Question de Mme Olga Zrihen à M. Jean-Claude Marcourt, vice-président et ministre de l’Enseignement supérieur, intitulée « Formation en alternance dans l’enseignement supérieur »

 L’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi en Fédération Wallonie-Bruxelles représente un défi majeur pour notre société. Dans cet esprit et avec la volonté de proposer plusieurs solutions et alternatives positives, la formation en alternance dans l’enseignement supérieur fut proposée.

Notre parlement a créé quatre filières d’enseignement supérieur en alternance par décret le 20 octobre 2011, il y a donc environ deux ans. Que ce soit dans les plans politiques du gouvernement wallon (Plan Marshall 2.vert, Horizon 2022) ou dans ceux des entreprises (Ambition 2020), l’alternance dans l’enseignement supérieur est une solution qui apporte une réponse à la pénurie dans certains métiers en et à l’insertion socioprofessionnelle des jeunes. Souvent jugés trop peu expérimentés sur le plan professionnel, l’alternance leur permet d’allier formation supérieure et formation de terrain, encadrées par des conventions professionnelles. L’alternance peut dès lors être une filière attrayante pour des jeunes pour lesquels l’acquisition de savoirs et de compétences serait plus adéquate par la confrontation au milieu professionnel que par le seul enseignement ex cathedra. La formation en alternance permet également de répondre aux besoins du monde du travail par des formations demandant pleinement la participation active des entreprises. La valeur ajoutée de la formation en alternance est multiple : amélioration des compétences sur les plans pédagogique, technique et social, découverte plus rapide du monde de l’entreprise, adaptation plus aisée à l’organisation de l’entreprise, collaboration plus étroite entre les entreprises et les hautes écoles, approche pédagogique enrichie par la mise en pratique sur le terrain, et enfin compétitivité et performances renforcées de nos entreprises. Le projet de décret voté en 2011 prévoyait qu’afin de garantir le caractère expérimental de l’alternance dans l’enseignement supérieur, il y aurait une évaluation de son application par un comité de pilotage avant l’éventuelle pérennisation ou l’essaimage de ces expériences. Dès lors, je voudrais connaître le bilan que vous pouvez tirer ces deux années de mise en oeuvre des masters en alternance. Pouvez-vous m’indiquer le nombre d’étudiants inscrits dans les quatre masters orphelins ? Une croissance a-t-elle été constatée d’une année académique à l’autre ? Des recommandations ont-elles été émises par les entreprises ou les établissements organisant ces filières en vue de les améliorer ?

 


Réponse de M. Jean-Claude Marcourt, vice-président et ministre de l’Enseignement supérieur.

 L’enseignement en alternance est une nouveauté dans l’enseignement supérieur. Afin d’en évaluer les possibilités, cinq expériences pilotes ont été mises en place dans trois hautes écoles réparties sur le territoire wallon – car le financement provient de fonds européens – et dans les trois réseaux. Il s’agit de la Haute École de Louvain-en-Hainaut qui accueille un master en génie analytique et un master en gestion de production à Mons, de la Haute École Schuman qui accueille un master en gestion de chantier à orientation durable à Libramont et de la Haute École de la Province de Liège qui organise à Liège un master en gestion de chantier et un master en facility management, donc en gestion des services généraux. Pour l’année académique 2011- 2012, le nombre d’inscriptions était de quarante-six. Pour l’année 2012-2013, ce chiffre a quasiment doublé, puisque quatre-vingt-quatre étudiants se sont inscrits dans ces masters. Il est encore trop tôt pour disposer des chiffres de la dernière rentrée académique, les inscriptions étant toujours en cours. En effet, pour s’inscrire dans cette forme d’études, une condition supplémentaire est requise. Il s’agit de la convention tripartite entre l’institution d’enseignement, l’entreprise et l’étudiant lui-même. Cette convention nécessite parfois un certain temps, malgré l’assistance assurée par les services d’inscription des hautes écoles. Vu les chiffres actuels, on observera probablement une stabilisation du nombre d’étudiants. Pour ce qui est des premiers constats, on peut déjà signaler un taux élevé de présence des étudiants aux cours et un degré de motivation encore plus élevé que chez les étudiants d’autres filières. C’est probablement dû à leur confrontation au monde de l’entreprise et à la sanction immédiate que constitue le non-paiement d’une journée d’absence. Le taux de satisfaction des étudiants, comme celui des entreprises, est très encourageant. Les entreprises partenaires ont confirmé leur souhait de poursuivre l’expérience et plusieurs d’entre elles ont choisi d’accepter un étudiant supplémentaire lors de la rentrée 2012-2013. Du côté des hautes écoles, les enseignants soulignent les difficultés d’organisation, la surcharge engendrée par le suivi des étudiants en entreprise et le surcroît de travail pour les secrétariats confrontés à une augmentation des demandes essentiellement dues à la nouveauté de la formation. Il est probable que ces inconvénients s’estomperont au fur et à mesure que l’enseignement en alternance sera mieux connu par les étudiants et les entreprises car les demandes d’explications sont aujourd’hui encore nombreuses. En revanche, les enseignants se plaisent à souligner l’apport incontestable dans leur pratique pédagogique de cette confrontation avec le milieu du travail. Des recommandations ont été émises par les différents acteurs et des assouplissements en termes d’horaires ont été demandés, principalement par les étudiants et les entreprises, demandes qui ont été rencontrées.

Les étudiants demandent également une meilleure information des entreprises. Trop souvent encore, les services de gestion du personnel ne connaissent pas les contrats d’insertion professionnelle ou les régimes de vacances. Ils sont peu informés du calendrier académique et des périodes d’évaluation. Un vade-mecum a donc été rédigé à l’attention des entreprises, des étudiants et de leurs parents.

Par ailleurs, les entreprises et les institutions d’enseignement supérieur se parlent enfin. L’adéquation entre les enseignements et la pratique s’améliore. La compréhension du monde académique et l’apport de la rigueur scientifique sont également soulignés. Dès que les conclusions de l’évaluation seront connues, nous reviendrons vers vous pour proposer un cadre législatif et pouvoir, je l’espère, poursuivre l’expérience.

 


Réplique de Mme Olga Zrihen : Étant moi-même germaniste, je ne peux que saluer cette initiative qui a largement fait ses preuves dans d’autres États membres de l’Union européenne. Les constats sont extrêmement positifs sur le plan de la motivation et de la maturité des étudiants. Contrairement à d’autres niveaux d’enseignement, la présence ne pose pas de problème. La sanction en cas d’absence, qui porte sur le salaire, est peut-être dure mais elle permet d’atteindre un équilibre dont nous pouvons nous réjouir. Cependant, je trouve quelque peu paradoxal que vous évoquiez un problème de surcharge. En effet, des stages ont dû être créés pour les instituteurs ou les régents. Le dispositif existe donc déjà, notamment les logiciels. Le problème est donc, comme souvent, la résistance au changement. Pourtant, la plus-value apportée par ces jeunes, motivés et présents, est considérable. Ils découvrent le monde de l’entreprise de façon très pratique et les entreprises découvrent aussi les compétences apportées par nos formations, qu’elles regardaient parfois auparavant d’un œil dubitatif. Dans ce dispositif, tout le monde est donc gagnant. Je serai ravie de voir aboutir ce projet ainsi que la proposition législative permettant de le pérenniser.