4. L’exemple de l’ALENA et l’agriculture mexicaine

L’ALENA est un accord de libre-échange entre la Canada, les Etats-Unis et le Mexique établi en 1994. La suppression des barrières tarifaires a plongé le Mexique dans une crise financière qui s’est ensuite propagée au Brésil et en Argentine. Le manque à gagner fiscal va gravement peser sur sa balance commerciale. Dès le milieu des années 90, les investisseurs internationaux n’y investissent plus ou rapatrient leurs capitaux. Un effet d’emballement qui aura pour conséquence une chute vertigineuse des titres de la Bourse mexicaine et une diminution de 50% de la valeur du peso.

Les quatorze années qui ont suivi l’accord ont eu un effet dévastateur sur l’économie mexicaine. Des milliers d’agriculteurs se sont retrouvés ruinés, incapables de concurrencer les produits agricoles nord-américains bon marché (car fortement subventionnés) qui ont envahi le marché mexicain.

Une problématique qui s’est intensifiée depuis 2008 lorsque la libéralisation entre les trois pays est devenue totale. Depuis lors, les dernières restrictions (droits de douane sur le maïs, les haricots, le sucre et le lait en poudre) sont tombées. Avec pour conséquence, 1,5 million de dollars de nourriture importés chaque heure par le Mexique. Une perte progressive de sa souveraineté alimentaire qui s’est soldée par la destruction de 5 millions d’emplois (chiffre de 2008) et une intensification de la montée des inégalités. (12)

En effet, entre 1994 et 2008, le nombre de mexicains vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 12 à 50 millions ! Et parmi ceux-ci, plus d’un tiers est en situation d’extrême pauvreté et vit à la campagne. 
C’est donc clairement le secteur de l’agroalimentaire qui le plus été déstabilisé par la levée des barrières tarifaires. Il est intéressant de noter que le secteur de l’agroalimentaire est celui qui exerce le plus fort lobbying au niveau européen en faveur du TTIP :

La pression sur l’agriculture mexicaine s’est opérée sur deux flancs. D’une part, le très haut niveau technologique des appareils agricoles nord-américains leur permettent de produire, en moyenne, 3,5 fois plus de maïs par hectare que les agriculteurs mexicains. D’autre part, les très grandes quantités produites par les exploitations nord-américaines leur permettent de réaliser de substantielles économies d’échelle. 
A la lumière de l’impact de l’ALENA sur l’agriculture mexicaine, nous pouvons présumer que la signature du TTIP aurait pour conséquence :

- Un environnement hautement concurrentiel dans le secteur agricole.
- Pour y faire face, les exploitations agricoles devront massivement investir dans la technologie pour moderniser leurs outils. Les plus petites exploitations augmenteront leur exposition au risque de surendettement.
- En vue de concurrencer les économies d’échelle et le prix des produits nord-américains, un phénomène de concentration (voire d’accaparement) foncière semble inévitable.

Enfin, il est pertinent de souligner que les arguments avancés en 1994 en faveur de l’ALENA étaient similaires à ceux avancés pour le TTIP : gain de croissance, création d’emplois, et amélioration qualitative du niveau de vie des citoyens (13)

(12) http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/VIGNA/15719
(13) http://m3m.be/news/mexique%C2%A0-lalena-un-fardeau-pour-les-mexicains