Question écrite de Madame Olga ZRIHEN à Madame la Ministre Fadila LAANAN, Ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Egalité des Chances relative au Conseil des Langues Régionales Endogènes et à l'apprentissage des langues régionales.

Madame la Ministre, 

L’apprentissage des langues étrangères constitue aujourd’hui la clé incontournable d’un accès au monde du travail. Le défi pour les jeunes et les demandeurs d’emploi consiste à maîtriser un maximum de langues possibles, à commencer par le néerlandais, l’anglais et l’allemand.

A cette perspective, il convient d’ajouter également la maîtrise de la langue maternelle, ce qui n’est pas anodin car celle-ci fait de plus en plus souvent défaut. Même si le français constitue une colonne vertébrale au niveau de notre apprentissage, celui-ci peut se voir facilité par une sensibilisation aux langues régionales. Pour rappel, le Décret du 24 décembre 1990 reconnaît la spécificité linguistique et culturelle des utilisateurs des langues régionales endogènes. Cette appellation recouvre tous les parlers minoritaires développés parallèlement au français sur le territoire de la Communauté. En effet, le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles est traversé par différents dialectes : champenois, lorrain, picard, wallon, brabançon bruxellois, francique carolingien, francique mosellan,... Leur richesse est indéniable et peut, à mon avis, participer à l’émergence d’un état d’esprit ouvert à la pratique d’autres langues.

Dans le cadre scolaire, des activités d’éveil aux langues sont organisées, en ce compris les langues régionales. Cela reste toutefois assez réduit, l’école concentrant à juste titre ses efforts sur l’amélioration de la maîtrise des compétences de base. Par conséquent, je me demande, Madame la Ministre, si d’autres lieux ne peuvent contribuer à tendre vers l’objectif de l’apprentissage d’une langue régionale : Centres Culturels, Centres de jeunes, Centres d’Expression et de Créativité ou tout autre organisme d’éducation permanente. Vous avez déjà eu l'occasion de souligner que, dans le champ culturel, de nombreuses initiatives étaient soutenues et que les opportunités liées au numérique devaient pouvoir être exploitées.

Outre les actions de soutien que vous avez déjà rappelées à l'occasion de questions posées par mon collègue, Marc Bolland, je voudrais connaître l'état de votre réflexion  à ce sujet à au sein de vos services ? Des projets nouveaux sont-ils en cours ? Lesquels ?

Je souhaiterais aussi évoquer, Madame la Ministre, la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Un document qui n’a toujours pas été signé ni ratifié par la Belgique, faute d'assentiment de la part de la Flandre pour qui les langues régionales constituent un sujet hautement sensible. Une approche communautaire de la culture n’y est sans doute pas étrangère. Même si les positions ont peu de chances d’évoluer, je tenais à rappeler l’existence de cette Charte.

Par ailleurs, au travers d’un Arrêté promulgué en date du 23 juin 2006 par le Gouvernement de la Communauté française, le Conseil des Langues Régionales Endogènes a été investi de différentes missions. La première d’entre elles vise à  proposer toutes mesures visant à protéger et à promouvoir les langues régionales endogènes de la Communauté française mais aussi remettre des avis sur les demandes de subventions et d’aides financières en matière d’édition de travaux relatifs à ces langues et d’assurer une assistance scientifique préalable à l’édition de ces travaux.

Madame la Ministre,

Quelle évaluation peut-on tirer du fonctionnement du Conseil des Langues Régionales Endogènes (dont les moyens ont été augmentés, y compris à l'ajustement 2010 et à l'initial 2011) ? Ce service est-il suffisamment connu et promotionné auprès des associations concernées ? Les demandes de subventions et d’aides financières sont-elles en augmentation ? Le Conseil a-t-il déjà rentré auprès de votre collègue en charge de l’enseignement des propositions relatives à l’émergence de filières d’études de ces langues régionales ?

Je vous remercie, Madame la Ministre, pour les réponses que vous pourrez m’apporter sur ce sujet.


Réponse de Madame la Ministre Fadila LAANAN  

Madame la Députée,

 Je voudrais tout d’abord vous remercier pour l’intérêt que vous portez aux langues régionales endogènes et aux actions développées par la Fédération Wallonie‑Bruxelles pour soutenir leur usage, pour en animer les traces vivantes.

Vous citez l’action du Conseil des langues régionales endogènes qui est, je le rappelle, l’instance d’avis spécifique dédiée à ce secteur.

Pour donner à connaître le travail de cette instance, comme des toutes les autres instances d’avis, dans le souci de transparence qui m’anime, mes services organisent chaque année un débat public sur base du rapport d’activités précédemment transmis par l’administration au Gouvernement, au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et à l’Observatoire des politiques culturelles. Je vous invite donc à retrouver les bilans des années 2006 à 2010, ainsi qu’un bilan pour les années antérieures soit de 1991 à 2005, sur le site de la Fédération Wallonie‑Bruxelles, à l’adresse : http://www.languesregionales.cfwb.be.

Le prochain bilan public du Conseil des langues régionales endogènes relatif à l’année 2011 aura lieu le 22 juin prochain au Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles, je vous y invite bien volontiers car c’est toujours une occasion de débattre avec des personnes bien imprégnées des problématiques du secteur.

Je peux vous indiquer que le Conseil examine quelques vingt-cinq à trente demandes de subvention par an, portant principalement sur le soutien à l’édition et à la diffusion de publications ou à la réalisation de manifestations publiques telles par exemple le Festival de la chanson wallonne, le Printemps picard à Tournai ou la création de l’opéra de « Li flûte andoûleuse » à Liège.

Il organise également les jurys amenés à proposer les prix des langues régionales endogènes pourla Fédération Wallonie‑Bruxelles.

Il a bien sûr préparé l’analyse des mesures à proposer pour permettre la ratification de la Charte européenne des langues minoritaires. Mais le Conseil, je le répète, n’est pas un organe chargé de gérer un budget ou de mener des actions en tant que telles.

A côté de cette instance d’avis, vous trouverez, au sein du Ministère dela Fédération Wallonie‑Bruxelles, le Service des langues régionales endogènes qui remplit diverses missions comme le suivi linguistique des différentes langues concernées, la gestion des budgets affectés à ce secteur, le soutien à l’édition et la mise en œuvre de publications dont la forme, les contenus et les publics cibles ont été mis au goût du jour. Il vise aussi l’éducation et la transmission intergénérationnelle et il participe à l’organisation de manifestations. C’est ce service qui assure également le secrétariat du Conseil des langues régionales endogènes.

Le Service des langues régionales endogènes reçoit chaque année un nombre relativement stable de demandes de soutien soit de vingt-cinq à trente par an. Les montants souhaités par les organismes candidats à une subvention connaissent quant eux une augmentation.

Parmi les publications auxquelles le Service a contribué, entre autres, je vous engage à découvrir la première collection de littérature de jeunesse en langues régionales endogènes dont le premier numéro « Lès méots du Pépère Félicien » (Les mots du Pépère Félicien) de Daniel Barbez et Maxime Berger a été écrit en picard tournaisien ; il a connu pas moins de 18 adaptations dans les différentes langues endogènes de la Fédération.

Le deuxième numéro de cette collection s’intitule « Djan et Djène » de       Chantal Denis ; il est écrit en wallon de Namur puis a été traduit en wallon liégeois et en wallon de Charleroi.

Les publications suivantes, inscrites dans cette collection, font l’objet, depuis octobre 2011, d’un appel à des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse et à des écrivains d’expression régionale dont le partenariat pourra faire l’objet d’un soutien via une bourse d’aide à la création de 4.500 euros.

Deux autres initiatives grand public ont été entamées en 2011 : la création d’une collection de DVD avec livret illustré. Le premier numéro édité en 2011 s’intitule « O co(u)rti dès fôves » (Au jardin des histoires) et le deuxième numéro qui sortira en 2012 porte sur « Les langues régionales en chansons ».

Je pourrais allonger la liste en vous proposant de découvrir aussi d’autres publications : « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry, traduit et édité en picard tournaisien et en picard borain ; en vous suggérant de vous délecter de la brochure relative à la Chausséeromaine Bavai-Tongres intitulée « Kéle bèle vôye! » qui, outre la description scientifique de cette chaussée, reprend un texte original de l’auteur courcellois Louis Marcelle. Ce texte intitulé « In rotant su l' vièye tchôssèye » est décliné dans toutes les langues utilisées dans les régions traversées par la Chaussée romaine c’est-à-dire en picard de Binche, en wallon de Morlanwelz, de Perwez, d'Eghezée et de Waremme.

Enfin, je citerai également quelques exemples de manifestations organisées par le Service sur base des recommandations et avec la participation des membres du Conseil des Langues régionales endogènes : les Etats généraux des Langues régionales endogènes qui se sont déroulés à Durbuy les 28 et 29 mai 2010, une activité annuelle pour des élèves d’écoles primaires lors du salon du Livre de jeunesse de Namur, une journée annuelle de sensibilisation intitulée « Découvrir les langues régionales dela Fédération Wallonie‑Bruxelles » à destination des élèves de cinquième et sixième années primaires. En 2012, cette manifestation s’organise avec des locuteurs picards de France et prend la forme de « Rencontres chorales transfrontalières ».

Le Service des langues régionales endogènes participe à l’organisation par Vivacité (RTBF) du concours « Un auteur … une voix » qui vise à stimuler la création contemporaine en langue régionale endogène en récompensant d’une part un écrivain pour un texte inédit, de l’autre un interprète. La dernière réalisation de ce concours a eu lieu en décembre 2011.

Le Service participe aussi à la présentation et à la reconnaissance des langues régionales endogènes de notre Fédération Wallonie‑Bruxelles en les mettant en évidence lors de manifestations telle la Foire du Livre de Bruxelles où la présence de publications en langues régionales endogènes ou relatives à celles-ci a été remarquée ; tel le Salon du Livre de Jeunesse à Namur où le Service organisait en octobre 2011 une intervention et un débat intitulé « Pour des livres de jeunesse dans nos langues régionales » ; telle encore la Fureur de Lire où des actions dans les langues régionales sont soutenues.

Le Service des langues régionales endogènes participe activement à la collecte, sous format numérique, des publications contemporaines du secteur, pour les inclure dans l’entrepôt de conservation numérique que j’ai inauguré en 2010. Il contribue aussi à la numérisation du Patrimoine linguistique de nos langues régionales endogènes.

Le Service des langues régionales endogènes met régulièrement à jour un répertoire des associations de défense et de promotion des langues régionales endogènes et il a également publié « SPIROUS-R.A.P. », un répertoire des activités et publications en langues régionales endogènes à destination dela jeunesse. Cetype d’outil me semble répondre à l’une de vos préoccupations d’informer des éducateurs et des institutions scolaires.

Des institutions culturelles comme des centres culturels, des bibliothèques, des musées sont aussi attachés à présenter notre richesse linguistique, sans compter les actions des associations spécifiquement dévolues à la pratique et à la promotion d’une ou plusieurs langues régionales.

Par ailleurs, deux enquêtes sont en cours depuis 2011 auprès de l’ensemble des bibliothèques publiques et des centres culturels pour mieux connaître les actions qu’ils mènent et qui valorisent les langues régionales endogènes. Ces enquêtes entraineront des actions d’information, de sensibilisation et de formation des acteurs de ces secteurs.

Concernant la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, les travaux des Etats généraux menés en 2010 avaient permis de préciser la possibilité de ratification partielle de cette convention. C’est un dossier qui relève de la compétence du Ministre‑Président qui ne pouvait avancer en 2010 et 2011 vu la situation politique au niveau fédéral.

Enfin, en ce qui concerne les avis du Conseil des langues régionales endogènes visant des mesures destinées à promouvoir l’émergence de filières d’études des langues régionales endogènes, je vous renvoie au bilan du Conseil pour l’année 2010 où diverses propositions sont énoncées. Elles visent la sensibilisation voire la formation continuée des maîtres et des étudiants en pédagogie, le développement et la diffusion d’outils pédagogiques, la création d’une structure de coordination pourla Fédération Wallonie‑Bruxelles chargée de l’éveil aux langues régionales endogènes.

Avec cet ensemble d’actions, je crois pouvoir dire que le Service des langues régionales endogènes n’est pas un inconnu pour qui s’intéresse à ce secteur de notre pratique culturelle. Je vous conseille une visite de son site (www.languesregionales.cfwb.be) qui propose un guichet public, de vous inscrire si vous le souhaitez à la liste de diffusion du Service, à écouter les décrochages régionaux de Vivacité (RTBF) où son action est rapportée et à lire nos publications disponibles gratuitement telle la dernière actualisation datant de 2011 du vade-mecum des langues régionales en Fédération Wallonie‑Bruxelles intitulé : « Le Coq chante… il va vous réveiller ».