Question de Mme Olga Zrihen à Mme Marie-Martine Schyns, Ministre de l’Enseignement obligatoire et de promotion sociale, intitulée « Rapport européen de suivi de l’éducation et de la formation »

On trouve, dans le rapport de suivi sur la formation et l’éducation, l’évolution des systèmes d’éducation et de formation en Europe. On y tient compte de critères de référence et d’indicateurs spécifiques, mais également d’études et de changements stratégiques récents et à venir. Il s’agit d’un outil précieux permettant aux États membres de se comparer les uns aux autres et d’investir de manière efficace dans la modernisation des systèmes éducatifs afin d’en améliorer la qualité. L’objectif est de rendre l’Europe plus performante. Plusieurs constats ont été dressés dans ce rapport.

On y met en exergue les conséquences des restrictions budgétaires et de l’inadéquation des qualifications. Le taux de jeunes en décrochage scolaire ou abandonnant une formation est de 12,7 pour cent et continue à baisser. L’objectif de l’Union européenne pour 2020 est de le réduire à 10 pour cent. L’inégalité reste une des principales caractéristiques de nombreux systèmes d’éducation et de formation en Europe. L’évolution démographique a des répercussions considérables sur le corps enseignant. La plupart des enseignants de nombreux États membres font partie de la tranche d’âge la plus élevée et rares seraient ceux de moins de trente ans. L’Europe accuse aussi un certain retard dans la mise à disposition de ressources éducatives libres et de cours en ligne ouverts et massifs. De plus, les derniers résultats publiés par l’OCDE permettent de se faire une idée des niveaux de compétence de la population européenne. Dans l’Union européenne, un adulte sur cinq ne dépasserait pas le niveau de base en lecture, en écriture et en calcul. Madame la ministre, selon ce dernier rapport de suivi de la formation et de l’éducation, quelle place occupent la Belgique et plus spécialement la Fédération Wallonie-Bruxelles ? Quelles sont nos lacunes en comparaison avec d’autres pays européens ? Peut-on conclure à une augmentation du nombre de jeunes en décrochage scolaire, comme semble l’indiquer ce rapport, sachant qu’une amélioration de notre système éducatif est d’une importance vitale pour donner aux jeunes les qualifications nécessaires ? Des recommandations ont-elles été émises par votre cabinet à la suite de la publication de ce rapport ?

 


Réponse de Mme Marie-Martine Schyns, ministre de l’Enseignement obligatoire et de promotion sociale.

Le volumineux rapport que vient de publier l’OCDE permet une comparaison entre les systèmes éducatifs des pays membres. Il complète nos indicateurs de l’enseignement qui garantissent une analyse interne de notre système. Il permet de nous situer dans un contexte international. Ces indicateurs de l’OCDE s’intègrent dans une structure qui, en premier lieu, établit une distinction entre les acteurs du système d’éducation : les apprenants, les cadres d’enseignement, les prestataires de service d’éducation et le système global. En deuxième lieu, cette structure regroupe les indicateurs selon qu’ils abordent les résultats de l’éducation à l’échelle individuelle ou à l’échelle nationale, des leviers politiques ou des circonstances qui conditionnent ces résultats, ou encore des antécédents ou des contraintes qui situent les choix politiques dans leur contexte. Enfin, en troisième lieu, cette structure détermine à quelles questions politiques les indicateurs fournissent des éléments de réponse, en les classant en trois grandes catégories : la qualité de l’offre d’enseignement et du rendement de l’apprentissage, l’égalité des chances dans l’enseignement et l’adéquation des ressources et l’efficacité de leur gestion. Cette quantité d’information est assez phénoménale.

Le rapport comporte 448 pages, il est impossible d’en tirer immédiatement des conclusions. Ce texte devra être étudié par les organes compétents dont en priorité la Commission de pilotage du système éducatif, afin d’éclairer l’ensemble des acteurs sur les résultats les plus significatifs de notre système, en comparaison avec les autres pays de l’OCDE. Tenant compte de ces remarques préalables, je resterai très prudente dans mes réponses. Pour la Belgique, on a agrégé les trois communautés. Cette situation est de manière générale correcte par rapport à l’ensemble des pays de l’OCDE, avec des indicateurs meilleurs que la moyenne et d’autres plus faibles. Par exemple, le pourcentage belge d’individus âgés de 25 à 64 ans détenteurs d’un CESS ou équivalent est légèrement inférieur à la moyenne de l’OCDE. Par contre, notre taux de diplômés de l’enseignement supérieur est plus important. C’est à la lumière de chaque indicateur qu’il faut poser la question de notre efficacité par rapport aux résultats des autres. Pour les jeunes en décrochage scolaire, on peut parler d’une tendance légèrement à la baisse. Entre 2006 à 2011, on est passé de 12,6 pour cent à 12,3 pour cent en Belgique, de 14,8 pour cent à 14,7 pour cent en Wallonie et de 19,3 pour cent à 18,9 pour cent à Bruxelles. Ce résultat doit être souligné, même si l’objectif de 9,5 pour cent à atteindre pour l’ensemble des trois communautés en 2020 va nous demander des efforts considérables. Les recommandations ne figurent pas concrètement dans le rapport mais dans le plan d’action en faveur des jeunes qui a été adopté lors de la réunion ministérielle de l’OCDE en mai 2013. Les jeunes doivent atteindre un bon niveau dans des compétences fondamentales et transversales nécessaires à leur adaptation au marché de travail. Il faut aussi réduire le  décrochage scolaire et organiser des programmes de seconde chance. Dans le rapport, l’OCDE recommande également de mettre les compétences enseignées dans l’enseignement secondaire en adéquation avec les compétences recherchées par le marché du travail, de développer l’éducation et la formation professionnelle, d’établir des liens solides entre l’éducation et le monde du travail en incluant les formations en entreprise. Il faut enfin prévoir des services d’orientation scolaire et professionnelle de qualité pour aider les jeunes à prendre en connaissance de cause des décisions sur leur carrière. Les projets lancés sous cette législature répondent en tout ou en partie à ces recommandations. J’en cite quelques-uns : la certification par unité (CPU), le renforcement de la formation générale dans l’enseignement qualifiant, l’immersion en entreprise via des projets pilotes, le développement de l’alternance, la définition des profils métiers. Le gouvernement de notre Fédération est attentif aux recommandations internationales et inscrit le pilotage de son système éducatif dans ce contexte de comparaison internationale. Pour une évaluation plus précise, il faudra néanmoins attendre que la commission de pilotage (Copi) prenne connaissance des 448 pages du rapport et des recommandations annexées.


Réplique de Mme Olga Zrihen : Madame la ministre, je ne vous cache pas avoir sursauté en vous entendant parler du rendement de l’enseignement. Il me semblait qu’on parlait plutôt d’efficience et d’efficacité. Le taux élevé de décrochage scolaire reste une question très importante car il caractérise principalement les options techniques et professionnelles. La question de l’adéquation mérite un travail de fond tout comme le renforcement de la motivation. Le ministre Marcourt en a déjà parlé lors des travaux sur l’enseignement supérieur où la liaison entre les entreprises et les dispositifs de formation plus pédagogiques semble déjà avoir une portée très positive. C’est un enjeu pour notre Fédération. C’est aussi un enjeu dans nos perspectives pour progresser au niveau européen et faire avancer nos programmes pour la jeunesse. Il ne suffit pas d’annoncer une mise à l’emploi des jeunes, il faut leur donner les outils nécessaires qui les rendent plus performants. Je sais qu’il faut prendre le temps nécessaire pour lire ce rapport. Nous devons surtout relever les symptômes, les causes et les conséquences de ce décrochage scolaire extrêmement problématique, surtout dans l’enseignement qualifiant.