Question orale de Madame Olga ZRIHEN, Députée, à Monsieur Jean-Claude MARCOURT, Ministre de l’Enseignement supérieur relative aux interactions entre marché du travail et universités. (28/11/2012)

 

Partant de constats simplistes sur la notion d’accessibilité à notre enseignement supérieur et les décalages de débouchés entre les filières, le Professeur Hindriks, membre du désormais célèbre think thank Itinera Institute, préconise de mieux informer les étudiants à l’entrée de l’enseignement supérieur et de privilégier les filières en pénurie.

Bien que je puisse soutenir l’idée que les jeunes s’engagent dans des études supérieures afin d’obtenir un travail, je ne peux que m’inscrire en faux devant la proposition de déréguler les flux entrants en fonction de la pénurie de la filière et devant celle de détourner des jeunes de certaines filières qu’ils choisiraient soi-disant par hasard pour les orienter vers les filières plus porteuses.

Monsieur le Ministre, mon crédo est clair. La liberté à l’enseignement est la garantie pour le jeune étudiant qu’il pourra choisir en âme et conscience une filière de formation qui l’agrée et qui participera à son développement humain, intellectuel et social. Quant aux filières en pénurie, nous avons déjà pu prendre conscience de vos différentes initiatives afin de susciter le goût et l’envie, notamment pour les filières scientifiques.

Dans son état des lieux, des rapports entre enseignement supérieur et croissance, le Professeur Hindriks préconise d’abaisser les coûts pour un étudiant qui s’inscrirait dans une filière en pénurie, sous prétexte que la loi de l’offre et la demande ne fonctionne pas. Il reconnaît volontiers que l’application de celle-ci voudrait que les salaires de diplômés dans une branche en pénurie, les ingénieurs industriels dans son exemple, devraient augmenter mais que le salaire ne joue de facto pas le rôle de régulateur espéré.

Prônant également une plus grande sélection afin de promouvoir l’excellence, notre auteur propose également une politique volontariste de mixité sociale en mettant sur pied un mécanisme de prêt étudiant garanti par l’Etat et remboursable en fin des études.

Il m’importe de souligner que de tels modèles, qui prétendent à une portée sociale, sont des modèles que nous observons dans le monde anglo saxon, où les inégalités sociales sont bien plus marquées et creusées par de tels systèmes. Ce sont des modèles élitistes qui ne visent que l’accessibilité des meilleurs éléments pour augmenter quelques point d’excellence.

Monsieur le Ministre, je voudrais vous interroger quant au regard que vous portez sur ces réflexions qui se multiplient autour de notre modèle d’enseignement supérieur. Comment analyser vous ces propositions en matière d’accès à l’enseignement supérieur ? Au-delà du fait que je ne doute pas que vous souteniez l’accessibilité de tous à l’enseignement supérieur, quelles actions pourraient encore être menées pour informer et inciter davantage nos jeunes à se lancer de leur plein gré dans les filières distinguées comme porteuses d’emploi ?

Je vous remercie.


 

Réponse de Monsieur le Ministre Jean-Claude MARCOURT (28/11/2012)

Madame la Députée, je partage largement votre credo et votre analyse.

Une approche trop simpliste d’une planification des besoins n’est pas sans rappeler les dérives auxquelles ont mené certaines politiques de régimes champions de plans quinquennaux ! J’imagine que ce n’est pas un modèle auquel les membres d’Itinera souhaitent adhérer.

Je voudrais également évoquer une telle situation concrète dont nous sommes victimes : la planification de l’offre médicale qui démontre par l’absurde de ses conséquences qu’il est impossible de planifier à moyen et long terme les besoins réels des diplômés !

Je vous rejoins également dans vos critiques des autres mesures proposées. En particulier, toutes les techniques d’ajustement des droits d’inscription aux coûts réels des études et aux perspectives de return économique, avec système de prêts contingents, ont montré qu’elles ne font qu’accroître encore les inégalités sociales, plutôt que de renforcer la mixité souhaitée.

Dois-je vous rappeler que les USA et le Canada envisagent d’abandonner ces mesures, pourtant traditionnelles chez eux et presque symboliques de leur système économique, vu les difficultés de remboursement que rencontrent les diplômés, même ceux ayant trouvé un travail en relation avec leur pouvoir d’achat réel.

Par contre, pour terminer sur une note constructive, je souhaite développer l’information objective fournie aux étudiants sur les perspectives professionnelles à l’issue de leurs études. Là je peux rejoindre en partie la proposition.

Il me semble en effet utile et intelligent de leur permettre un choix adulte en pleine connaissance de cause. Or, aujourd’hui, les taux d’emploi par diplôme dans les cinq ans de la fin des études ne sont pas disponibles. De même, les listes de débouchés potentiels sont fournies par les établissements dans un esprit de publicité, de chasse à l’étudiant, plutôt que sur une base neutre et objective de l’adéquation des profils de compétences acquis en fin d’études par rapports à ceux des métiers indiqués.

Ce souhait a largement été exprimé au sein des travaux de la table ronde. Nous y travaillerons dans le cadre de la réforme future du paysage de l’enseignement supérieur, car une telle information ne peut se construire qu’au sein d’une structure unique rassemblant tous les établissements.

Réplique de Madame Olga ZRIHEN

L’investissement dans l’enseignement supérieur est fondamental. Quand je vois la capacité des « chasseurs de têtes » à débaucher nos jeunes universitaires en fonction de leurs compétences et de leur potentiel plutôt qu’en fonction des options qu’ils ont choisies, je crois que nous sommes sur le bon chemin.