Un problème à traiter dès l’enseignement secondaire. Celui-ci doit offrir des opportunités et donner le sentiment que cette démarche est possible. Brisons les murs.

Mme Olga Zrihen (PS). – Nous le savons, le parcours scolaire peut contribuer à reproduire les inégalités sociales de notre pays. Si les établissements secondaires et primaires sont généralement désignés comme les plus inégalitaires, le monde universitaire n’échappe pas à la règle, c’est ce que démontre un rapport de l'Observatoire belge des inégalités.

À Bruxelles, seuls 7,2 % des jeunes de 18 à 22 ans issus des quartiers les plus pauvres prennent le chemin de l’université. Or, 45 % d’entre eux disposent d’un titre d’enseignement leur permettant d’y accéder. Il s’agit donc d’un réflexe d’autoexclusion qui pousse ces jeunes à se détourner de I’université.

Cependant, par leur taille, les universités ont la particularité d’accueillir des groupes d’élevés très hétérogènes et issus de milieux socioculturels très différents. On pourrait donc croire que cette mixité stimule l’émancipation des étudiants les plus précaires. Or, là encore, les chiffres témoignent du contraire.

Dans la principale université bruxelloise, seuls 25 % des étudiants issus des quartiers défavorisés de Bruxelles obtiennent un diplôme universitaire contre 56 % pour les élèves issus du reste de la Région bruxelloise.

À ce sujet, l’Observatoire belge des inégalités note «l’université n’est pas seulement le réceptacle d’inégalités produites ailleurs, elle y contribue aussi».

Dans ce cadre Monsieur le Ministre, les chiffres avancés dans ce rapport par l’observatoire des inégalités sont relativement anciens (2008 et 2001). Des chiffres récents concernant la relation entre les inscriptions, la réussite universitaire et l’origine socioculturelle des étudiants en Fédération Wallonie-Bruxelles sont-ils disponibles? De quels moyens disposent la Fédération Wallonie-Bruxelles et le monde universitaire pour toucher, sensibiliser et soutenir un public plus défavorisé, découragé par I’ idée d’entrer à l’université à la seule raison de son origine socioculturelle et de l’impact socio-économique que cette inscription peut avoir? Enfin, des dispositifs pour encadrer les élèves en difficulté sont-ils prévus au sein des établissements universitaires afin de s’assurer que l’université ne contribue pas à reproduire les inégalités?

M. Jean-Claude Marcourt, vice-président et ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias – Je voudrais tout d’abord souligner qu’il convient de se montrer prudent quant à l’utilisation de données chiffrées et de ne pas tirer de conclusions hâtives. Je pense au classement universitaire où il est important de remettre les chiffres dans leur contexte afin de bien comprendre la méthodologie.

À titre d’exemple, je voudrais reprendre une phrase figurant sur le site de l’Observatoire et liée au rapport que vous mentionnez:
«En l’absence de données sur l’origine sociale, nous utilisons le quartier de résidence des étudiants comme approximation pour mesurer cette sélection sociale à l’université. Nous nous rendons vite compte de la difficulté d’associer un étudiant défavorisé sur la base uniquement de son quartier, et des biais que cela peut engendrer.»
 
En dehors des chiffres et de leur signification, il est clair que les inégalités que nous observons dans notre société se retrouvent également à l’université. La vie universitaire, à travers le minerval ou le logement, a un coût non négligeable pour de nombreuses familles. C’est pourquoi un système d’aides financières et de bourses d’études a été mis en place pour soutenir les jeunes les plus dé favorisés. Je voudrais rappeler l’existence du décret relatif à la gratuité et à la démocratisation de l’enseignement supérieur. Un autre frein à l’entrée dans le monde universitaire est le manque d’information.

C’est pourquoi a été créée, au sein de l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES), une commission chargée de l’information sur les études. Les pôles académiques ont également reçu des financements afin d’améliorer l’information.

Dans les universités, plusieurs mécanismes ont été mis en place afin d’améliorer l’aide à la réussite. Des cours de méthodologie, des séances de révision, des personnes ressources, des blocus assistés permettent aux étudiants en difficulté, qu’ils soient issus de milieux défavorisés ou non, d’encadrer les étudiants en difficulté et de leur permettre de poursuivre leurs études avec succès.
Au sein des établissements, des aides financières spécifiques sont également disponibles.

Pour répondre à vos questions, je n’ai pas de chiffres actualisés en ce qui concerne la relation entre les inscriptions, la réussite et l’origine socioculturelle.

Des mesures concrètes sont mises en place par la Commission de l’information sur les études de l’ARES, pour toucher et sensibiliser un public plus défavorisé qui pourrait être découragé par l’idée d’entrer à l’université. De nombreux dispositifs sont également mis en place dans les établissements supérieurs pour encadrer les élèves en difficulté.

Je voudrais terminer en vous informant qu’il existe une sorte de mur de verre psychologique et social qui fait que pour certaines de nos familles, on ne va pas à l’université ou dans l’enseignement supérieur. Il s’agit de l’élément le plus délicat, car c’est en amont de l’inscription que se pose la difficulté.

En contact avec mon homologue de l’Enseignement obligatoire, nous pourrons tenter d’y remédier. C’est la raison pour laquelle nous devons aménager, dans le premier cycle, un enseignement de proximité, car, pour certains étudiants, le passage vers l’enseignement supérieur et la sortie du giron familial constitue également un mur de verre qu’il faut être capable de briser.

Mme Olga Zrihen (PS). – Comme pour les femmes qui se voient freinées dans leur progression professionnelle par un mur de verre, je constate, Monsieur le Ministre, que l’accès à ce type d’enseignement est également freiné par ce même mur.

Mais, en l’occurrence, il s’agit plutôt d’une autocensure due parfois aux conditions de vie qui n’offrent pas de perspectives. Je pense donc qu’il faut traiter le problème dès l’enseignement secondaire. Celui-ci doit offrir des opportunités et donner le sentiment que cette démarche est possible.

Nous devrions pouvoir bénéficier de dispositifs plus techniques ou professionnels permettant à certains de pouvoir poursuivre une formation de ce type et d’envisager ce type de progression au niveau universitaire.

L’université perdrait ainsi son image d’institution uniquement axée vers l’enseignement intellectuel et général. Cela permettrait, comme cela se fait en Allemagne et en Communauté germanophone, de dispenser un enseignement universitaire dans le secteur technique et professionnel.


LIEN INTERNET: L'observatoire belge des inégalités - http://inegalites.be