En séance plénière du Parlement de Wallonie de ce 10 mars 2016, j’ai souhaité interroger la Ministre Tillieux sur un sujet qui doit retenir toute notre attention.

En effet, cette question fait suite à une étude publiée par le Syndicat neutre des indépendants (SNI), en collaboration avec la Fédération nationale des Bouchers, charcutiers et traiteurs de Belgique, et réalisée sur base des chiffres du SPF Économie, qui montre que le nombre de boucheries/charcuteries a baissé de 10 % en cinq ans.
 
J’ai souligné que le métier artisanal, à mi-chemin entre l'élevage et la gastronomie, est un acteur vivant de notre patrimoine et doit être préservé.

Cette baisse significative est d'autant plus interpellante que, dans un même temps, il existe un important déficit de main d'œuvre. Même si on peut constater qu'il y a de plus en plus d’inscriptions dans les écoles spécialisées, on peut s'attendre à ce que la problématique s'aggrave dans les années à venir. En effet, il faudra néanmoins un peu de temps pour que ces apprentis bouchers arrivent sur le marché du travail.

Par ailleurs la Fédération nationale des Bouchers souligne que nombre de leurs membres en activité ont aujourd’hui entre 50 et 55 ans. Il faut donc à tout prix une relève qui puisse maintenir le tissu de commerces indépendants spécialisés dans la vente au détail de viande.
 
Suite à ces différentes remarques, mon interrogation portée à la Ministre visait différents aspects, notamment:

  • Sur le nombre de jeunes qui suivent actuellement une formation dans ce domaine – que ce soit à l'IFAPME, CERIA ou le FOREm;
  • Si ce nombre sera suffisant afin de répondre aux besoins du secteur;
  • Sur la manière dont on peut rendre ces formations plus attrayantes en développant la formation en alternance.
  • Sur la façon dont la Wallonie peut inciter ces apprentis à s'établir comme indépendants plutôt que de travailler dans de grandes surfaces commerciales.

La ministre Éliane Tillieux identifie trois facteurs qui peuvent expliquer la diminution du nombre de bouchers :

  1. La modification des modes de consommation;
  2. Le coût des normes et des contraintes plus difficiles à amortir sur des points de vente plus petits;
  3. Et enfin, un déficit d'image puisque la boucherie est effectivement un métier qui demande de travailler dans des conditions difficiles (basses températures, horaire de travail …).

Cependant, malgré ces difficultés, la ministre note que :

  • Plus de 250 apprentis en formation par an sont inscrits dans les formations idoines à l'IFAPME; 
  • Toujours à l'IFAPME, il y a une augmentation de 178 à plus de 350 stagiaires en formation de chef d'entreprise pour ce secteur; 
  • Concernant le FOREm, 25 stagiaires par an - ce qui correspond à un volume stable – sont formés au Centre de compétences Epicuris;
  • Le FOREm a également lancé une première formation alternée des demandeurs d'emplois en boucherie-charcuterie, toujours avec Epicuris.


Pour ce qui touche plus particulièrement au marché de l'emploi, la ministre signale que :

  • le recrutement dans les métiers de la boucherie représente 450 offres d'emploi;
  • 600 demandeurs d'emploi sont inscrits sur ces métiers;
  • Le taux de satisfaction des offres d'emploi est de 84 %.

En réplique, j’ai rappelé l'importance de soutenir les initiatives de la Fédération des Bouchers. En effet, si l'on ne soutient pas ce secteur on risque de le laisser exsangue et de se retrouver devant une situation qui amène à la perte d'un savoir-faire dans notre culture des métiers de la bouche.
 
Et de conclure que ce savoir-faire constitue une partie de l'image de marque de la Wallonie et nous protège de l'uniformisation des produits.

(illustration : article La Nouvelle Gazette, 14/03/2016)