6. Faut-il signer le TTIP à tout prix ?

Outre les risques de convergence réglementaire vers le bas, de dumping social et la déstabilisation du marché du travail, la Belgique a-t-elle réellement besoin du TTIP ? Nous l’avons vu les perspectives de croissance offertes par le TTIP pour les PME européennes restent « hypothétiques » (or, elles représentent plus de 95% des entreprises européennes). 

Nous pouvons donc légitimement penser que la majorité des profits générés par l’accord se situera au niveau des investissements américains en Europe : les IDE (Investissements Directs Etrangers). Ces investissements sont en général vus comme un gage de compétitivité du pays, créateurs d’emplois et vecteurs de croissance.

Cependant, d’après le rapport sur l’attractivité de la Belgique 2015 réalisé par le cabinet Ernst&Young, la corrélation entre IDE et emplois est loin d’être automatique :

« Une part importante des investissements étrangers porte donc sur des projets de petite envergure sans création d’emplois. Cette situation est sans aucun doute due aux charges salariales élevées. Suite à ce faible nombre d’emplois par projet d’investissement étranger, la Belgique se situe bien en dessous de la moyenne européenne de 43,5 et très loin de la situation qui existait avant la crise économique et financière (25 emplois par projet d’investissement étranger en 2007) ».
 

Ainsi alors qu’entre 2004 et 2014, les IDE ont augmenté de 45%, la création d’emploi moyen par projet a diminué de 40% ! (16 - voir graphique ci-dessous).

Quelles conclusions pourrions-nous en tirer ? En réalité, la Belgique attire surtout des IDE greenflield c’est-à-dire des investissements créés ex nihilo (à l’inverse des investissements dans une filiale déjà présente sur le sol belge). Cela permet de profiter des avantages fiscaux. Quant aux investissements créateurs d'emplois, ils se dirigent plus vers les  pays aux coûts salariaux les plus bas. Si les IDE pourraient augmenter considérablement grâce au TTIP, il est légitime de penser que cette dynamique se poursuivra avec, pour conséquence, un maintien voire une intensification des niches fiscales en Belgique aux dépens de la création nette d’emploi.

(16)   http://www.investinwallonia.be/wp-content/uploads/2015/06/2015-Barometre-attractivite-Belgique-_fr-EY.pdf