Le Service interfédéral de lutte contre la pauvreté a publié son rapport où il observe la manière dont les services publics permettent de garantir l’effectivité des droits fondamentaux. Echange avec Paul Magnette, Ministre-Président, au sujet de ce rapport:

Mme Zrihen (PS). - Monsieur le Ministre-Président, dans un article paru récemment, le Service de lutte contre la pauvreté appelle les services publics à la rescousse. En effet, les droits des personnes précarisées sont de plus en plus fragilisés. Alors qu’au Nord, certains et en particulier, oserais-je le nommer, Bart De Wever veut revoir à la baisse les dépenses en matière de sécurité sociale, que la Belgique se fait attaquer par l’Europe à cause de son régime fiscal bien trop favorable aux multinationales, le Service de lutte contre la pauvreté donne de la voix pour rappeler que la pauvreté et la précarité c’est aussi et surtout l’affaire des services publics.

La porte-parole du service regrette que les dépenses en la matière soient trop souvent considérées comme des coûts alors que ce sont des investissements dans l’avenir des enfants ou dans le trajet vers un emploi. D'ailleurs, plusieurs rapports sortiront des Parlements de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou du Parlement fédéral. En l'occurrence du Sénat pour le rappeler. De plus, les droits sont de plus en plus liés à des conditions et des contrôles, et considérés comme un « luxe », ce qui amène les personnes à penser qu’elles n’ont pas de droits.

Un état des lieux de la situation, assortis de nombreuses orientations pour aider les plus démunis à conserver leurs droits fondamentaux, sera transmis prochainement aux différentes instances politiques.

Sachant votre intérêt pour la lutte contre la pauvreté étant donné le programme qui est sorti au niveau de la Région wallonne, avez-vous déjà reçu cet état des lieux ? Partagez-vous l’analyse selon laquelle la pauvreté fragilise les droits ?

Pouvez-vous déjà donner une réponse aux acteurs de terrain ?

Quelles mesures sont mises en place en Région wallonne afin de prendre en compte ce phénomène et lutter contre la pauvreté dans le cadre, bien entendu, du programme déjà élaboré ?

M. Magnette, Ministre-Président du Gouvernement wallon. - J'ai évidemment pris connaissance du rapport du service interfédéral de lutte contre la pauvreté.

Il est effectivement d'une grande richesse et confirme nombre de nos constats, à commencer par le fait que la pauvreté fragilise l'accès aux droits. En cela, il est évident pour moi que les services publics jouent un rôle essentiel pour garantir l'effectivité des droits de tous.

Nous n'avons pas attendu ce rapport pour prendre cette dimension en considération.

Le Plan wallon de lutte contre la pauvreté, adopté en septembre dernier et qui mobilise l'ensemble des ministres wallons et des administrations régionales, comprend ainsi un axe spécifique dédié à cet accès aux droits ; un axe qui se décline en actions concrètes telles que l'automatisation de certains droits dérivés wallons comme l'exonération de la taxe redevance TV et l'obtention du tarif social pour l'énergie ou le développement d'un portail internet d'informations en lien avec la précarité, qui devrait être mis en ligne dès le printemps prochain.

Par ailleurs, l'axe de gouvernance transversale du plan est novateur et répond très précisément aux conclusions du rapport que vous évoquez.

C'est ainsi que nous avons désigné un référent « lutte contre la pauvreté » au sein du Secrétariat général du SPW et des correspondants dans toutes les directions générales et au sein des OIP. Ce réseau, qui se réunit régulièrement, peut ainsi faire remonter vers les directeurs généraux et le Gouvernement les attentes et les besoins identifiés en matière de lutte contre la pauvreté et les éventuelles adaptations que le plan devrait intégrer. C'est donc une administration attentive et dynamique sur cette dimension qui se développe, capable de mettre en œuvre, mais aussi de faire évoluer le plan dans le bon sens.

Il est, par ailleurs, prévu de sensibiliser et de former les fonctionnaires wallons aux réalités de la précarité et des inégalités sociales. Ce projet, mené sous la coordination du Ministre de la fonction publique, se développe notamment en partenariat avec l'École d'Administration publique et la Direction de la formation du SPW.

Enfin, l'apport des « témoins du vécu », qui assurent la participation active des personnes ayant expérimenté les situations de précarité à la mise en œuvre du plan et à son adaptation maximale aux réalités de la pauvreté, est également un enjeu majeur. Nous le rencontrons avec le concours du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté.

Il est prévu d'assurer une appropriation du plan par les acteurs de première ligne et les publics cibles. Une vulgarisation du Plan est en cours de finalisation.

Enfin, le pilotage de la mise en œuvre du plan est assuré, à l'instar du Plan Marshall, par la cellule des stratégies transversales et son évaluation se fera par l'IWEPS.

Voilà déjà quelle est notre réponse, très concrète et largement anticipée, au rapport du service interfédéral de lutte contre la pauvreté.

 Mme Zrihen (PS). - Je pense que la présence et l'efficacité des services publics est un des meilleurs atouts et la meilleure garantie que l'on pourrait, que l'on doit et qu'il faut se donner pour que les citoyens puissent retrouver véritablement la confiance à la fois dans tout le système social qui est considéré par eux, pour le moment, comme étant d'une extrême violence. La présence des services publics va bien au-delà du simple service. Je crois qu'il y va de la construction citoyenne et démocratique de nos entités régionales. Une attention particulière est absolument nécessaire.