Plusieurs interrogations s’étaient fait connaître au sujet d’un « moratoire » qui n’aurait plus permis de créer de nouvelles options dans l’enseignement qualifiant. Questionnée en commission, la ministre de l’éducation nuance et justifie la mesure. Voici l’échange :

 

Mme Olga Zrihen (PS) : En décembre 2015, la Chambre Enseignement de Namur (ex-IPIEQ) s’inquiétait d’une prochaine mise en application d’un moratoire sur la création d’options dans l’enseignement qualifiant. Couplé à la réforme des titres et fonctions, le moratoire prévu dans le décret constitue une nouvelle source d’interrogation pour les directeurs d’établissement.

En effet, la collaboration entre les établissements scolaires des différents réseaux et les secteurs professionnels repose sur un travail de longue haleine en vue de créer des synergies à long terme dans ces options. L’un des objectifs des bassins Emploi-Formation-Enseignement (EFE) est de permettre un dialogue et une concertation permanente entre partenaires et acteurs de terrain. Or c’est justement l’inverse qui est reproché par la Chambre Enseignement de Namur.

Ses multiples inquiétudes portent sur plusieurs points: le moratoire est envisagé sans concertation préalable avec les Chambres Enseignement et les acteurs de terrain; la répartition des incitants en cours serait réexaminée et deviendrait peut-être caduque; des changements législatifs perturbent la planification à long terme et un délai trop court ne permet pas aux Chambres d’Enseignement de prendre pleinement connaissance du décret et de réorganiser leurs méthodes de travail.

Nous savons que l’enseignement qualifiant souffre de plusieurs difficultés mises en évidence dans les premiers rapports des différents groupes du Pacte pour un enseignement d’excellence: la multiplication d’options, la faible fréquentation de certaines filières et, a contrario, la trop grande fréquentation d’autres n’ayant pratiquement aucun débouché, enfin et surtout, un problème d’image et de perspectives professionnelles.

Ce moratoire est-il une réponse à ce constat? Avec quel but?

Madame la Ministre, avez-vous eu l’occasion de rencontrer la Chambre Enseignement de Namur afin d’entamer un dialogue constructif et d’éclairer les points d’ombre? Concrètement, de quelle manière, au sein des bassins EFE, s’organise la collaboration entre les Chambres Enseignement et le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles?

Comment maintenir la relation de confiance entre les établissements scolaires et les secteurs professionnels?

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance: Tant les travaux du Pacte pour un enseignement d’excellence que ceux en cours dans les bassins préparent activement une réforme en profondeur de l’enseignement qualifiant et, en particulier, la gestion optimalisée et coordonnée de son offre de formations.

Comme vous l’indiquez, certaines options peu porteuses d’emploi sont organisées en grand nombre alors que des options débouchant sur des emplois en pénurie sont trop peu fréquentées. L’offre d’enseignement doit donc être adaptée afin d’être en phase avec les vrais besoins.

Dans ce contexte, il a paru sage au gouvernement de stabiliser le plus possible la situation actuelle parce qu’il n’est pas souhaitable que des établissements se lancent dans la création d’options nouvelles sans que nous ayons une vision claire du paysage futur du qualifiant.

Il ne faudrait pas que soient créées des options peu porteuses au détriment d’autres que nous jugeons intéressantes, d’autant que les mécanismes actuels d’arbitrage et d’optimalisation intrabassins sont totalement insuffisants. Nous avons bien sûr travaillé en collaboration avec les acteurs.

Il ne s’agit cependant pas d’imposer un véritable moratoire, mais de préciser le cadre dans lequel des options seront acceptées. Certaines dérogations sont donc consenties en fonction des métiers en pénurie, des projets des bassins, de la nécessité de donner une suite au deuxième degré, etc.

Les possibilités restent très nombreuses. Je peux vous en fournir la liste si vous le souhaitez.

Nous avons juste voulu exclure les options qui seraient considérées comme superfétatoires, peu viables ou trop coûteuses. Les détails figurent dans la circulaire du 15 janvier 2016. Il y est clairement indiqué que le gouvernement peut autoriser l’admission exclusivement dans sept cas, dont notamment les motifs exceptionnels, les options de base groupées dans une école en création qui organise pour la première fois une troisième, la réponse à des besoins nouveaux, etc.

Ces dispositions sont le fruit de négociations, entre autres avec les présidents des IPIEQ, et semblent généralement acceptées. Elles ne ferment en effet pas totalement la porte à la création d’options. Quant aux options innovantes et réellement porteuses, je confirme notre volonté de développer des formations dans les métiers verts, dans le numérique et même dans le secteur de l’alimentation où plusieurs profils de certification sont en voie de finalisation pour, par exemple, les métiers de salle et de cuisine ou celui d’agent de fabrication du secteur alimentaire.

De même, dans le domaine paramédical, le quatrième degré va être adapté, dès la rentrée de 2016, aux exigences européennes et une réflexion plus globale sur le paysage des soins de santé est en cours. Il s’agit entre autres d’inclure les infirmiers et les aides-soignants.

J’ai déjà rencontré à deux reprises les présidents des IPIEQ, le 17 novembre 2015 et le 13 janvier 2016, à Namur, afin de mener une réflexion commune. L’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) est également associé aux travaux d’évaluation des besoins.

Nous disposerons en outre bientôt du rapport d’orientation établi par le groupe «Qualifiant». Vu l’ampleur de la réforme que nous voulons mener à bien, et qui vise à améliorer la qualité du qualifiant grâce à la simplification, l’optimalisation, l’organisation généralisée et contraignante des pouvoirs en bassins, etc., une forme de moratoire d’un ou deux ans me paraît judicieuse.

Ce midi, j’ai rencontré tous les syndicats de l’enseignement et, sur ce point, ils partagent notre approche. Ils préfèrent stabiliser l’école pendant l’élaboration de la réforme et soumettre ensuite des propositions cohérentes dont les enseignants perçoivent clairement l’objectif. Ensuite, nous pourrons fixer un calendrier pour leur mise en oeuvre.

Mme Olga Zrihen (PS) : Je vous remercie, Madame la Ministre, pour vos explications. Il semble en effet y avoir eu des problèmes de timing dans la communication. Si la finalité est bien de simplifier, d’optimaliser et de globaliser, ce n’est pas très grave dans une période transitoire.

Toute la difficulté tient au moment où les adaptations sont demandées au corps enseignant par rapport à la rentrée scolaire. Pour avoir participé à la mise en place des premières IPIEQ, on se rend compte que le dispositif est lourd, faute de réactivité avec la réalité du terrain. Il faut se rendre compte que le corps pédagogique prépare la prochaine rentrée dès le mois de janvier. Se retrouver face à une série de questions à cette période peut être extrêmement perturbant.


 Il est clair qu’il faut réformer l’enseignement qualifiant parce que cela pourrait être une source de réintégration d’un public jeune qui n’attend que ça. Il faut dialoguer au maximum, informer et rassurer en disant que cela va se faire dans un certain délai. Toutefois, cela risque de prendre encore deux ans, et deux ans dans l’enseignement, c’est très long.