1. Quels sont les bénéfices estimés (et fantasmés) du Partenariat Transatlantique ?


D’après une étude commandée par Karel De Gucht au Centre for Economic Policy Research, le TTIP devrait générer une croissance de 0,5% du PIB et un gain de 545€ par ménage. Cependant cette croissance du PIB ne devrait être atteinte que dans 10 ans. L’effet serait donc de 0,05 point par an sur la croissance…Toujours selon l’ancien commissaire européen au commerce, il s’agissait d’une estimation pessimiste. Or, d’après des ONG telles que Friends of Earth Europe : il s’agit de l’estimation la plus optimiste du rapport. En effet, selon le centre de recherches, le gain le plus probable se situerait entre 41 et 306€ pour un ménage de 4 personnes en 2027. Sans surprise, le scénario le plus optimiste est celui de l’étude commandée par De Gucht qui prévoit la création de « millions d’emplois » (David Cameron, quant à lui, parle de 2 millions d’emplois en UE). Or, aujourd’hui même la Commission européenne se distancie de ces chiffres estimant qu’il est difficile de définir le réel impact sur l’emploi qu’aura le TTIP. Une étude universitaire américaine appliquant le modèle de calcul des Nations Unies « Global Policy Model"  parle quant à elle d’une diminution de la croissance allant de 0,3% à 0,5% couplée à une perte de revenu annuelle de 165 à 5.550€ par an et par habitant selon les pays concernés (1)

En fait l’impact réel d’une libéralisation totale des échanges UE-USA sur la croissance et l’emploi est très difficile à définir. En effet, un rapport du Parlement européen de 2013 indique que le réel gain de profits ne se situe pas au niveau de la levée des droits de douanes mais au niveau de la convergence réglementaire et de la standardisation des règles. 


« The greatest impediment to increased trade and investment flows is not so much tariffs (which are comparatively low at 5.2% in the EU and 3.5 % in the US, with tariff peaks in sectors of economic interest to the other partners, such as agriculture and some industrial products), but regulatory differences for goods and services, which tend to increase the cost of compliance and therefore of doing business, in particular for SMEs. » (2)


Un autre argument avancé en faveur du TTIP est celui d’un nouveau potentiel de développement pour les PME. D’après le lobby Business Europe qui représente les plus grandes entreprises européennes, le TTIP générerait une augmentation « significatives des profits » pour les PME européennes. Or, lors d’une rencontre entre la DG commerce et les représentants de l’industrie de larges doutes ont été émis à propos de cette affirmation. Ainsi le Medef a demandé lors de cette rencontre comment il pouvait « rassurer 19 millions de PME qui n’exportent pas et qui feront face à un environnement hautement compétitif ».  Le CBI (l’équivalent du Medef britannique) a avoué que « les bénéfices du TTIP pour les PME demeurent hypothétiques »(3).


En Belgique francophone, l’UCM se montre encore plus sceptique :


« La concurrence n'est pas équitable entre une PME wallonne et une PME américaine. La seconde a des charges administratives minimales, bénéficie d'un coût de l'énergie très bas et de règles sociales qui lui permettent d'engager et de licencier quasiment à volonté du personnel bon marché. » (4)


Une autre inquiétude émise par l’UCM est une vague de délocalisations des centres de décision des entreprises wallonnes aux Etats-Unis. D’autant plus que la délocalisation des sièges centraux des entreprises est déjà une problématique à laquelle la Région wallonne fait face, ce qui augmente l’exposition de son industrie aux effets de conjoncture économique


(1) http://www.toutautrechose.be/le-ttip-va-creer-des-millions-d-emplois-en-europe 
(2) http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/note/join/2013/507504/IPOL-JOIN_NT%282013%29507504_EN.pdf
(3) http://corporateeurope.org/international-trade/2015/08/dont-believe-hype-ttip-not-small-companies
(4) http://www.ucm.be/index.php/Actualites/Un-traite-transatlantique-dangereux