Question de Mme Zrihen à la Ministre en charge de l'enseignement, Mme Milquet, au sujet de « l'apprentissage des langues»

Madame la Ministre,

Plusieurs études l’attestent : l’apprentissage d’une deuxième langue est indissociable de l’apprentissage d’une deuxième culture et rend l’enfant plus ouvert sur le monde. Ainsi, ces enfants apprenant précocement une deuxième langue développent une autre sensibilité et sont plus enclin à accepter la diversité physique et sociale de l’être humain. Enfin, le bilinguisme précoce tend à participer au développement cognitif de l’enfant.

Le décret immersion linguistique du 11 mai 2007 poursuit deux objectifs :

- En ce qui concerne les cours et activités pédagogiques assurés dans la langue de l’immersion, la maîtrise des compétences définies dans le socle de compétences ;

- En ce qui concerne la langue d’immersion, la maîtrise des compétences liées à la communication orale et écrite dans cette langue définies dans les socles de compétences.

L’immersion linguistique consiste donc en une procédure pédagogique visant à favoriser l’apprentissage d’une langue en assurant une partie des cours de la grille-horaire dans cette langue. Plus encore, l’immersion met gratuitement à la disposition d’enfants de toutes les couches sociales un dispositif qui leur permet d’apprendre efficacement une autre langue.

Madame la Ministre,

- Ne devrions-nous pas, tout en garantissant en amont la maîtrise de la langue principale, institutionnaliser et démocratiser plus encore l’enseignement bilingue en veillant notamment à ce que l’accès à cette forme d’apprentissage ne soit pas réservé à une élite ou à une population socio économiquement privilégiées ?

- Ne pourrions-nous pas envisager une « généralisation » de l’enseignement d’une seconde langue dès les premiers instants de socialisation scolaire (enseignement maternel) des enfants ?

- Une réflexion a-t-elle été initiée dans cette perspective tout en prenant en compte les obstacles identifiés que sont le recrutement des enseignants compétents, la reconnaissance de leurs qualifications et l’évaluation/certification de la valeur linguistique ?


Réponse de la Ministre, Mme Milquet

Madame la Députée, 

L’enseignement par immersion linguistique n’est pas réservé à une élite. Dans l’enseignement secondaire, les élèves demandant à être inscrits en immersion sont classés exactement selon les mêmes règles qu’en dehors de l’immersion. L’accès à l’immersion s’en trouve de facto démocratisé. Seuls les élèves s’inscrivant dans la poursuite d’une immersion commencée au fondamental bénéficient d’un coefficient plus favorable (1,18), mais loin d’être prépondérant à l’inscription.

Aujourd’hui, beaucoup de projets d’éveil aux langues existent dès l’école maternelle. S’il est bien de débuter l’apprentissage d’une seconde langue le plus tôt possible, il convient sans douter de s’interroger sur le bien-fondé de la disparité qui existe entre la Région de Bruxelles-Capitale et la Région wallonne en termes d’imposition d’apprentissage d’une seconde langue. En effet, là où la loi de 1993 concernant le régime linguistique dans l’enseignement permet d’organiser deux périodes de langue moderne en 5ème et 6ème primaires en Wallonie,  elle impose déjà l’organisation de trois périodes de langue moderne en 3ème et 4ème primaires dans les écoles situées en région de Bruxelles-Capitale et dans les communes de Comines-Warneton, Mouscron, Flobecq, Enghien, Malmedy, Waimes, Baelen, Plombières et Welkenraedt.

En ce qui concerne le recrutement de locuteurs natifs, il a été décidé tout récemment de mettre en ligne une plateforme de collaboration durant le deuxième trimestre de cette année afin d’encourager les échanges entre les trois Communautés.

La plateforme reprendra :

- Les conditions de recrutement et  les exigences en matière de maitrise des langues, Communauté par Communauté ;

- Un module de gestion reprenant l’offre et la demande des écoles et des enseignants entre les Communautés. Un accès sera également prévu directement pour les chefs d’établissement et les enseignants.

Des congés pour mission ont été créés à cet effet dans les trois Communautés. L’idée est de faire preuve d’une souplesse maximale, l’enseignant conservant toutes ses relations avec sa Communauté d’origine au niveau de son statut et il est mis à disposition de l’autre Communauté, dans le cadre d’un congé pour mission.