Longtain: Un conseil d'administration crucial ce jeudi soir, avec la volonté du gouvernement wallon de collaborer "pour voir s'il est possible de sauver l'entreprise". Echange sur le sujet avec le Ministre Jean-Claude Marcourt (Commission de l'Economie, mardi 16 février 2016):

 

Mme Zrihen (PS). - Monsieur le Ministre, je trouve qu'il est quand même important de vous signaler que vous n’avez pas moins de quatre députés de la même région dans la salle et que vos réponses sont donc évidemment très attendues.

En effet, la région du Centre vit depuis plusieurs mois les difficultés qui sont rencontrées par la société des laminoirs de Longtain. Certes, après la saga avec M. Jourdain, le récent repreneur, M. Faschella, a quant à lui lancé un premier appel, en février 2016, en mentionnant toutes les difficultés techniques de la remise en route des machines.

Sabotage, vandalisme, tout a été dit. Quoi qu'il en soit, la première annonce qui a été faite nous semblait extrêmement positive et pleine de promesses, d'autant plus qu'il nous semble que dans ce cas-ci la Région wallonne a largement rencontré tous ses engagements : la Sogepa a injecté 980 000 euros, portant ainsi le capital social à deux millions d'euros et puis un engagement pour la signature d'un prêt très conséquent de 800 000 euros qui était le montant identique à celui apporté par le partenaire privé et ses banquiers.

Mais voilà, l'actuel patron annonce d’ores et déjà la fin et annonce également que sa décision sera définitive.

Un tel constat est évidemment dramatique. Non seulement parce qu'il sonne le glas de toutes les espérances pour un certain nombre de travailleurs, mais aussi parce qu'il remet en cause un certain nombre de dispositions qui ont été prises en la matière.

Monsieur le Ministre, bénéficiez-vous d'informations complémentaires ? Pourrait-on avoir un audit clair de l'outil, parce que je pense que l'expertise de la Région wallonne serait d'un apport tout à fait appréciable ? Quelles seraient les modalités et les conditions?

Si vraiment la décision est aussi définitive, quelles sont les conséquences de la situation actuelle pour les travailleurs ? Non seulement ceux qui sont là, mais je pense que mon collègue, M. Prévot, a relevé aussi le cas de 14 travailleurs que l'on a dû appeler « les oubliés de Longtain » parce qu'ils ne figurent dans aucun protocole d'accord.

Comment peut-on envisager le suivi dans une région comme la nôtre qui semble souffrir d'un manque d'attractivité alors que la rénovation, les mises en route, les appels, la formation, tout le travail autour de la jeunesse et de la réinsertion battent leur plein et sont en train d'être largement soutenus par la ville mais aussi par les autorités locales ?

Dans l'attente de vos réponses, Monsieur le Ministre, ce que nous espérons surtout c'est un message d'espoir qui permette de voir de manière beaucoup plus positive cette situation qui est la suite de moments extrêmement difficiles pour notre région.

M. Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Industrie, de l'Innovation et du Numérique. - Madame la Députée, Monsieur le Député, je rappelle que les interventions de la Sogepa l'ont toujours été en aval des décisions du Tribunal de commerce. C'est après que le Tribunal de commerce a décidé d'octroyer l'entreprise à l'un ou l'autre preneur que nous avons collaboré, et non spontanément. Je pense que ça mérite d'être indiqué.

De manière tout à fait précise, un conseil d'administration des laminoirs de Longtain s'est tenu hier matin afin d'expliquer aux administrateurs qu'il était impossible, en l'état, de redémarrer les machines de production.

Différents problèmes électriques liés à la basse tension et aux automatisations ont été mis à jour lors de la tentative de relance de la production au début du mois. Il faut noter que des investissements avaient déjà été consentis pour remettre en état la haute tension.

À l'issue de ce premier conseil d'administration, il a été décidé d'entamer plusieurs missions d'expertises visant à identifier l'origine des problèmes et à chiffrer les travaux de remise en état.
Les conclusions techniques sont pessimistes. Les investissements nécessaires sont lourds en termes financiers et ne pourraient être réalisés que dans un délai de 5 à 7 mois.

Par ailleurs, les commandes, vous l'avez indiqué Monsieur Destrebecq, qui étaient engrangées ont été évidemment perdues et la confiance du marché envers l'entreprise est aujourd'hui ébranlée sur ce marché.

Sur cette base, une nouvelle réunion du conseil s'est tenue hier. Il a été décidé de procéder à une analyse en détail des différents scénarios qui se présentent.

Cette analyse permettra notamment d'affiner les coûts de réparation sur base des rapports techniques et de déterminer si la société sera en mesure de supporter les coûts fixes durant la période de remise en état des machines.

La question de l'opportunité d'introduire une action en justice pour ce qui concerne les actes de vandalisme et le mauvais état des machines a été abordée en présence d'un conseil juridique lors de cette séance. La question doit encore être approfondie. Une nouvelle réunion du conseil d'administration est fixée ce jeudi.

Alors, sans donner de faux espoir, je pense qu'il faut tout faire pour collaborer avec M. Faschella pour voir s'il est possible de sauver l'entreprise. Il est clair que nous sommes tous – et il n'y aurait eu aucun député de l'arrondissement du Centre dans l'assemblée que ma préoccupation aurait été la même – préoccupés par le fait qu'après Duferco, après bien d'autres – et nous pouvons malheureusement citer les douches froides et les bonnes nouvelles pour Durobor, notamment, pour citer un autre exemple –, nous savons que toutes ces entreprises d'un tissu industriel souffrent aujourd'hui d'une concurrence internationale.

Nous devons collaborer tous au redéploiement de la région du Centre. C'est fondamental et pour sa population et pour l'ensemble de la Wallonie.

Je n'irai pas au-delà aujourd'hui puisque ce n'est pas le sujet de la question, mais vous avez abordé la reconversion. Attendons de voir ce que le conseil d'administration dira de manière précise sur l'avenir de l'entreprise, mais si cette entreprise ne devait pas pouvoir continuer, il est clair qu'il faudrait immédiatement s'interroger pour savoir comment redévelopper de nouvelles activités sur ce site.

(…)

Mme Zrihen (PS). - Merci, Monsieur le Président. Monsieur le Ministre, votre volonté d'engagement en tous les cas dans ce dossier, mais aussi dans tous ceux qui l'ont précédé marque vraiment votre intérêt pour la région. Il est clair que c'est un écueil de plus, nous avons véritablement un déficit, mais je crois que c'est aussi un déficit d'attractivité dans lequel il nous faut vraiment lancer à chaque fois des appels très importants pour que la Région retrouve tous les dynamismes qu'elle a connus.


Ce n'est possible que si l'on arrête cette longue litanie de moments difficiles et je ne parle pas d'échec, je parlerai de grands moments de restructuration économique dans lequel chacun doit évidemment s'investir, j'entends bien un appel à l'union de tous pour sauver cette région, c'est toujours très prometteur et positif. Dans les faits, il faudra le voir, nous attendrons donc le conseil d'administration de jeudi et nous espérons en tous les cas, pour les travailleurs, mais aussi pour la région que les décisions qui seront prises, soient porteuses d'avenir, d'innovation et d'espoir, on en a largement besoin et nous comptons bien entendu sur la Région wallonne pour nous aider à réaliser tout ce travail.