Mme Olga Zrihen (PS). – Le 4 février s’est tenu le programme CLISE 2017. Il y aura un deuxième volet le 8 février. Il s’agit de deux journées de conférences et d’échanges de pratiques autour du thème de la «classe inversée». Le but est de décentraliser et de démultiplier l’esprit du Congrès de la classe inversée. Il s’agit d’un congrès scientifique, dont l’objectif est la mutualisation et la mise en commun des expériences par des praticiens: enseignants, directeurs d’école et chercheurs.

L’objectif de la classe inversée est de libérer les cours de la relation verticale professeur-élève. Les élèves sont invités à réaliser eux-mêmes les tâches de bas niveau cognitif, telles que la consultation des éléments plus théoriques du cours. Cela permet aux élèves de revenir sur les éléments qu’ils n’auraient pas compris et à l’enseignant de favoriser un accompagnement plus individualisé des élèves. De cette manière, ceux-ci font progresser le travail à leur rythme et l’enseignant s’assure de leur bonne compréhension et de la bonne assimilation des matières travaillées par chacun des élèves. C’est un dispositif que j’ai pu voir pratiquer, que ce soit dans l’alphabétisation ou lors de formations du style EOS ou FOPES. Par ailleurs, l’encadrement individualisé des élèves est l’une des pierres angulaires du Pacte pour un enseignement d’excellence.

De quelle manière la Fédération Wallonie-Bruxelles s’associe-t-elle à ce dispositif? Combien d’écoles en Fédération Wallonie-Bruxelles pratiquent actuellement le dispositif de la classe inversée? Une évaluation en a-t-elle déjà été faite? Dans quelle mesure la mise en place de projets-pilotes durant la phase de priorisation du Pacte d’excellence est-elle réalisable avec ce dispositif ?

D’autres pays européens ont déjà largement expérimenté le principe de la classe inversée. De quelle manière peut-on favoriser les échanges de bonnes pratiques entre les enseignants au niveau intra-européen?

Mme Marie-Martine Schyns, ministre de l’Éducation. – L’information sur le programme CLISE 2017 a été diffusée le 23 janvier de cette année, par le biais d’un article posté sur Enseignement.be. La classe inversée consiste à fournir aux élèves des ressources et une tâche, avant de travailler en classe une compétence visée. Cette pratique est un dispositif pédagogique qui tend à se développer dans les pratiques des enseignants. Cela permet de dynamiser l’enseignement, de modifier le rôle traditionnel de l’enseignant, de favoriser la collaboration, de redonner un sens à la présence en classe, de réaliser de la différenciation, voire de s’inscrire dans de la remédiation préventive, de responsabiliser et d’impliquer les élèves dans leurs apprentissages. Les classes inversées sont valorisées en tant qu’innovations, permettant la différenciation et la remédiation. En effet, le dispositif permet, dans une même classe, de différencier en agissant de manière préventive, en adaptant les ressources aux besoins des élèves, en anticipant les difficultés.

J’ai eu la chance de rencontrer une enseignante lors d’une visite dans une école de Charleroi, qui s’était elle-même formée à la classe inversée. Même si cette méthode n’engendre pas une mutation profonde, elle crée un changement intéressant de pratiques, de posture, et une motivation chez les élèves.

La diffusion de ce dispositif est assurée grâce à des équipes enseignantes proactives dans le domaine, avec le soutien de ses promoteurs, issus pour la plupart d’universités pionnières, qui sont reconnues dans le secteur. Les classes inversées restent une modalité innovante parmi d’autres, qui sont à adapter, en tenant compte du contexte d’apprentissage. Il revient à l’enseignant d’utiliser la méthode qu’il juge la plus adéquate et la plus pertinente, voire d’utiliser plusieurs approches pédagogiques pour répondre aux besoins de l’ensemble des élèves.

Il est complexe d’établir un état des lieux des écoles où les enseignants utilisent quotidiennement la classe inversée, mis à part des récits de terrain. La diffusion de telles pratiques fait partie des objectifs stratégiques du projet d’avis n° 3. À travers un pilotage qui favorise l’innovation pédagogique, le portail officiel d’Enseignement.be et l’espace multimédia EducaTube.be diffusent actuellement des ressources, dont la possibilité de développer des classes inversées. Le projet d’avis n° 3 prévoit la création d’un portail qui intègre toutes ces ressources éducatives et accorde une importance aux outils numériques pour favoriser les pratiques de différenciation.

Dans le cadre d’une classe inversée, la capsule utilisée au début de l’heure de cours pourrait être utilisable par d’autres. L’enseignante de Charleroi avait elle-même créé ses capsules et, par la suite, des enseignants de la même année, en mathématiques, pouvaient les réutiliser ou l’aidaient pour un créer d’autres. Si, à un moment donné, nous créons ce portail, avec une diffusion d’outils – qui poseront évidemment la question de leur validation –, nous arriverons à valoriser des initiatives quotidiennes.

Par rapport aux autres pays européens, il est important de tisser des collaborations étroites avec des pays ayant recours à ce genre de pratiques, que cela soit pour une approche spécifique, ou dans le partage des ressources globales.

Mme Olga Zrihen (PS). – Avec les jeunes publics actuels, il n’est plus possible de consommer les savoirs en style fast-food ou top-down. Il faut absolument l’intégrer dans les modes pédagogiques que l’on veut mettre en place. En outre, on ne peut plus conserver un dispositif où chaque enseignant garde son savoir. On doit par contre avoir recours à l’intelligence coopérative. On le demande déjà dans la société civile. Il me semble que, dans tous les métiers de proximité avec le public et les êtres humains, il est important de mettre son savoir en intelligence coopérative.

Vous avez raison lorsque vous dites que tout le monde ne peut peut-être pas sentir le dispositif de cette manière parce que cela requiert l’adoption d’un certain comportement. L’entraînement pourrait peut-être être intéressant. Le portail est également intéressant dans la mesure où l’on pourrait, comme on le propose parfois au niveau universitaire, créer des plateformes d’échange, de savoir et de pratique. On pourrait surtout créer une tout autre dynamique dans les écoles, une dynamique différente de celle que je déplorais tout à l’heure, avec ces dispositifs complètement saucissonnés où l’école ne correspond pas du tout à la vie réelle. Le dispositif de la classe inversée est donc peut-être de bon augure si on arrive à le répandre et à le diffuser le plus largement possible.

 

Lien vers la publication : http://archive.pfwb.be/1000000020580be (pp.29-30)