Question de Mme Olga Zrihen à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances, intitulée « Prévention aux substances psychoactives utilisées comme substituts aux drogues illicites chez les jeunes » (16/10/2013)

 

Le fléau des euphorisants légaux ne cesse de s’aggraver en Europe et représente un réel danger pour nos jeunes. Selon l’Eurobaromètre 2011 sur l’attitude des jeunes à l’égard des drogues, les adolescents sont ceux qui courent le plus de risques. Selon cette étude, 5 % des jeunes Européens ont consommé au moins une fois dans leur vie une substance de ce type. Ces nouvelles substances psychoactives utilisées comme substituts aux drogues illicites telles que la cocaïne ou l’ecstasy sont une menace importante pour la santé publique et la société dans son ensemble. Les risques encourus ne sont pas des moindres : modification de l’activité psycho-mentale, des sensations, du comportement, dépendance et effets somatiques en fonction des propriétés de ces substances.

La consommation de nouvelles substances psychoactives peut être mortelle. Par exemple, la substance appelée « 5-IT » aurait tué 24 personnes dans quatre pays de l’UE entre avril et août 2012.

Dans la stratégie antidrogue de l’UE (2013-2020), la lutte contre la propagation de ces nouvelles   substances ainsi que la prévention auprès des jeunes Européens sont de réels défis.

Au cours des dernières années, une nouvelle substance psychoactive a été détectée en moyenne chaque semaine dans l’UE et ce rythme ne devrait pas s’affaiblir dans les années à venir.

Madame la ministre, quels sont les dispositifs prévus en Fédération Wallonie-Bruxelles pour prévenir des risques encourus par la prise de ces substances chez nos jeunes ? Des mesures ont-elles été prises en collaboration avec la ministre fédérale Onkelinx afin de lutter contre ce fléau ? Des campagnes ont-elles déjà été organisées en milieu scolaire à ce sujet, notamment en collaboration avec l’asbl Infor-Drogues, Eurotox ou d’autres secteurs de la jeunesse ? Enfin, comment comptez-vous intégrer ces paramètres dans le programme de la cellule politique francophone « assuétudes » ?

 


Réponse de Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. (16/10/2013)

 

Les substances psychoactives de substitution, plus communément appelées legal highs, sont créées dans l’intention de reproduire les effets de drogues existantes et de contourner la législation. Le terme englobe une vaste gamme de substances et de produits synthétiques et végétaux. Les legal highs sont des drogues, souvent sous forme de cachets, qui imitent les effets du cannabis, de l’ecstasy, de la cocaïne et des amphétamines. Elles sont fabriquées à base de produits en vente libre. On peut citer comme exemples les sels de bains venus des États-Unis, qui sont à l’origine de la folie cannibale du zombie de Miami, ou le krokodil venu de Russie et qui engendre des lésions provoquant la gangrène.

Ces produits sont généralement vendus sur internet ou dans des commerces spécialisés. Le marché des legal highs se caractérise par la rapidité avec laquelle les producteurs s’efforcent de contourner la réglementation par l’offre sans cesse renouvelée d’alternatives aux substances soumises à contrôle.

D’après le rapport 2011-2012 de l’asbl Eurotox, la prévalence de l’usage de legal highs parmi les jeunes Belges de 15 à 24 ans reste assez faible : 4 pour cent d’entre eux en auraient déjà utilisé, pourcentage légèrement inférieur à la moyenne européenne qui est de 5 pour cent environ. En Fédération Wallonie-Bruxelles, nous privilégions une approche globale des assuétudes qui ne met pas à l’avant-plan les dangers des drogues, mais aide plutôt les jeunes à mieux comprendre ce qu’ils cherchent au travers de ces conduites. Dans ce cadre, je finance actuellement une dizaine d’opérateurs qui travaillent à la prévention des assuétudes. Les experts déconseillent fortement les campagnes médiatiques qui se focalisent sur un comportement à risque ou un produit spécifique car elles susciteraient précisément de la fascination chez tous ceux qui recherchent la prise de risques.

Dans ces conditions, des campagnes axées sur les legal highs dans les écoles ne semblent dès lors pas opportunes. Par contre, afin d’améliorer la prévention des assuétudes dans le milieu scolaire, la Fédération Wallonie-Bruxelles a mis en place il y a six ans déjà le dispositif des Points d’appui aux écoles en matière d’assuétudes (PAA). Les PAA font partie des Centres locaux de promotion de la santé (CLPS). Leur objectif est de faire le lien entre les écoles et les intervenants extérieurs qui font de la prévention. À ce stade, ce projet a permis la mise en réseau d’un grand nombre d’acteurs, apportant ainsi aux écoles des réponses face aux problèmes de consommation de drogues chez les jeunes. À l’initiative de ma collègue Laurette Onkelinx, un groupe de travail sur les legal highs a été créé par la Cellule générale de politique sur les drogues en juin 2011. Ce travail a débouché, le 15 mai 2012, sur une déclaration de la Conférence interministérielle sur les drogues concernant ces substances. La ministre fédérale de la Santé a déposé un avant-projet de loi modifiant la loi du 24 février 1921 concernant le trafic des substances vénéneuses, soporifiques, stupéfiantes, psychotropes, désinfectantes ou antiseptiques et des substances pouvant servir à la fabrication illicite de substances stupéfiantes et psychotropes. Le texte est actuellement examiné par le parlement sous forme de projet de loi. Il comporte deux aspects essentiels. Tout d’abord, afin d’entraver les modifications constantes des combinaisons de molécules pour contourner la réglementation, il est proposé d’interdire toute substance ayant un effet psychotrope,  sauf quelques catégories, l’alcool, le tabac et les médicaments. Aujourd’hui, le système est inverse : seules certaines substances sont interdites, en principe pour leurs effets supposés sur la santé, le reste ne l’étant pas.

Ensuite, les laboratoires ne pourront plus se réfugier derrière le secret de l’instruction pour ne pas transmettre des informations utiles à la santé publique. Les trois ministres francophones en charge de la santé participent aux travaux de la conférence interministérielle sur les drogues relatifs aux legal highs. Il ne me paraît donc pas utile de réexaminer à brève échéance ce dossier avec la Cellule politique francophone « santé-assuétudes  


Réplique de Mme Olga Zrihen : L’usage des legal highs étant assez limité sur notre territoire, nous ne devons pas en faire la publicité ou la promotion. La prévention est sûrement suffisante. Il n’en demeure pas moins que l’usage régulier ou banalisé de certaines substances peut entraîner des dérapages. Une meilleure visibilité des PPA permettrait sans doute aux écoles en difficulté d’y avoir plus souvent recours.