Question de Mme Olga Zrihen à Mme Évelyne Huytebroeck, ministre de la Jeunesse, relative à la « Prévention de la pauvreté infantile»

Selon la dernière étude de l’Institut de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, 424 000 enfants vivent sous le seuil de pauvreté. Partout dans le monde, les enfants sont les premières victimes. Dans une grande majorité de pays de l’Union européenne, les enfants sont davantage exposés à la pauvreté et à l’exclusion sociale que le reste de la population.

En 2012, les associations ont vu la pauvreté gagner du terrain en Belgique. Près d’un enfant sur cinq vit dans une situation à risque, soit dix-huit pour cent de la population infantile. La Belgique obtient le cinquième moins bon score de l’Europe. L’indice synthétique de pauvreté, commune par commune, démontre bien le contraste entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. Bruxelles et la Wallonie sont particulièrement touchées. Ces deux régions sont respectivement 189e et 142e contrairement à la Flandre qui est classée 22e sur les 195 régions européennes représentées. Avec moins de 1 000 euros par mois pour une personne isolée et moins de 2 100 euros pour un couple avec deux enfants, la Wallonie peut être comparée au Portugal, et Bruxelles, à Chypre ou à la Grèce.

C’est alarmant. La pauvreté affecte le développement de l’enfant, sa santé, son éducation, son bien-être psychosocial et sa participation aux activités culturelles, sportives et récréatives. Elle met aussi en péril ses perspectives d’avenir. La réduction de ce phénomène est une responsabilité régionale, communautaire et fédérale.

Quel regard portez-vous sur cette étude ? Les stratégies qui se révèlent les plus efficaces sont celles qui visent à améliorer le bien-être de tous les enfants, comme les soins de santé ou les activités culturelles. Cependant, on constate peu de concertation entre les structures confrontées quotidiennement à la réalité précaire de nombreux enfants. Comment ces constats influencent-ils le travail des services d’aide à la jeunesse ? Il y a quelques années, le délégué général aux droits de l’enfant avait établi un rapport sur l’impact de la pauvreté sur les enfants et les jeunes. Avez-vous depuis lors enregistré des données à ce sujet ? Avez-vous développé certains projets proposés dans ce rapport ? Un colloque, dont un des axes est la pauvreté infantile, se tiendra demain matin.

Quelles sont les mesures et les actions de la Fédération Wallonie-Bruxelles favorisant la concertation et la prévention entre les écoles, les centres publics d’action sociale (CPAS) et les crèches ? Avez-vous déjà traité cette problématique avec vos collègues, Mme Laanan en charge de l’Égalité des chances, Mme Schyns en charge de l’Enseignement obligatoire et M. Nollet en charge de la Petite enfance ?

 


 

Réponse de Mme Évelyne Huytebroeck, Ministre de la Jeunesse.

Récemment, j’ai présenté le rapport sur le maintien du lien entre les enfants placés et leurs parents dans les familles pauvres. Je citais les chiffres du rapport de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps) démontrant que la pauvreté est devenue une des questions de société les plus préoccupantes. Elle touche de plus en plus de personnes et met en péril le développement harmonieux des enfants. Comme je l’ai dit précédemment dans une réponse à M. Tanzilli, les actions doivent être élargies et porter sur le logement, la collaboration avec les CPAS, les allocations familiales, la formation et une intervention précoce pour que le jeune n’émarge pas des services de l’aide à la jeunesse. Certaines associations du secteur de la jeunesse ont la réduction de la pauvreté infantile dans leurs objectifs. Une série d’organisations de jeunesse agréées s’adressent spécifiquement aux jeunes issus d’un milieu précarisé. Les politiques socioculturelles de jeunesse étant majoritairement fondées sur l’action associative, ce type de projets préfigure les actions de lutte contre la pauvreté en se basant sur l’observation des difficultés des jeunes en milieu populaire.

J’ai rencontré régulièrement mes collègues, Mmes Simonet et Schyns par la suite, à propos de la scolarité. Ces concertations ont débouché sur un projet de décret qui sera présenté mercredi au parlement. Ce texte organise les politiques conjointes en faveur du bien-être des jeunes à l’école, de l’accrochage scolaire, de la prévention de la violence et de l’accompagnement des démarches d’orientation et fixe des lieux de concertation sur la dualité sociale. Ces mesures très concrètes améliorent l’accès de tous les enfants à la scolarité. C’est pareil dans le protocole de collaboration entre l’Aide à la jeunesse et les CPAS, conclu en octobre 2012. Enfin, vous n’ignorez pas les efforts et les avancées faits par mon collègue Nollet pour l’accueil de la petite enfance et l’augmentation de la capacité des crèches. Ces actions participent également à la lutte contre la pauvreté. Enfin, malgré l’amélioration de la collecte et de l’analyse de données chiffrées, nous ne disposons à ce jour d’aucune donnée sur la pauvreté. Dans le relevé des motifs d’intervention, les mandants signalent les difficultés financières et matérielles des parents. Toutefois, pour obtenir des données plus précises sur les retours en famille ou les visites, il faudrait, par exemple, commander une étude sur une période précise avec un échantillonnage représentatif, mais nous ne l’avons pas encore fait.


Réplique de Mme Olga Zrihen : La question est davantage celle d’une nécessaire collaboration entre les ministres. L’ouverture de crèches n’est pas un moyen pour véritablement lutter contre la pauvreté.

Au vu des coûts d’inscription, on comprend rapidement les difficultés éprouvées par les parents défavorisés. Ce constat est choquant. La prévention est aussi très importante. Un environnement familial déstabilisé dans la petite enfance, parfois allié à un encadrement scolaire défaillant, entraînera des difficultés par la suite et l’intervention des services de la jeunesse. L’aide aux familles est un secteur très particulier. Elle doit être renforcée car certaines familles connaissent une précarité extrême. Sans cela, je devrai très prochainement vous interroger à nouveau sur les moyens pour soutenir ces familles et ces jeunes. Des programmes d’étude, des enquêtes et un suivi doivent être organisés pour éviter que l’on se contente de voeux pieux et que l’on ne se limite à de bonnes intentions, ce qui serait fort préjudiciable pour le futur.