Mme Olga Zrihen (PS). – Mes collègues ont largement parlé du cadre de la question, à savoir la carte blanche du 26 janvier rédigée par plusieurs professeurs d’université et enseignants. La grande question est celle de l’avenir du cours d’histoire au sein du Pacte d’excellence.

Nous sommes tous conscients du fait que connaître son histoire, c’est aussi se donner un avenir. De même, travailler sur différents dispositifs est extrêmement important. Deux propositions existent en la matière; il y a donc une alternative. Le fait que l’approche interdisciplinaire du cours d’histoire n’est exercée dans aucun des systèmes scolaires reconnus pour leur approche pédagogique innovante, comme la Finlande ou le Québec, étonnera peut-être les auteurs de cette question. Elle a donc toute son importance puisque les cours d’histoire, de géographie, de sociologie et d’économie politique sont au cœur de tous les dispositifs que nous voulons associer à notre cours de philosophie et citoyenneté. Nous sommes en effet bien conscients du fait que ces quatre piliers permettent une approche tout à fait différente, ouverte et innovante de l’enseignement.

Madame la Ministre, avez-vous eu un contact direct avec ces enseignants? Le dispositif de la carte blanche peut se révéler intéressant, mais je crois qu’il constitue surtout un appel qui mérite une réponse rapide. Dans le dispositif tel qu’il a été proposé, est-il imaginable d’avoir un tronc commun ou cela représente-t-il une révision des référentiels pour l’ensemble des cours dispensés?

Enfin, comment faire évoluer l’ensemble du personnel enseignant vers cette pluridisciplinarité qui semble de mise dans le Pacte d’excellence en général? Comment envisagez-vous cette inévitable période de transition, tout en préservant les emplois?

Mme Marie-Martine Schyns, ministre de l’Éducation. – Je rappelle les éléments du processus en cours. La formation historique constitue une des facettes du quatrième domaine. Parmi les sept domaines d’apprentissage imaginé pour le futur tronc commun renforcé «polytechnie», le Groupe central trace, dans son projet d’avis, des orientations et deux scénarios concernant l’incarnation de ces domaines.

La manière de mettre en œuvre concrètement la formation historique dans le tronc commun n’est donc pas arrêtée. Au contraire, les premières ébauches de scénario figurant dans l’avis n° 3 doivent être approfondies; il revient au groupe de travail «tronc commun» d’affiner les scénarios et d’en préciser les modalités. Nous ne connaissons donc pas encore l’issue de ces travaux du groupe de travail. J’ai personnellement confiance dans le processus, dans l’intelligence collective et dans l’expertise des acteurs impliqués.

Par ailleurs, je vous rejoins pleinement, et je rejoins pleinement les auteurs de la carte blanche du Soir, au sujet de l’importance qu’il convient d’accorder à la formation historique pour former des citoyens éclairés et responsables. Il faut, selon moi, éviter de rejeter a priori un des scénarios à l’étude. Je trouve étonnant d’affirmer, et je cite les auteurs de la carte blanche, qu’un cours intégré de sciences humaines constituerait nécessairement «un ensemble aux limites floues et au contenu vaste et fort mal défini où la formation historique serait noyée». Quel que soit le scénario retenu, la qualité de la formation de nos élèves dépendra pour une bonne part de la conception des futurs référentiels et de leur appropriation par les enseignants.

En matière de conception des futurs référentiels, le Groupe central a énoncé, dès l’avis n° 2, un certain nombre de préconisations approuvées par le gouvernement et constituant des balises qui devraient contribuer à améliorer la qualité des futurs référentiels et, par voie de conséquence, la qualité des apprentissages de nos élèves.

Je cite ces balises: des référentiels recentrés sur les essentiels, des référentiels plus clairs en matière d’attendus, y compris en termes de savoirs et de niveau de maîtrise, une revalorisation globale de la place des savoirs disciplinaires et culturels fondamentaux au vu, notamment, de leur caractère émancipateur et fondateur d’une culture citoyenne partagée.

La citoyenneté à laquelle nous aspirons pour nos jeunes exige de leur part un véritable sens critique, mais également la lucidité et le discernement qu’offre la connaissance et la compréhension de ces essentiels qu’il n’est pas permis d’ignorer.

La formation historique contribue indéniablement à ces idéaux. Forts des balises que le Groupe central a tracées, les futurs référentiels gagneront en qualité et la formation historique y gagnera également, à mon sens, quel que soit le scénario. Cependant, différentes pistes sont aujourd’hui sur la table au sein du groupe «tronc commun».

Mme Olga Zrihen (PS). – Mon Dieu, qu’il est difficile de passer des lunettes de plongée aux lunettes astronomiques! En fait, le principe est qu’il n’y a pas encore de définition précise de la manière dont ces cours vont se donner.

Il faut arrêter les dispositifs d’heures de cours qui se succèdent. Il existe peut-être une conception pédagogique innovante, qui pourrait s’appeler «chefs d’œuvre» ou «projets» et qui nous permettrait de donner les cours différemment, sans passer par des tranches horaires comme celles imposées depuis des années à nos élèves. Je parlerai tout à l’heure du principe de la «classe inversée» qui pourrait être une nouvelle piste.

Le Pacte d’excellence ne peut pas être imaginé, sur la même base que celle actuellement en place, en continuant à accueillir les élèves de 8 à 16 heures, en leur imposant de rester assis dans la classe, en leur dispensant des cours qui se succèdent. Il faudra apprendre de donner cours avec d’autres lunettes. Nos enfants ne sont plus les mêmes, les dispositifs ne sont plus les mêmes, les moyens d’apprendre ne sont plus les mêmes. Alors, cessons de dire aux enseignants qu’ils vont continuer à avoir des horaires qui ne seront qu’une succession d’heures divisées par un nombre d’enseignants.

Peut-être, et je l’espère, qu’un autre enseignement sera possible demain. Et je suis sûre, Monsieur Henquet, que vous êtes d’accord avec ce vœu. Pour une fois que nous pouvons avoir de l’imagination au pouvoir, profitons-en!

 

Lien vers la publication : http://archive.pfwb.be/1000000020580be (pp.21-23 ; pour l’échange complet : pp.20-23)