Nous avons eu l'occasion, hier en séance plénière du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de nous plonger dans l'étude des recommandations de la Fondation Roi Baudouin, consacrée aux directions d'école. M'exprimant à la Ministre de l'éducation, j'ai notamment relevé le concept québécois d'Universalisme Proportionné qui trouverait à s'appliquer pour réduire les inégalités entre les établissements scolaires.

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Intervention:

Mme Olga Zrihen (PS). – La Fondation Roi Baudouin a mené, en 2014, une enquête sur le coaching des directions d’école, dont les résultats sont parus en janvier 2016. Vous en connaissez les constats.

Ce rapport démontre qu’un grand nombre de directeurs d’école doivent faire face à une forte pression ainsi qu’à un manque de moyens pour assurer pleinement le fonctionnement de leur établissement et le coaching des enseignants.

L’enquête menée par la Fondation Roi Baudouin évoque le manque de temps des directeurs, qui doivent assurer un très grand nombre de tâches fort éclectiques. En général, un enseignant souhaite devenir directeur, car il espère pouvoir élaborer un nouveau dispositif pédagogique, mais, en réalité, il se trouve confronté à des tâches administratives élémentaires qui ne lui permettent pas de réaliser son projet pédagogique. Le problème est d’autant plus prégnant dans les petits établissements, dont le personnel est réduit.

Un autre volet abordé est la gestion interpersonnelle et relationnelle, entre les enseignants et la direction, entre les enseignants eux-mêmes et dans leurs rapports avec les élèves et les parents. Ces relations peuvent parfois prendre une tournure très conflictuelle. Le directeur ou les membres de l’équipe pédagogique qui y sont confrontés peuvent se sentir très seuls. La pression psychologique peut aussi être très importante.
 
Les réalités varient d’une école à l’autre, mais la Fondation Roi Baudouin dresse un constat similaire à celui du rapport McKinsey: lourdeur des tâches administratives et manque de capacité managériale. Les directeurs apprennent sur le tas à gérer les dynamiques d’équipe et l’ensemble des relations propres à une école; ils craignent parfois de ne pas être en mesure de gérer au mieux les relations interpersonnelles.

En parallèle, le Pacte pour un enseignement d’excellence de la Fédération WallonieBruxelles établit des stratégies pédagogiques coordonnées et cohérentes pour combattre, par une approche intégrée, les disparités scolaires et le déterminisme socioéconomique.

L’Institut national de santé publique du Québec s’est penché sur un concept intéressant: l’«universalisme proportionné». Il s’agit de «programmes, de services et de politiques qui sont universels, mais selon une échelle et une intensité proportionnelles au degré de défavorisation». Il s’agit donc d’offrir des services communs à tous, dans un premier temps et, dans un deuxième temps, d’offrir de nouveaux services, quitte à en modifier les modalités ou à en accroître l’intensité selon les besoins et la situation socioéconomique des bénéficiaires.

Si, au Québec, l’essentiel de ce concept a été étudié dans le cadre de la lutte contre la pauvreté infantile, sujet que nous avons largement traité ce matin et qui sera abordé prochainement par les instances fédérales et communautaires, il n’en est pas moins pertinent pour réduire les inégalités entre les établissements scolaires.

Pour fonctionner, cette approche transversale et flexible doit disposer de mécanismes très réactifs puisque, lorsque le retard s’accumule dans les réponses, il est difficile de le rattraper. Si les politiques les plus efficaces sont généralement les politiques les plus ciblées, cette adaptabilité de la prestation des services doit s’opérer à tous les niveaux de l’enseignement: de la relation entre l’élève et l’enseignant à la gestion administrative et pédagogique des établissements scolaires par les directions.
Le décret voté hier en commission, accompagné du plan de pilotage et du dispositif de rattrapage, semble permettre d’avancer dans ce sens, avec une grande adaptabilité aux besoins et aux urgences de chaque établissement. Nous n’en sommes qu’à la phase d’expérimentation et de mise en place.

Comme pour beaucoup de sujets relatifs à l’enseignement, un faisceau convergent d’avis, de retours du terrain, de demandes et d’analyses semble indiquer que notre fonctionnement n’est pas adéquat.

Concernant les directions, les hasards sont un peu trop nombreux: le hasard d’avoir une direction motivée qui impulse une dynamique, le hasard d’avoir une équipe pédagogique qui suive cette démarche, le hasard d’avoir un cadre apaisé et non conflictuel. Heureusement, nous avons beaucoup de hasards heureux dans notre système.

Il faudrait cependant rendre ces dynamiques plus systématiques, avec un cadre qui permette aux directions de jouer pleinement leur rôle de pilote dans leur établissement, afin de porter les grands objectifs de notre Fédération en matière de lutte contre l’échec scolaire et contre les déterminismes, comme je l’indiquais en préambule, ou pour améliorer le niveau, notamment par l’égalité des acquis.

Madame la Ministre, nous savons que la réflexion est toujours en cours au sein du Pacte. Les pistes et les réflexions de la Fondation rejoignent les conclusions du premier groupe du Pacte. Il demeure évidemment plus difficile de trouver une voie pour impulser un changement général demandé par tous. Cette publication de la Fondation expose une grande variété de situations, de besoins voire d’interprétations, notamment sur le concept d’autonomie, qui revient de façon très régulière. Comment trouver un cadre qui permette d’avoir une vision globale? C’est pourtant le devoir qui nous incombe.

En attendant, je voudrais vous poser quelques questions plus précises qui émanent du terrain.

Si une direction tire la sonnette d’alarme sur
la base de son plan de pilotage, quelle est la réactivité possible pour soutenir l’équipe dans les plus brefs délais? En effet, des équipes auraient déjà des plans de pilotage.

Dans la période de transition, peut-on d’ores et déjà imaginer des dispositifs pour faciliter et encourager l’échange de bonnes pratiques entre les directions des différents établissements scolaires?

Un dernier point semble évident, mais doit peut-être être mis en exergue. Harmoniser vers le haut les pratiques pédagogiques sans, toutefois, perturber les équilibres et les synergies très fragiles au sein du personnel d’un établissement scolaire nécessite une permanence des équipes. Il convient d’y réfléchir sans tarder, pourquoi pas pour la prochaine rentrée?

(note: l'étude de la Fondation Roi Baudouin est accessible en téléchargement sur son site à l'adresse: https://www.kbs-frb.be/fr/Activities/Publications/2016/20160111DD)