Je ne vais pas revenir sur les arguments déjà avancés par Mme Saenen. Je voudrais simplement ajouter qu’il serait intéressant de faire un travail, non seulement a posteriori mais aussi a priori, avec l’ensemble du secteur socioculturel de l’animation. Il a déjà lieu dans le secteur de la prévention de la violence. On considère en effet que la violence, notamment à l’égard des femmes, est un problème non seulement d’adultes mais aussi de jeunes. En effet, on craint que ce type de comportement, même s’il peut paraître bénin au début, ne devienne finalement dangereux car pouvant amener à des actes irrémédiables.

Il convient donc de ne pas penser uniquement à l’encadrement des enseignants, du corps pédagogique et, plus généralement, des adultes. Quelle est votre position ? Le besoin qu’ont certains enfants d’éprouver ce type de sensation témoigne d’un malaise extrêmement important. Cela démontre aussi que les activités qui leur sont proposées à l’école ne leur paraissent pas suffisamment enthousiasmantes pour qu’ils s’y investissent davantage.

L’asbl « Chousingha » dispose d’une très bonne brochure de sensibilisation. Je soutiendrai par ailleurs toute initiative réunissant les principaux acteurs concernés. Il serait peut-être aussi judicieux de prévoir, dans chaque école, un espace de concertation où les parents et la communauté éducative puissent développer des outils pédagogiques adaptés.

Enfin, les écoles pourraient procéder à des échanges de bonnes pratiques. Il est parfois intéressant que les directeurs d’école se parlent et coordonnent leurs efforts dans la prise d’initiatives.

Le domaine socioculturel peut apporter beaucoup grâce à la dynamique de travail qu’il crée entre les adultes et les jeunes et la recherche de communication qu’il suscite. Qu’en pensez-vous ?



Mme Marie-Dominique Simonet, ministre de l’Enseignement obligatoire et de promotion sociale. – Le sujet est délicat et l’actualité récente nous a encore rappelé à quel point les comportements à risque et les jeux dangereux constituent un motif légitime d’inquiétude non seulement pour les parents d’élèves mais aussi pour les enseignants. Dans de telles situations, on peut en effet imaginer la douleur des parents mais il faut aussi songer au mal-être profond et à la déception des enseignants. Ces pratiques se produisent généralement en dehors du contexte scolaire.

Sans tomber dans une dramatisation injustifiée, nous devons rester vigilants afin de pouvoir détecter ces pratiques dangereuses à la base d’accidents très graves, ce qui est extrêmement difficile. Il existe deux types de comportements à risque. Il y a, d’une part, les pratiques d’évanouissement, qui font l’objet de votre question, qui sont des expérimentations corporelles et d’autre part, les jeux de violence pure. Certains spécialistes prétendent qu’il ne faut pas nécessairement dissocier les deux et qu’il faut parler avec les enfants de tous les comportements à risque, laisser venir les questions et orienter la réponse en fonction du questionnement. Baptisé bien mal à propos «jeu du foulard» alors qu’on n’en sort pas toujours indemne, connu également sous le nom de «jeu du poumon», «la tomate», «la grenouille», «le cosmos», «trente secondes de bonheur», «rêve bleu», «rêve indien», ce jeu d’évanouissement, d’étranglement consiste à bloquer l’arrivée du sang au cerveau au niveau de la gorge ou à empêcher la respiration en poussant sur les poumons par compression du sternum ou du thorax. Le but est de provoquer une perte de connaissance, un évanouissement qui peut procurer des sensations intenses, des visions de type pseudo-hallucinatoires ou oniriques. Cela peut entraîner de graves séquelles psychiques, psychologiques, à court ou à long terme, qui varient en fonction de la durée de la privation d’oxygène. En tout cas, le danger est extrême car, dès la première fois, ces pratiques peuvent mener à un coma profond, voire à la mort par arrêt cardiaque. De plus, une pratique répétée peut entraîner une véritable dépendance. Telle une drogue, la recherche de sensations est toujours plus intense.

Il importe donc que les adultes reconnaissent les signes d’alerte à un stade précoce, des signes pas toujours faciles à détecter car il ne s’agit pas d’enfants suicidaires mais généralement d’enfants joyeux, dynamiques, d’enfants curieux qui ont envie d’aller au-delà de leurs limites et de faire des expériences.

Les signes d’alerte ne signifient pas nécessairement que le jeune pratique lui-même ce jeu. Le travail de prévention est donc essentiel mais complexe car ces jeunes se tournent rarement vers les adultes pour trouver de l’aide.

Ils ont tendance à garder ces pratiques secrètes. Cet aspect confidentiel renforce l’esprit de caste et de clan. Les jeunes y voient un surpassement de soi que l’on peut retrouver dans le sport, par exemple. Tous les adultes, surtout ceux qui travaillent en milieu scolaire, doivent être vigilants face à la propension de ces pratiques à risque. Ils doivent être aptes à détecter et à gérer ces situations dangereuses. Ils doivent également intégrer dans leur pratique des actions de prévention basées notamment sur le développement de la confiance en soi et de l’estime de soi.

Les équipes tridisciplinaires des CPMS assurent l’accompagnement des enseignants. Le volet préventif, qui devra être amélioré, consiste à donner des conseils de détection précoce. L’accompagnement après l’accident existe aussi. J’ai rencontré le Conseil supérieur des CPMS. Le responsable du CPMS de Braine-l’Alleud m’a affirmé que les équipes étaient intervenues et avaient contacté la direction et le corps enseignant pour apporter l’aide et le soutien nécessaires. Le phénomène n’est pas propre à la Communauté française, il touche toute l’Europe. En France, par exemple, l’Association des parents d’enfants accidentés par strangulation (Apeas) a été créée. Une initiative du même genre, l’asbl Chousingha, est née en Communauté française à l’instigation d’un papa dont la fille est tragiquement décédée, victime d’une de ces pratiques d’évanouissement. Son objectif est de sensibiliser, d’informer et de proposer des outils pédagogiques et préventifs. Cette association me semble très dynamique. Son site Internet peut être consulté sur «www.chousingha.be».

L’association bénéficie d’une faible subvention (environ deux mille euros). Actuellement, elle réalise une brochure de sensibilisation à ces pratiques violentes, qui sera diffusée prochainement dans tous les établissements scolaires de l’enseignement fondamental, secondaire et dans les CPMS. Nous envisagerons alors une aide complémentaire si besoin. Si l’on veut élargir la prévention, des montants plus importants devront être alloués mais les spécialistes nous recommandent de ne pas aller trop vite. L’objectif de la brochure rejoint l’objectif prioritaire de l’Apeas qui est d’informer en suffisance et adéquatement toutes les personnes concernées, en priorité les adultes de référence de l’enfant. Ce fascicule constitue une base de dialogue avec les élèves et la première étape d’un dispositif de prévention.

C’est une première étape dans la mise en place d’un dispositif de prévention. Comme je le soulignais tout à l’heure, les experts nous invitent à être très prudents et à ne pas agir dans la précipitation. En parlant de manière inappropriée du problème, nous risquons d’entraîner un effet d’incitation à franchir l’interdit. Il faut donc nous accorder le temps de la réflexion.

Au début décembre, l’Apeas organisera à Paris un colloque international sur ces comportements à risque. Un de mes collaborateurs y participera, afin de récolter un maximum de données sur les méthodes d’information et de prévention mises en place. Sur la base de ces renseignements, j’ai l’intention d’organiser une table ronde qui réunira des parents, des enseignants, des pédopsychiatres, des responsables des CPMS, afin d’envisager avec eux la manière de mener à bien une véritable politique de prévention et d’information en milieu scolaire. Il me semble important d’agir de concert avec l’ensemble des acteurs, indépendamment de l’émotion suscitée par les médias. Comme vous le soulignez très justement, les interventions doivent également être mises en place après un incident. Lorsque de telles pratiques sont repérées, il faut prioritairement soutenir le jeune et ses parents. C’est le rôle des équipes des CPMS. Il y a également de nombreux intervenants hors de l’espace scolaire. Je vous renvoie sur ce point à la réponse de la ministre de l’Aide à la jeunesse à Mme Saïdi, le 12 octobre dernier.

À l’école, le chef de l’établissement, les équipes éducatives et le CPMS doivent intervenir auprès des élèves. Il ne faut pas pratiquer la politique de l’autruche, il faut parler du problème et ne pas négliger l’impact de tels comportements. Il est important de ne pas assimiler ces comportements dangereux à des pratiques suicidaires. Contrairement à ce que disent certains, sans doute mal informés, les victimes sont souvent des enfants dynamiques et joyeux.

En résumé, je souhaite le renforcement d’un dispositif de prévention concerté et basé sur la vigilance des adultes et le développement de la confiance en soi. Je souhaite également le renforcement de la formation et de l’accompagnement des adultes les plus proches des élèves, à savoir les enseignants, les éducateurs et les directeurs afin qu’ils puissent, après un incident et soutenus par l’équipe PMS et d’autres professionnels, ouvrir un débat et favoriser la communication avec leurs élèves.

En réponse à Mme Zrihen, j’ajouterai que les comportements à risque sont principalement constatés en dehors de l’école. Il faut en percevoir les raisons profondes. S’agit-il de curiosité, d’une volonté de dépassement de soi ou de vivre quelque chose dans un cercle restreint ? S’agit-il d’un mal être ? Les victimes n’étaient pas des enfants dépressifs mais des jeunes joyeux et assez entreprenants. Il s’agissait aussi davantage de garçons, ce qui constitue un indice étonnant. En effet, la souffrance et le mal-être ne tiennent généralement pas compte du genre.

Il ne faut donc pas se limiter à un type d’aide en dehors de l’école. En outre, celle-ci ne peut pas résoudre tous les problèmes de société, même s’ils se concentrent parfois durant la période scolaire. Partager des bonnes pratiques et organiser une table ronde permettra de nous doter d’outils car nous en sommes encore assez démunis.

(...)

Mme Olga Zrihen (PS). – Jadis, les jeunes sniffaient de la colle. Il convient donc d’échanger les expériences sur toutes les conduites de recherche de sensations particulières. Certains jeunes les trouvent en regardant la télévision, d’autres en recourant à des pratiques plus dangereuses. Il faut donc tenter de trouver le moyen de combattre cette logique de recherche.