Question orale de Mme Zrihen à la Ministre en charge de l'enseignement spécialisé, Mme J. Milquet, au sujet de « la situation des élèves autistes en Fédération Wallonie-Bruxelles »

Madame la Ministre,  

Selon Madame Cinzia AGONI – Présidente d’INFORAUTISME et porte-parole du GAMP (Groupe d’Action dénonçant le Manque de Places pour les personnes handicapées de grande dépendance), la situation des enfants autistes en Fédération Wallonie-Bruxelles est tout simplement catastrophique (contrairement à la Flandre où il existe des centres de rééducation et des établissements adaptés).

Le problème de l’autisme en Fédération Wallonie-Bruxelles réside essentiellement dans l’absence d’adéquation entre les besoins existants et les réponses possibles. En effet, même si un enfant vient à être diagnostiqué précocement d’autiste, il ne recevra pas les aides dont il a besoin, notamment une aide éducative appropriée lui permettant d’abord de communiquer. Bien souvent, les enfants souffrant d’autisme sont envoyés vers un enseignement spécialisé qui, à de rares exceptions, ne l’est au final pas réellement. Le constat est simple : les structures spécifiques à l’accueil d’enfants autistes permettant à ces derniers d’ « apprendre pour apprendre » n’existent pas. Face à ces écueils, les parents sont trop souvent voués à eux-mêmes, ne trouvant d’autres solutions que de déscolariser leur enfant autiste pour l’élever personnellement.

Madame la Ministre :

- L’approche ABA (Applied Behavior Analysis – Analyse appliquée du comportement) a fait ses preuves dans nombre de pays de par le monde. Pourtant, cette méthodologie permettant aux enfants autistes de progresser naturellement dans leurs apprentissages grâce aux relations qu’ils entretiennent avec leur environnement n’est pas généralisée et semble ne pas bénéficier d’une reconnaissance à la hauteur des résultats positifs qu’elle a pu engendrer. Qu’en est-il réellement ? Des pistes de réflexions sont-elles envisagées en vue de faciliter l’application de cette approche ?

- L’ambition de l’actuel gouvernement est de construire une école plus inclusive, c’est-à-dire une école en capacité de mettre en oeuvre les aménagements raisonnables adaptés aux besoins spécifiques de chaque élève. Un nombre important de dispositions a par ailleurs été pris, dans le prolongement de la législation précédente, pour soutenir des équipes éducatives chargées de répondre aux besoins propres à certains enfants. La problématique de l’autisme est-elle précisément ciblée par l’une de ces dispositions ?

- Quelles synergies existent – ou sont envisagées – avec les centres de référence pour l’autisme que l’INAMI (fédéral) subventionne depuis 2005 ?

(note : GAMP: http://www.gamp.be/fr) et Inforautisme: http://inforautisme.be/)


Réponse de Mme J. Milquet, Ministre en charge de l'enseignement spécialisé

Madame la Députée,

Depuis le mois d’octobre, j’ai été interpellée, personnellement, et à de nombreuses reprises, par des professionnels de l’éducation et par des parents d’enfants présentant de l’autisme, dont Madame AGONI. Ces interpellations ont abouti, le 25 février dernier, à l’organisation d’une table-ronde « autisme » qui réunissait notamment des représentants : des réseaux d’enseignement, de l’AWIPH, du service PHARE, de l’Association de Parents pour l’Epanouissement de Personnes Autistes (APEPA), du Service Universitaire Spécialisé en Autisme (SUSA), du Délégué aux droits de l’enfant, de Centres de références, de l’Institut de Formation en cours de Carrière (I.F.C.) et de parents d’enfants autistes.

Différents sujets ont été abordés pendant cette rencontre. Suite à l’intervention de Monsieur WILLAYE, directeur du SUSA, la création d’un nouveau type d’enseignement spécifique pour élèves autistes a été évoquée par certains parents. En Fédération Wallonie-Bruxelles, vu le large spectre de l’autisme, le choix s’est porté sur l’accueil des élèves autistes dans tous les types d’enseignement et ce, dans l’objectif de répondre au mieux à leurs besoins spécifiques.

A ce sujet, à l’invitation du Conseil supérieur de l’enseignement spécialisé, je rencontrerai le 11 mars prochain, des représentants de l’enseignement néerlandophone qui viendront présenter les dernières modifications apportées à leur décret « enseignement spécialisé ». Ce sera l’occasion de prendre connaissance des motivations et des objectifs qui ont justifié la création d’un enseignement de type 9 pour les élèves autistes ainsi que la modification du processus d’accompagnement en intégration des élèves présentant des troubles d’apprentissage (enseignement de type 8).

Contrairement à ce que vous avancez dans votre question il existe bien des structures propres pour l’accueil des élèves autistes. A ce jour, 1.207 élèves bénéficient d’une pédagogie adaptée à l’autisme en enseignement spécialisé. Ces élèves sont principalement répartis dans l’enseignement de type 2 (667 élèves) et dans l’enseignement de type 3 (282 élèves) et ce, dans 17 établissements du niveau maternel, 37 du niveau primaire et 22 du niveau secondaire.

Au-delà de ces classes spécifiques reconnues, je souhaite intensifier l’intégration des élèves autistes dans l’enseignement ordinaire et pour cela, il faudra notamment tenir compte de la grande diversité des réalités propres à chaque élève mais aussi de leur bien-être en évaluant les inconvénients et les bénéfices de cette intégration.

Cette intensification de l’intégration et l’augmentation du nombre de classes proposant une pédagogie adaptée autisme ne pourront s’effectuer sans le soutien de professionnels correctement formés, capables de répondre aux besoins de ces jeunes, tant dans l’enseignement ordinaire que dans l’enseignement spécialisé.

En ce qui concerne l’enseignement spécialisé, une réunion est programmée avec le Conseil supérieur afin de rédiger les critères à respecter par les écoles qui organisent ou organiseront une classe à pédagogie adaptée destinée aux élèves porteurs d’autisme afin d’intensifier la professionnalisation de l’accueil et de l’accompagnement des élèves qui bénéficient ou devraient bénéficier de cette pédagogie adaptée.

En Fédération Wallonie-Bruxelles la majorité des élèves autistes bénéficient d’une pédagogie adaptée « TEACCH ». Celle-ci est établie sur les mêmes principes que l’approche A.B.A. Elles se différencient cependant par leur origine et leurs modalités d’application. Parallèlement à l’approche psychanalytique, la méthode A.B.A. est également utilisée en France. Les élèves autistes n’y étant pas scolarisés, elle s’applique à la maison ou en institution. La pédagogie adaptée TEACCH, quant à elle, est appliquée en école.

La formation des membres du personnel a été repensée grâce à la recherche « TRANSFERT-AUTISME ». Ce modèle original de formation conjuguant les moyens de l’Institut de Formation en Cours de Carrière (IFC) et des organismes de formation des réseaux est désormais pérennisé. Il s’organise en 3 étapes : 3 jours de formation théorique, 2 jours de pratique dans une « classe d’application » et 1 jour de retour scientifique. Ce modèle de formation facilite le transfert des notions nouvelles dans les pratiques professionnelles.

En 2013-2014, 105 membres du personnel ont participé aux formations « autisme » organisées par l’IFC et 183 y ont déjà participé en 2014-2015.

Une prochaine rencontre avec les responsables de l’IFC devrait permettre de répondre à certaines demandes des parents en matière de formations spécifiques liées à l’autisme.

De plus, le maintien d’un travail de qualité nécessite, même pour des intervenants expérimentés, un questionnement récurrent concernant les pratiques utilisées auprès de chacun des élèves ; a fortiori, pour des enseignants ou éducateurs débutant dans ce secteur. Il a été convenu, avec l’IFC, d’organiser, en interréseaux, des formations d’échanges de pratiques entre enseignants et avec d’autres professionnels de l’enseignement.

Un autre point important a été abordé lors de cette table-ronde, c’est celui du manque de solutions d’accueil pour les élèves autistes et de la création de nouvelles places. A ce sujet, j’ai demandé à mes conseillers en charge de cette thématique d’organiser rapidement une réunion avec les réseaux d’enseignement, le SUSA et les Centres de référence pour, d’une part, apporter une solution à très bref délai aux quelques élèves qui ne sont pas scolarisés actuellement et, d’autre part, préparer la rentrée scolaire 2015-2016 pour que chaque élève puisse trouver un accueil qui réponde au mieux à ses besoins spécifiques.
Afin d’optimaliser cette recherche, les Services de la Région wallonne (AWIPH) et de la Région Bruxelloise (PHARE) y seront associés.

Je vous remercie pour votre question.