nos entrepreneurs et nos opérateurs wallons comprennent la disproportion et, surtout, qu'ils  n'en aient pas peur, parce que cela va très très vite. Il y a aussi toute une culture d'entreprise, en Chine, à laquelle il faut être extrêmement sensibles. Je dirais que la patience est une des grandes qualités dans ce travail, pour l'avoir expérimentée.

Je trouve que nous avons, là, peut-être, un atout tout à fait important, surtout peut-être ne pas négliger  le volet très culturel. Un film qui, ici, est peut-être vu  par 2 000 personnes, en Chine, c'est tout de suite vu par deux millions de personnes. Il faut se rendre compte de ces disproportions, puisque nous avons l'exemple avec ce qui s'est passé à Écaussinnes. Nous avons la possibilité d'avoir ce type d'expérience et, donc, cette disproportion ne doit pas nous faire peur, bien au contraire, puisqu'il faut parfois un petit ferment pour faire de grandes récoltes.