Question écrite de Madame Olga ZRIHEN, Députée à Madame Marie-Dominique SIMONET, Ministre de l’enseignement obligatoire relative aux Sciences à l’Ecole (28/05/2013)

 

Madame la Ministre,

Une centaine d'écoles participent à l'opération « Science à l'école » lancée par la Direction générale de l'enseignement obligatoire (DGEO) depuis maintenant quelques années. L'objectif de ce projet est de stimuler un enseignement plus attractif des sciences autour des activités spatiales.

Que ce soit en Belgique ou dans d'autres pays européens, le constat est le même: les sciences attirent de moins en moins et les filières scientifiques se dépeuplent peu à peu. Dans un rapport de 2007, remis à la commission européenne, il est question du « déclin inquiétant de l'intérêt des jeunes pour les études scientifiques et mathématiques ».

Face à ce constat inquiétant, s'impose une remise en question de nos méthodes pédagogiques et de préférer aux méthodes théoriques, la méthode active de recherche ou encore la méthode naturelle de Freinet telle qu'évoquée en 1937.

L'enfant développera plus de confiance en lui-même et sera plus motivé dès lors qu'il apprend par tâtonnement expérimental en faisant ses propres découvertes et en émettant ses propres hypothèses. De plus, cette méthode lui permettra d'accepter plus facilement ses éventuels échecs. Dans cette pédagogie, le rôle des instituteurs est également très important. Ce dernier ne s'impose plus comme le « maître du savoir » mais comme un accompagnateur vers le savoir et la rechercher scientifique.

Il n'en demeure pas moins qu'il est impératif que tous les enseignants, et particulièrement ceux du primaire, puissent maîtriser les principes élémentaires de la démarche scientifique pour transmettre de façon vivante et attrayante les matières scientifique. Et surtout ne pas tomber dans le travers de l'exposé magistral, sacralisant et figeant les contenus. C'est la meilleure façon de rendre les sciences détachées de toute appropriation, voire même de toute compréhension. Avec comme sort funeste et paradoxal de les rendre même contestables.

Madame la Ministre, des formations particulières ont-elles-été proposées aux enseignants afin de savoir quelle pédagogie adoptée dans le cadre de cette opération « science à l'école »? Pouvez-nous dresser un bilan de cette belle initiative menée par l'Administration ?

Une autre initiative avait été lancée sous la précédente législature ; plusieurs instituteurs avaient été détachés pour devenir formateurs pour leurs pairs. Cette excellente initiative de mon tout aussi excellent collègue Christian Dupont, avait malheureux dut être interrompue. Cependant Madame la Ministre, avec le recul, quel bilan pouvez-vous en tirer ?

Et enfin, vous êtes-vous concertés avec Monsieur Nollet, Ministre de la Recherche scientifique afin d'aborder tout les horizons possibles dans cette démarche ?

Je vous remercie par avance pour vos réponses.

 


Réponse de Madame la Ministre Marie-Dominique SIMONET (16/07/2013)

Madame la Députée,

Je vous remercie pour cette question qui rejoint effectivement un sujet capital que j’ai pris en considération dès le début de mon mandat.

En effet, comme le précisait la Déclaration de politique communautaire, la situation de certaines filières d’études supérieures, scientifiques ou technologiques, porteuses d’emploi mais qui n’attirent pas suffisamment de jeunes, interpelle. Du baccalauréat en sciences aux études d’ingénieur civil, en passant par la géologie ou les études d’ingénieur industriel, les candidats pour certaines filières se font de plus en plus rares alors que la demande sociétale en ces matières n’a jamais été aussi forte.

Et la Déclaration de politique communautaire citait, entre autres :

  • le renforcement de la formation des instituteurs à l’apprentissage de la démarche scientifique, en particulier via l’équipe de formateurs spécialement créée à cet effet au sein de l’Institut de la formation en cours de carrière;
  • l’organisation de journées de sensibilisation et de pratique des sciences à l’attention des enseignants ;
  • une révision de la méthodologie des cours de sciences en y intégrant une réflexion sur la démarche scientifique, l’expérimentation, le sens et l’histoire des sciences.

 

Il convient cependant de nuancer le problème complexe du désintérêt des élèves pour les filières scientifiques et technologiques. En effet, les Indicateurs de l’Enseignement (notamment le n° 11) ont montré que près de 50% des élèves du 2ème degré de l’enseignement de transition font le choix du cours de sciences à 5 heures/semaine et que le pourcentage d’élèves suivant la filière scientifique est encore d’environ 30% au troisième degré (environ 17000 élèves).  Même si ce pourcentage est en diminution entre le deuxième et le troisième degrés, l’option scientifique reste la plus fréquentée.

Toutefois, la gestion de l’apprentissage par le maître et l’enseignant est en effet prioritaire et doit s’exercer de façon structurée si l’on veut éviter que les nombreuses activités d’immersion scientifique, que je ne manque pas de soutenir par ailleurs, ne restent une aventure gratuite, un collage sans incidence didactique durable. Pour toutefois illustrer ces activités d’immersion scientifique,  je pourrais évoquer  le Projet Espace et Enseignement qui  vise à promouvoir l’éveil aux sciences auprès des jeunes européens en Belgique francophone. Celui-ci rassemble ESERO (European Space Education Ressource Office, qui  est le projet éducatif de l’agence spatiale européenne), la DGEO, des inspecteurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles, des directeurs d’écoles tant du fondamental que du secondaire et le corps enseignant. ESERO coordonne, avec la DGEO, ce projet.  A l’heure actuelle, 60 écoles du fondamental sont dans le projet.

Après avoir constaté le succès du Projet Espace et Enseignement dans le fondamental, il a été décidé de l’ouvrir progressivement aux écoles du secondaire. A ce jour, quatre Athénées ont décidé de joindre celui-ci. L’idée, à terme, est de créer un lien entre tous les niveaux d’enseignement.

 

Des formations sont proposées, dont une est reconnue par l’IFC. Celles-ci sont conceptualisées et données par un ensemble de partenaires formateurs, dont l’ASBL Hypothèse, le Planétarium de l’Observatoire Royal de Belgique, le PASS, le centre de Sivry-Rance et le BIEF. Ces formations se déroulent dans plusieurs lieux : au Planétarium de l’Observatoire Royal de Belgique, au PASS, au Centre de Dépaysement et de Plein Air de Han-sur-Lesse mais aussi au sein des écoles du projet.
Ces formations ne s’adressent pas qu’au corps enseignant. Elles visent aussi à insuffler une même méthodologie et expertise aux inspecteur(rice)s du projet, tout autant qu’aux directions d’école. Ces dernières reçoivent aussi des formations spécifiques de gestion de projet d’éveil scientifique.
Depuis que le projet « Espace et Enseignement » existe, plus de 18 formations ont été organisées, planifiées et données par l’ensemble des formateurs travaillant en concertation avec ESERO. Plus de 1100 professeurs ont suivi ces formations.

Mais, il convient  effectivement que des stratégies d’apprentissage soient pratiquées en amont et en aval pour que ces activités scientifiques trouvent leur intégration harmonieuse dans le cursus des élèves.

C’est pourquoi, à votre première question, je répondrai en élargissant  le cadre, car je tiens évidemment à souligner une action de fond menée à bien afin de rencontrer la problématique que vous soulevez. Il s’agit de la production de référentiels de compétences terminales, pour l’enseignement de transition et de qualification.

A la suite, notamment, d’évaluations des systèmes éducatifs organisées par l’OCDE, mieux connues sous le nom de tests PISA, nous savons que nos étudiants présentent particulièrement des faiblesses en mathématique et en sciences. Il convenait dès lors de définir, en interréseaux, les ressources qui sont réellement utiles à l’exercice des compétences et que l’on peut raisonnablement considérer comme les fondements d’une culture citoyenne dans le champ disciplinaire concerné. Nous avons voulu donner une priorité aux référentiels relatifs à ces branches. Ils visent à clarifier et à harmoniser les programmes des différents réseaux. Ils décrivent les savoirs et savoir-faire que l’on attend des élèves, dans le cadre de l’exercice des compétences, et incitent aussi à pratiquer une approche spiralaire, pour assurer une meilleure progressivité dans les apprentissages.  Il s’agit là d’une étape importante dans la construction d’un système éducatif plus cohérent qui va réellement aider les enseignants dans la formation des jeunes, et notamment en sciences.

Pour garantir la cohérence et la progression des apprentissages et en faciliter la planification par les équipes d’enseignants, les nouveaux référentiels sont présentés selon un découpage en unités d’acquis d’apprentissage (UAA) qui permet d’organiser des ensembles cohérents, finalisés et évaluables.

Ces référentiels de sciences et de mathématiques devraient bientôt constituer la pierre angulaire d’une didactique qui permettra aux enseignants de mieux concevoir les objectifs généraux de l’enseignement des mathématiques et des sciences en termes de concepts à enseigner, mais aussi en fonction des champs de matière et des cheminements didactiques à valoriser pour initier la pensée logique et soutenir la motivation des élèves et redonner du goût et de l’attractivité nécessaires aux filières de formation et des professions à forte dominante mathématique ou scientifique.

En second lieu, vous m'interrogez  sur l’évaluation de l'initiative prise par mon prédécesseur et qui visait à assurer le détachement d'une quinzaine d’instituteurs pour les faire devenir formateurs en sciences afin qu'ils stimulent le développement de bonnes pratiques et promeuvent le savoir scientifique.

Je voudrais rappeler ici ce que j’ai déjà répondu antérieurement à cette question : tant par l’IFC que par les réseaux, ce travail a fait l’objet d’une évaluation qualitative qui a permis de dégager de très nombreux constats positifs quant à l’impact possible de ces formations sur les pratiques des enseignants.

 

Et ce sont près de 4.000 enseignants qui ont été formés durant cette opération.

 

Depuis, et dans la même perspective méthodologique, d’autres champs de formation par les pairs ont été abordés ; il s’agit de celui de la dyslexie et de l’opération décolâge ; cette dernière vise à installer des pratiques pédagogiques alternatives au maintien en 3eme maternelle et au redoublement. Ces formations sont assurées entre autres par deux des quinze instituteurs détachés pour le projet précédent.

Un autre de ces instituteurs prolonge l’expérience initiale mais à l’égard de l’enseignement spécialisé.

 

Enfin, vous m’interrogez à propos de la concertation entre mon Ministère et celui de la Recherche scientifique conduit par mon collègue, le Ministre NOLLET.

 

Par l’intermédiaire des Universités, nous bénéficions d’un apport de recherches scientifiques vers la Formation en cours de carrière.

 

Une collaboration telle que celle du Printemps des Sciences en est une belle illustration. Il s’agit de  la semaine de sensibilisation aux sciences, en Fédération Wallonie-Bruxelles, ayant lieu chaque année au début du printemps.

 

Son objectif de rendre à la culture scientifique sa place au sein de la culture générale, de faire découvrir au public les apports de la science, les applications concrètes et les enjeux notamment en termes de développement économique, de bien-être et de création d'activités nouvelles et susciter des vocations en stimulant la curiosité et la créativité des plus jeunes.

 

En pratique c'est l'occasion de proposer notamment des expositions interactives, des laboratoires et des ateliers ou encore des activités d'éveil scientifique pour les plus jeunes.

Quant au FNRS, il fonctionne tout à fait indépendamment du Ministère de l’Enseignement obligatoire et je ne peux donc vous signaler aucune collaboration directe.

 

Espérant ainsi avoir répondu à vos questions, je vous prie d’agréer, Madame la Députée, l’expression de mes meilleures salutations.