Echange avec la Ministre wallonne de l'Emploi, suite aux résultats de l'enquête consacrée aux profils des personnes exerçant une deuxième activité professionnelle (Commission de l'Emploi, mardi 12 avril 2016):

Mme Zrihen (PS). - Madame la Ministre, les récents chiffres publiés par le SPF Économie mettent en évidence qu'entre 2004 et 2015 le nombre de Belges obligés de cumuler un deuxième emploi dans un contexte de reprise économique timide est passé de 156 000 à 185 000.

En effet, si les conséquences des événements économiques de 2008 ont amené les entreprises à structurer au maximum la flexibilité de la main-d'œuvre et à développer un encadrement des coûts, la réduction du pouvoir d'achat et le coût de la vie contraignent les travailleurs à trouver d'autres sources de revenus.

 

Concrètement, les secteurs relatifs à ce développement sont la santé, l'enseignement, les réparations relatives aux véhicules automobiles puisqu'ils ont une plus forte tendance à utiliser des contrats flexibles ou à temps partiel.

Les personnes principalement concernées par ce phénomène se trouvent être des personnes obligées d'assumer seules l'ensemble des dépenses. Cela représente 4,5 % des célibataires et 4,1 % des divorcés.
En outre, de manière à réduire les coûts relatifs à ce double emploi, près de 60 % d'entre eux doivent prendre un statut d'indépendant complémentaire, avec tous les aléas de ce statut.

À partir de ce constat et en sachant que ce double emploi réduit considérablement les perspectives d'évolution professionnelle et la qualité de vie, pourriez-vous nous donner des chiffres propres à la Wallonie ? Comment la nouvelle réforme des aides à l'emploi peut-elle prendre en compte cette nouvelle configuration économique du marché du travail et ce nouveau profil de travailleur ?

Je vous remercie de vos réponses.

Mme Tillieux, Ministre de l'Emploi et de la Formation. - Madame la Députée, les chiffres que vous mentionnez, à savoir 185 000 travailleurs cumulant deux emplois en 2015 pour 156 000 en 2004 et qui témoignent de l'accroissement du nombre de personnes optant pour un second emploi, sont effectivement issus des données statistiques déduites des enquêtes sur les forces de travail (EFT) et réalisées par le SPF Économie.

À l'analyse des chiffres publiés, on notera que si la part des « seconds emplois » semble fortement augmenter en valeur absolue, entre 2004 et 2015, le volume de l'emploi augmente aussi pendant cette période.

Par conséquent, l'évolution relative du nombre de personnes ayant un deuxième emploi, en Wallonie, par rapport au nombre total de personnes occupées sur cette période, passe de 3,7 %, en 2000, à 4,1 % en 2015.

L'enquête porte, en outre, sur l'exercice d'un second emploi et ne fait donc pas la différence entre le fait d'exercer deux emplois et l'obligation d'exercer un second emploi pour vivre.
De nombreux éléments peuvent expliquer le recours à un second emploi. Une des hypothèses avancées est, effectivement, qu'il s'agirait d'un phénomène concomitant à l'augmentation du recours au temps partiel.
Malheureusement, les chiffres Eurostat disponibles concernant les personnes en emploi ayant recours à un deuxième travail ne sont pas déclinés par régime de temps de travail de l'emploi principal.

Un autre élément à considérer relève de la combinaison d'un emploi salarié avec un emploi indépendant à titre complémentaire. Ici aussi, les raisons du caractère complémentaire d'une activité d'indépendant sont nombreuses : démarrage, activité « naturellement » secondaire, par exemple dans les opérations traditionnelles de vente à domicile, les assurances, raisons fiscales, et cetera.

Néanmoins, que ce soit pour prolonger une passion, s'assurer un complément de revenus ou faire quelque chose de « différent », le nombre de Wallons exerçant une activité d'indépendant, au-delà de l'âge de la pension ou en complément d'un emploi salarié, ne cesse effectivement de croître.

Sans disposer de données consolidées entre les données d'enquêtes (EFT) et les données administratives relatives au travail indépendant, à titre illustratif, on observe auprès de l'INASTI que la part de travailleurs indépendants ou aidants à titre complémentaire passe approximativement d'une personne sur cinq à une personne sur quatre en plus de 10 ans.

Enfin, selon les observations du FOREM en matière de suivi des pénuries et des difficultés de recrutement, le « double emploi » n'apparaît pas être un élément favorisant une diminution de la tension de recrutement. En effet, pour une série de métiers, le temps partiel n'est pas très attractif pour certains demandeurs d'emploi au regard de l'aspect financier, mais également des aspects liés aux pièges à l'emploi. Ainsi, la multiplication des temps partiels contribuerait à complexifier le modèle et à renforcer davantage les difficultés de recrutement qu'à les diminuer.

Les plus importants secteurs économiques principalement impactés par ce recours à un second emploi sont : la Construction (7 %), le Commerce de gros et de détail et la réparation de véhicules automobiles et de motocycles (10 %), les activités spécialisées, scientifiques et techniques (8,8 %), les activités de services administratifs et de soutien (pour près de 8 %), l'enseignement (13,5 %) et le secteur de la santé humaine et de l'action sociale (15 %).

II serait utile de relativiser les motivations de ces pratiques par secteur, l'usage de contrats flexibles et à temps partiel n'étant vraisemblablement pas le seul motif. Dans le commerce, la santé et l'enseignement, un certain nombre de salariés pratiquent « après les heures » une activité de représentant commercial, de démonstrateur, de formateur, d'Intervenant de santé.

Comme déjà évoqué, dans le cadre du dispositif titres-services, une de mes priorités a été de favoriser l'augmentation du temps de travail des aides-ménagères à temps partiel pour augmenter la qualité de leur emploi.

Enfin, concernant la réforme des aides à l'emploi, il est à noter que celle-ci est fondée sur le principe suivant : un public, un objectif, un dispositif : la remise à l'emploi des jeunes sans emploi par le biais d'une activation de dépenses de chomage, le maintien des travailleurs âgés par le biais de réduction de cotisations sociales, et cetera.

Préalablement à cette réforme, l'évaluation du régime d'aide existant a démontré que la multiplicité d'objectifs ou de publics cibles s'avérait complètement contre-productive.

Si les dispositifs d'aide à l'emploi, au terme du processus de réforme, n'ont pas pour objectif de s'attaquer au phénomène de cumul d'emplois, ils n'ont certainement pas pour ambition de l'amplifier.

Comme vous l'évoquez, le cumul d'emplois par certains travailleurs trouve son origine notamment dans la paupérisation de beaucoup de travailleurs à temps partiel.

La réforme en cours se faisant dans le cadre de la concertation sociale, je suis convaincue que les partenaires sociaux seront aussi attentifs que le Gouvernement à lutter contre cette forme de paupérisation et de fragilisation des travailleurs et donc in fine de leur qualité de vie.


Mme Zrihen (PS). - Merci Madame la Présidente. Effectivement, je pense que c'est un domaine qu'il faudra vraiment suivre attentivement si la qualité de l'emploi sur le marché du travail ne s'améliore pas et si les dispositifs d'indexation ne permettent pas de vraiment équilibrer le coût de la vie par rapport aux revenus. Nous serons attentifs par rapport à ce programme. Merci.