La société civile au Burundi fait l’objet de mesures d’extrême répression. Dans cet échange en séance plénière, avec le Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous en sommes bien conscients. Je plaide vraiment pour que nous puissions apporter, absolument, notre soutien à toute résistance qui fasse jaillir une autre voie d’information et que celle-ci puisse être entendue pour redonner espoir à la société civile.

Verbatim * :
Olga Zrihen (PS) : Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Complément d’information suite à ce que ma collègue vient de dire. Les exactions dans les différents quartiers, plus les répressions violentes à l’encontre de l’opposition. Le fait qu’il n’y ait aucune autre voie que celle du gouvernement… La situation devient tout à fait dramatique et totalement incontrôlable.

Malgré des efforts qui ont été fait par l’UA (ndlr: l’Union Africaine) pour envoyer des troupes sur place (ce que refuse le Burundi), la volonté du Conseil des Nations-Unies qui attend encore un accord pour venir, il y a aujourd’hui très peu de place pour le moindre dialogue.

Nous avons été un des principaux bailleurs du Burundi. Nous avons été extrêmement présents sur tout une série de domaines. Je pense au travail sur les droits de l’homme, à la liberté d’expression, avec les journalistes, dans les écoles, dans la vie associative en générale, aujourd’hui, dans la situation actuelle. Quelles sont les possibilités qui nous restent sachant qu’il nous est difficile d’avoir le moindre contact avec la société civile ? Est-il encore possible d’avoir des informations de ce qui se passe réellement sur le terrain par rapport à nos associations partenaires ? Est-il également possible de voir via l’OIF (ndlr: l’Organisation Internationale de la Francophonie) d’avoir une piste pour une éventuelle médiation, un éventuel dialogue et faire en sorte que les droits de l’homme, premièrement, mais aussi les droits démocratiques, soient respectés dans ce pays qui nous reste extrêmement cher dans toutes les collaborations que nous avons eu jusqu’à présent ?

Réponse de Rudy Demotte, Ministre-Président : Je remercie les deux députées de remettre cette question à l’ordre du jour de notre assemblée. D’abord, je suis au regret de devoir annoncer que malheureusement toutes les informations qui viennent d’être rappelées à cette tribune sont fondées (ndlr: le Ministre-Président inclut également les meurtres et viols qui sont réfutés par les autorités burundaises).

Une petite réflexion sur le concept de refus de reconnaître la réalité et de la démentir : je pense qu’on est au-delà du démenti, on est dans le déni. Et, ce qui est en politique encore plus préoccupant quand on a à faire à un pouvoir qui s’exerce de manière dure. J’ajouterais que les exactions qui sont commises aujourd’hui au Burundi sont préoccupantes à plusieurs points de vue. Sur les droits humains, les droits de l’homme, parce que notre politique mise en place pour venir en aide à la société civile burundaise. Ces politiques-là sont mises en péril par le fait que ceux que nous aidons se sentent menacés par notre aide étant donné la nature des pressions qu’ils subissent.

Par rapport au monde des médias, et l’Union européenne a d’ailleurs aussi intérêt à se préoccuper de certains de ses gouvernements qui s’accaparent le pouvoir médiatique, mais les médias au Burundi ont fait l’objet de mesures extrêmement répressives dès lors qu’ils ne s’inscrivaient pas dans la logique gouvernementale. Et des journalistes, très nombreux, indépendants, ont quitté le pays. Je pense que ce que nous cherchons c’est à rester en contact avec ces corps professionnels, avec les alliances professionnelles de journalistes, pour savoir comment renforcer leur action sur le terrain. Ça, c’est notre jeu, entre guillemets, de positionnement politique, ici et maintenant.

Nous devons tenir compte de tous ces éléments, j’exprime ici, devant vous, la plus grande préoccupation par rapport à la situation interne du Burundi qui vit une véritable implosion, en ce compris, parfois, dans le mode organisationnel de sa propre opposition.

Donc, nous reviendrons sur ce sujet, mais ce que je souhaitais vous faire passer le message que nous ne baissons pas les bras pour autant. Nous devons agir avec circonspection, mais aussi avec détermination, en allant rechercher des acteurs qui peuvent venir en aide à ceux qui aujourd’hui font l’objet de mesures d’extrême répression.

Voilà qui est dit en peu de mots. J’en suis désolé, parce que le débat ne peut pas être poursuivi plus longuement à cette tribune. Je reviendrai volontiers en commission ou ailleurs sur cette thématique.

(...)

Réplique d'Olga Zrihen (PS) : Nous sommes tous évidemment très attentifs à la moindre évolution qui arrive sur ce territoire, parce que nous savons qu’il y a malheureusement des contagions possibles, étant donné les prochaines élections qui vont avoir lieu dans d’autres pays de la région. Nous serions très inquiets si des attitudes similaires étaient adoptées un peu partout. Nous avons en mémoire de très très mauvais souvenirs de la situation antérieure. Je plaide pour que chaque fois qu’il y a résistance, il y ait absolument un soutien pour qu’une autre voie d’information se fasse entendre et que tous les moyens soient mis en place pour que cette autre voie donne encore de l’espoir à la société civile.

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* Retranscription dite de courtoisie, pour la version officielle de la retranscription => http://www.pfwb.be, séance plénière du 06 janvier 2016