Question de Mme Olga Zrihen à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances, intitulée « Prévention du cybersexe » (12/03/2013)

De nos jours, les images pornographiques font hélas partie du quotidien des enfants et des adolescents ! Tous les fantasmes se déploient sur le net. Le flux d’images et de vidéos pornographiques facilement accessible sur la toile peut avoir des impacts sur la vie des adolescents. Certains faits en témoignent. Ce qui était auparavant considéré comme déviant est aujourd’hui banalisé. La violence de certaines images ne choque même plus la majorité des adolescents. Pis, pour certains d’entre eux, ces images sont considérées comme le reflet de la réalité.

L’image de la femme véhiculée dans certains contenus peut banaliser la soumission ou la violence à son égard.

Depuis 2011, Child Focus travaille sur un projet intitulé « Cadre global Sexualité et Politique ».

Ce projet a pour ambition d’élaborer un code de bonne conduite à l’attention des secteurs de l’enseignement et du sport pour la prévention de l’abus sexuel et le respect de l’intégrité physique des enfants. Depuis 2013, le cadre stratégique du projet a été défini avec l’aide d’experts des mondes de l’enseignement, de l’aide sociale, du sport et des organisations de jeunesse. Ce cadre très enrichissant pourrait servir de base à l’élaboration d’une politique solide en matière de sexualité et d’intégrité physique. Madame la ministre, pensez-vous qu’un tel travail soit transposable en Fédération Wallonie-Bruxelles ? Si oui, dans quelle mesure ? Quels seraient les synergies et les partenaires potentiels pour concrétiser ce projet ?

Auriez-vous des contacts avec Mmes Simonet, Huytebroeck et M. Antoine, car ce projet a pour ambition de sensibiliser les enfants, les adolescents, les professeurs, le monde du sport et de la jeunesse ? Quels sont les dispositifs qui sensibilisent contre le cybersexe et promeuvent une utilisation responsable ou FWB ?

 


Réponse de Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. (12/03/2013)

Le projet global de Child Focus « Sexualité et Politique » ne m’a pas été soumis. Je n’en connais dès lors pas la teneur. Il m’est donc difficile de vous répondre sur l’opportunité et sur la faisabilité de le transposer dans les politiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Je suis bien entendu disposée à en discuter avec le gouvernement dès lors que nous serons mieux informés sur la démarche de Child Focus. Plusieurs dispositifs de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont axés sur la problématique du cybersexe et sur l’usage du web par les mineurs. Je soulignerais la démarche de Yapaka qui a publié, en 2012, un ouvrage intitulé Qui a peur du grand méchant web ?, accompagné d’un outil de présentation à l’attention des enseignants, directeurs et associations de parents. Le chercheur psychologue Pascal Minotte y dénonce une culture de la peur et un apprentissage des technologies de l’information et de la communication trop souvent associé à la toxicomanie et aux abus sexuels, approche préjudiciable au développement de l’enfant. L’auteur analyse en quoi les interrogations et problématiques suscitées par ces technologies dépassent largement le cadre technologique pour rejoindre des préoccupations plus vastes comme l’éducation de l’enfant et de l’adolescent aux risques, voire l’apprentissage de la vie. Il plaide ainsi pour l’intégration de la prévention au mésusage du web dans une démarche globale d’éducation aux médias tout au long de la scolarité. Ce livre est une référence dans la mesure où il expose la position commune des administrations et services concernés de la Fédération Wallonie- Bruxelles qui vise à promouvoir l’apprentissage de l’usage du web, ses bénéfices et les règles de prudence à intégrer au cursus scolaire ainsi qu’à refuser toute démarche prenant appui sur les angoisses parentales. Parmi les principes défendus, on peut y lire que les espaces virtuels ne diffèrent pas des autres. Ils présentent leur part de risques et d’écueils. Il faut éviter que ces écueils ne saturent notre représentation du web.

L’accompagnement des jeunes usagers dans leur découverte des mondes numériques est indispensable.

Les parents y ont un rôle clé à jouer. Le web est régulièrement au centre de campagnes et de polémiques anxiogènes. Mobiliser la peur dans l’éducation crée de l’évitement et non un apprentissage constructif. Cette indéniable éducation aux médias occupe un rôle de premier plan pour la responsabilisation de l’usage d’internet. Un groupe de travail dédié spécifiquement aux médias en réseau du Conseil supérieur de l’éducation aux médias mène à cet effet un travail de veille et de réflexions permanentes. Ce groupe de travail a par ailleurs eu l’occasion de rencontrer les responsables de Child Focus pour évaluer l’opportunité de développer des collaborations. Par ailleurs, j’ai soutenu en 2012 la publication d’une brochure, Internet à la maison en dix questions, qui résulte d’une recherche-action menée conjointement par le Centre de ressources en éducation aux médias, Médias animation et l’Union francophone des associations de parents de l’enseignement catholique. Cet ouvrage vise à donner aux parents les clés pour dialoguer avec leurs enfants sur leur consommation du web. Un chapitre est notamment consacré aux comportements à adopter face aux images pornographiques.

Mme Olga Zrihen : Il est évident que l’accompagnement des parents est indispensable dans ce domaine. Nous savons malheureusement que c’est loin d’être généralisé. Toutes les propositions me semblent excellentes tant pour leur contenu que pour leur forme. J’ai cependant quelques difficultés à voir leur application dans la réalité dans l’enseignement comme dans les associations. En effet, quand j’interroge des parents à ce sujet, ils sont surpris et ne connaissent visiblement pas ces outils.

Madame la ministre, comme vos collègues, vous devez faire circuler les informations. Malgré l’ampleur du travail réalisé, ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Ce travail mérite toute notre attention si nous voulons atteindre nos objectifs.